Éd. L. Lai. t. IV, p
2. € Coustrillieux, coutilliers, soldats porteui*s d'une coutille, épée longue, f menue ot tranchante. > L. F^al. ibid.
» pas quatre hommes avecluy, comme je Tay veu : et quand on y> luy disoit, il ne respondoit seulement : celuy qui ni'attac - » quera,jeluyfairai aussi belle peur comme, il me sçauroit j> faire. — Je le vis une fois à Moulins, lorsque leurs magestez 5) lesaccordarentMM. de Guyze et luy : je dis ceux d'église, y> qu'on disoit qu'il y faisaient pour tous pourtant, mais non ]s> ceux de l'espée. Il y eut un gentilhomme Italien francizé, que » je ne nommeray point, le seigneur Jean-Baptiste, qui s'alla y> excuser à luy qu'on luy avoit rapporté qu'il le vouloit y> tuer; il ne s'en fit que rire, et luy dict seulement qu'il le j> pensoit moins de luy que d'homme de la court pour faire ce ï> coup-là; le taxant froidement par ce mot, qu'il n'estoit pas y> assez courageux et assuré pour faire ce coup. »
La reine mère ayant i*eculé devant l'exécution du sinisti^ projet, conçu à Bayonne. une sorte de calme extérieur régnait à Moulins, durant la résidence de la cour dans cette ville; mais certains esprits haineux et remuants y entretenaient, à l'égard de Coligny et de ses amis, une agitation qui parfois se faisait jour, au sein du conseil privé.
Dans ce conseil siégeait, en même temps que l'amiral, l'homme éminent qui, ayant coopéré avec lui à la promulgation de redit de janvier, déplorait comme lui, les mutilations successives qu'avait subies cet édit, sous la pression de- Catherine et de ses affidés/ L'IIospital, tout préoccupé qu'il était, à Moulins, de l'élaboration des célèbres ordonnances auxquelles son nom, aujourd'hui encore, demeure noblement attaché, se montrait fidèleà ses principes de liberté religieuseyDepuis l'entrevue de Bayonne, au cours de laquelle le duc d'Albe avait tout fait pour le perdre dans l'esprit de Catherine, il ne possédait plus au même degré qu'auparavant la confiance de cette princesse versatile et ingrate. L'antagonisme des adversaires du chancelier, au sein du conseil privé, n'en devint que plus ardent, surtout en ce qui concernait les mesures applicables à l'exercice du
culte réformé. Une scène des plus vives, qui se passa dans ce conseil, en février 1566, en fournit la preuve.
Le cardinal de Lorraine demandait, au nom du parlement de Bourgogne, l'abrogation de Tédit d'Amboise, et prétendait d'ailleurs, qu'aux termes de cet édit, les ministres du culte réformé n'avaient le droit d'assister ni les malades, ni les mourants, dans les lieux où l'exercice de ce culte n'était pas autorisé. De là, entre le chancelier et le cardinal la discussion suivante, querap- ' porte un contemporain * : •
« Le chancelier dict : comment voulez-vous donc que fassent
> ceux de la religion? C'est une chose pitoyable que de visiter » et consoler les malades. Voudriez-vous que, lorsqu'ils sont sur » le point de la mort, ils ne soient point consolez par 1 a parole
> de Dieu? — Demande le cardinal plus tost poison. — A cela » respond le chancelier : vous le dictes et ils en disent autant
> de vostre religion. Si vous estimez la leur poison, pourquoy y> ne disputez-vous à l'encontre d'eux, et ne les confondez par
> textesde la saincteEscriture, veu qu'ils s'offrent journellement € pour disputer, et ne demandent autre chose? Une conférence » seraitplus nécessaire que d'y venir parles violences, lesquelles
> nous avons veu n'avoir de rien servy pour contraindre les » hommes à croire contre leur conscience. — Et, continuant i> son propos, dict au cardinal : vous nous voulez, en ce faisant,
> ramener aux troubles. — Il semble, à vostre dire, que ce soit » moy qui les ayt amenez par cy-devant. — Vous le sçavez, res- » pond le chancelier. — Alors le cardinal dict qu'il estoit per-
> mis à chascun déparier librement au conseil du roy, et estoit ï d'advis que si ceux qui sont de la nouvelle religion veulent 1» estre consolez et visitez en leur maladie, il faut qu'ils le soient i> par les evesques ou par ceux qui sont commis ou députez
• i. Propos fascheux tenus au conseil entre le cardinal de î^orraine et lecliancclier de THospital. (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3951 f» 100. — M. Taillandier, Vie dft FHospilal, p. 181 àl84. — Voyez aussi .Km. de Condé, t. V, p. 50, 51 52).
> d'eux. — A quoy respond le chancelier, que ceux de ladite. p religion tiennent fermement qu'ils blesseroient leurs coqs-
> ciences, s'ils s'assujétissaient aux cérémonies des prestres et » évesques, et que de les forcer, il n'y avoit ordre, qui ne vou* » droit voir renaistre les troubles. Que de vouloir eatre consolés • par les prestres, ils y consentiroient encore moins. Et de dire 1 que les ministres les allassent visiter et consoler par pennis-
> sion des évesques ou curez. Ton sçavoit que lesdits éves-
> ques et curez n'y consentiroient jamais. — Alors le cardinal
> de Lorraine adressant la parole à M' le cardinal de Bourbon
> luy dict : vous voyez, monsieur, comme il ne faut plus d'évesp ques, pensant par là rendre le cardinal de Bourbon favorable » à sa cause. — C'est grand cas, dict le chancelier, que voulez » si mal à ceux de la religion. Vous ne pouvez endurer que vife
> ils servent à Dieu, et voulez qu'estants prêts à mourir ils n'en » oyenl parler aucunement. Voulez-vous qu'ils meurent comme
> bêtes etchevaux? — Le cardinal maintint là-dessus qu'il fout
> qu'ils soyent visitez et consolez par les évesques et cures. Le
> chancelier maintint le contraire et dict : vous taschez merveil- » leusementàles ruiner et affaiblir. — A quoy respond le cardinal :
> aussi taschons^nous par tous moyens à les rendre foibles,afm » qu'ils ne demeurent en ce royaume et qu'il n'y reste que la
1 seule religion du roy. — Plusieurs seigneurs du conseil
p trouvèrent bien estranges les façons de faire dudit cardinal. »
Au moment où Charles de Lorraine venait d'éclater ainsi, en plein conseil, contre les sectateurs de la religion réformée, Renée de France, appartenant à cotte môme religion, recevait, de Mouliqs, une lettre^ dans laquelle il osail affirmer c qu'il ne p sçauroit jamais avoir plus grand heur que de se trouver en p lieu où il pourmit lui faire très humble service, p
Vers la même époque, des lettres d'une tout autre nature
1. 18 février 1566. Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3 811, f» 67.
arrivaient, soit de Moulins, soit de Châtillon, au château de Montargis : Coligny tenait la princesse au courant de ce qui se passait à la cour; et Charlotte de Laval, tout en transmettant les nouvelles reçues de son mari, combinait ses efforts avec ceux de Renée, pour le soulagement des pauvres et des malades.
Quel souffle de charité, et quel confiant appel dans ces simples lignes, adressées par madame l'ami raie à sa vénérable amie M c Geste pauvre femme qui est de ce lieu, grandement
> affligée d'une maladie dont elle en a perdu un œil, se retirant
> à Montargis, à la promesse de quelque personnage dudit lieu » de la guérir ou donner allégement à son mal, m'a requis, » avec quelque moïen que je luy ai donné, de la vouloir accom*
> paîgner de ceste lettre, pour vous supplier très humblement » qu'il vous plaise d'user en son endroict de vostre bonté et
> charité accoustumée ^. Je vous puis bien asseurer, madame, D que la pauvre femme a tousjours vescu honnastement ; mais,
> comme l'on se trouve bien souvent environné des afflictions -u qu'il plaist à ce bon Dieu envoïer, et sans y penser, ainsy j> elle s'est trouvée saisie de ceste calamité qui est si grande, que
> Taulmosne qu'il vous plaira luy faire sera fort bien employée.
> Et parce que je m'asseure que les pauvres affligez se resen*- » tent continuellement de vostre largesse, ceste recommandais tion y servira de quelque chose. »
Le 8 mars, Coligny arriva de MouUns à Châtillon, avec son