‹ Gaspard de ColignyChapitre 156 sur 226 · Archives de Genève, n · texte numérisé non relu

Archives de Genève, n

y> vient qu'il m'en envoya des mémoyres par lesquelz je cogneu y> que son intention ne tendoit en cela qu'à la gloire de Dieu et » au service du roy, chose touteffois plus à désirer qu'à espéy> rer, je vous en ay bien voulu escripre ceste lettre, et vous T> prier, magnifficques seigneurs, autant affectiofînément que je n) puys, que, si au reste il se trouvoit avoir commis quelque ^ faulte, comme il advient que les plus excellens font le plus

> souvent, vous veuilliez préférer doulceur et clémence à ri-

> gueur de justice, en considération de son aage et du fidèle » debvoir qu'il a faict en plusieurs grandes charges, et des :» services qu'il a semblablement faictz et pourra encore faire

> aux églises refformées pour l'advancement et accroissement » du règne de Dieu ; ce que je m'asseure que vous considérerez

> bien. y>

L'instruction de l'affaire fut conduite avec une précipitation telle, qu'ime impitoyable sentence, condamnant à mort Spifame, reçut son exécution avant que parvînt à Genève la lettre de l'amiral. Peut-être, à la lecture de cette lettre, le conseil se flit-il désisté de sa tendance à infliger une peine excessive ; mais il statua ab irato^ et, le 23 mars, l'infortuné Spifame eut la tête tranchée ^

Jean Chabouillé, son gendre, pouvait être inquiété, par suite de la malveillance avec laquelle serait interprétée une mission qu'il avait récemment remplie en Savoie ; l'amiral en fut in- ^ formé, et se fit un devoir de le protéger contre des détracteurs éventuels, en écrivant à Th. de Bèze* : « Ce porteur (Chaï bouille) s'en va à Genefve, suivant l'avis que vous luy avés » donné; et encores qu'il n'aye point entendu que l'on le soup- D çonne d'aulcune chose, si esse qu'ayant entendu que l'on di-

> soit que feu M' de Passy avoit quelque pratique pour faire

\. Lettre de Th. de Bèze à Pithou, 22 avril 1566. {Bull, soc, dit, daprot, fr, t. XI, p. 268.) 2. Archives de Genève, n<» 1715, 18 avril 1566.

:b surprendre Genefve, et qu'ayant esté freschement pour mes > affaires devers monsieur de Savoye, il ne vouldroît pas que y> Ton le soupçonnas! de quelque raeschanceté, il s'en va là 3 pour se présenter ; et peult-on bien penser qu'il ne seroit pas 1^ bien venu en mon endroict, si je Testîmois auftre que homme » de bien; mais Tayant tousjours cogneu tel, je ne teulx pas i> faillir à luy rendre ce tesmoignage, veu aussy que freschement » il a préféré mon service à son particulier. » ^

Cinq mois plus tard, CoKgny donnait â Chabouillé une nouvelle preuve d'estime et de bienveillance : « Ayant cogneu, » mandoit-il au conseil de Genève *, que M. Jehan Chabouillé, » gendre de feu M. de.Passy, est affectionné et fidèle en mon sery> vice, je me suis de moy-raesme employé pour le mettre d^ac- » cord avec M. deBissaulx, lequel, après plusieurs remises, s'est ï> rapporté à raoy des différends qu'ils ont pour les biens que le- 3) dit feu s'de Passy a laissez en ce royaulme ; ce que j'ai volontiers » accepté ; et parce qu'il est besoing veoir l'acte delà probation du » mariage d'iceluy deffunt et les testaments, contracts et codïi> cilles qu'il a faictz en vostre cité, concernant Anne, sa fille, je » vous prie bien fort les faire délivrer au porteur de la présente, » en telle forme qu'ilzpuissentfairefoyparde çà touchant ce faicti> là ; et encores, messieurs, que ce soyt chose raisonnable, ainsy i> qu'il me semble, je ne laisseray icy, oultre l'obligation que ley> dict Chabouillé vous en debvra, de m'en sentir en mon pary> ticulier, bien gratifié de vous. »

Coligny avait quitté Châtillon depuis quelque temps, etséjournait à la cour, où ses ennemis cherchaient à le discréditer par leurs calomnies : l'une de ses lettres à de Cordes en fournit la preuve. «Je vous eusse, lui disait-il , plus tost feict responce, si » je me fusse trouvé à propoz quant Ion vous a dépesché où qu'il

1. Archives de Genève, n» 1715, 17 septembre 1566* !2. Hist despr. de Condéy 1. 1, p. 534.

-4<9 — ]s> est allé quelques-ungs par delà, ce que n'ay peu faire de tant » que j'estois à Paris. Il y a plusieurs particularitezque je vous

> vouldrois bien faire sçavoir, mais nous sommes en ung temps » qu'iï ne fait pas bon escripre. Je vous diray seullement qu'il » y à quinze jours qu'il y eut une alarme en ceste court, à 3> cause de quelque compaignye de gens que l'on disoit estre

> assemblée à Paris par M' d'Andelot, mon frère, et moy, dont » fl y eut des mareschaulx commis pour s'en enquérir et infor- » ftier. Et croy qu'ilz ne trouveront pas ce que l'on eust bien » voulu. Je ne doubte point que vous n'en eussiez esté bien » acfverty. Je fais mon conte de séjourner encores quelque

> temps en ceste court, mais je ne vous puys encores asseurer » combien ce sera, car je me gouverneray selon ce que je verray

> et au doigt et à l'œil. Je vous prieray, au demeurant, » monsieur de Gordes,de faire entièrement estât de moy comme » de l'ung de vos meilleurs et plus seurs amis. y>

Le 28 juin, Charlotte de Laval avait rejoint son mari dans la capitale, et en informait Renée de France, en ces termes * : ce Madame, estant arrivée en ceste ville, je ny ay pas voulu rete- » nir vostre coche davantaige, craignant de vous en faire faulte, D et la vous renvoyé présentement, vous remercyant très hum- ^ bïement de l'honneur qu'il vous a pieu me faire de la me » prester. Je ne vous puys mander aultres nouvelles, d'aultant ]^ que depuys que je suis arrivée je n'ay aprins chose qui mérite > de vous estre escripte, et aussi que je n'ay encores guères veu » personne que monsieur l'amyral. »

Le roi, dans des circonstances que nous ne saurions préciser, paraissant attacher une importance particulière à l'arrestation d'un individu du nom de Latour, sur lequel pesaient certaines charges, avait enjoint à l'amiral de faire le nécessaire pour qu'il fût saisi. Le 14 août, Coligny annonça, de Paris, au

\. Bibl. nat. mss. f. fr. voL 3211, f« 90. Lettre du 28 juin 1566.

roi ce qui suit ^ : « Sire, ayant veu le commandement qu'il vous y> plaist me faire par vostre lettre du 12 de ce moys pour tenir la » main à la capture d'un nommé Latour, lequel a esté chargé y> par Dumay, voleur naguères prins et admené en ceste ville, je » n'ay voulu faillir à dépescher incontinent ce gentilhomme 2> devers Vostre Majesté pour luy faire entendre tout ce que m'a » semblé estre bon de vous faire sçavoir sur ce faict. i S'adressant, le même jour à Catherine de Médicis, l'amiral disoit que le gentilhomme chaîné de la voir de sa part «estoitinslruictpar y> luy de beaucoup de particularités dont il rendroit compte, si ï> c'estoit le plaisir de la royne de l'entendre * . » Le 26 du même mois, Catherine mandait au connétable^ : « Mon compère, à ce « que j'ay peu veoir par vostre lettre que j'ay reçeue aujoury> d'huy, le s' Davantigny et Latour sont arrivés auprès de vous, D dont j'ay esté bien aise et m'avez fait grand plaisir de les avoir » retenuz, comme je vous prye de faire encores jusques à ce » que nous soyons apttes à ce que nous puissions sçavoir la véy> rite du fait dont ils sont chargez. Vostre nepveu, M. l'admirai, ï) m'avait bien mandé qu'il les avoit trouvez par les chemins et » qu'ils s'en venaient nous trouver ; mais il est beaucoup meily> leur qu'ils nous attendent là où vous estes; vous priant ^ cependant leur commander de n'en bouger, comme j'estime, y> puisqu'ils sont venus si librement, qu'ils ne feront. ]&.

Cependant les moindres démarches de Coligny étaient épiées; un séjour qu'il venait de faire au château de son 4*rère, le cardinal de Châtillon, fut l'objet de rapports dont il s'attacha à démontrer la fausseté, dans sa correspondance avec le roi a: Sire, écrivit-il, en dernier lieu *, le 17 août, hier soir, asseï » tard, après que la depesche que je vous avais faicte fut partie,

1. Bibl. îiat. mss. f. fr. vol. 15882, f» 169. ± Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15882, f^ 167. a. Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3207, f« 23. LWM, nat. mss. f. fr. vol. 3193, f^ 60.

> je reçus, par ung homme que M. le cardinal de Chaslillon

> m'envoya, la lettre de Vostre Majesté, qui me fut portée à j) Bresle depuys que j'en fus party, comme aussi estoient les » auUres qui y estoient venuz; tellement que, pour faire de- * partir ceste compagnie, il n'estoit point besoing d'em-

> ployer les lettres et le commandement de Vostre Majesté. » Et pour ce que par mes précédendes j'ay satisfait en partye ï au contenu en icelles , je ne vous ennuyeray de redicte ;

> mais, sur ce qu'il reste à respondre, je vous diray, Sire, que }^ en ladicte compagnie n'estoient aultres personnages de qua- » lité que ceulx que j'ay déclarez par mes précédentes; par- » quoi je vous puis bien dire que ce que Ton a rapporté, que

» M. le prince de Portien, les sieurs D et de Bouvry y es-

» toientest faulx. Dont je m'esbahis que gens qui debvroient » bien reguarder et sçavoir comment ils parlent et asseurent 1 les choses soyent si legiers premièrement à les voir, puys à » les faire entendre à Vostre Majesté; faisant par ce moïen de

> très maulvais offices, et k l'endroict de vos meilleurs et plus » fidèles serviteurs, taschant à les vous rendre aultant suspectz

> comme vous y debvez aVoir de fiance; et pouresclaircir main- » tenant Vostre Majesté de l'occasion de ladite assemblée, e

> vous dirai. Sire, que, quant à M. de Sénarpont, c'est ung de

> mes plus anciens amys, dont nous désirions bien de nous voir

> cependant que nous n'estions pas guères esloignés l'ung de » l'aultre et eij ung lieu où il se pouvoit asseurer d'estre le bien » venu. Aussy, quant à M. de Morvilliers, il est de mes vieilles

> congnoissances, tellement que, sa maison n'estant que à six ou i> sept lieues de Bresle, il voulut bien prendre ceste commodité

> de venir faire ung office de Visitation convenable àlacognois-

> sance et amytié que nous avons piéça ensemble. De là. Sire,

> ce que je vous puys dire de l'occasion de leur venue. Ainsi il

> ne me reste que à vous faire entendre à quoy ceste compagnie » s'est employée, qui n'a pas esté pour mettre aulcung en

^ soupçon pu défiance, car le plus de nostre ^(passe-temps) » estans là, ce a esté d'aller à la chasse et voler le perdereau, » combien que aussy parmy ce passe-temps pous y avons ^t y> ungbon office : c'est l'accord de deux genlilshomme, Tung }) de la maison de Bouflair, Taultre des fllebarson, lesquels i> estans en querelle et aïans moïen J'ung et l'aultre d'assembler y> gens et s'^tccompagner, eussent pu mettre quelque troyl^le au y> pafe si leur querelle fust venue plus advant. En tout ce que D dessus, Sire, vous ppuvez voir qu'il n'y a rien dont Vostre s> Majesté puisse avoir sinon contentement et satisfaction, et » pouvez vous tenir assuré que je n'entreprendray jamais » chose au contraire; car, quant aux aultres particularitez ^ qui vous ont esté dictes, je ne puis pas penser quelles elle§ y> sont, mais bien ay-je opinion qu'il n'y a non plus de vérité )> que en la plupart de ce que m'escripvez avoir esté rapporté y> à Vostre Majesté; et touteffoys, Sire, si c'est vostre plaisir de ]& me les déclarer, je mettrai peine de vous y satisfaire aussy. » Et a tant je supplye le créateur, etc., etc. »

Revenu de Paris, dans les derniers jours du mois d'août, à Châtillon, d'où il ne pouvait désormais s'absenter de quelque temps, Coligny ne tarda pas à apprendre que la maladie dont Soubise souffrait quand il quitta Moulins, s'était aggravée. Retenu par la force des circonstances loin de son ami, l'amiral lui fit connaître le profond regret qu'il éprouvait] de ne pouvoir, pour le moment, franchir la longue distance qui les séparait l'un de l'autre, car il eût été heureux de le revoir,' de s'entretenir encore avec lui, de l'entourer de son affection et de ses soins.

A son retour du Bourbonnais, Soubise « était déjà fort paal; y> de sorte que ceux qui le voyaient n'espéraient plus qu'il peust ^ vivre ; ce que luy cognoissoit mieux que personne, et ne se » fàchoit sinon pour la peur qu*il avoit, s'il advenoit quelque y> affaire, de ne pouvoir servir comme il eut désiré, combien » qu'il se résolust, comment que ee fûst, de se faire traîner en

D quelque lieu, soit en une armée ou en une ville, où il peust D achever d'employer ce peu de vie qui lui restoit au service de » Dieu et de sa patiîe. Cependant il s'estudioit à couronner le y> reste de ses gestes par une mort digne de la vie qu'il avoit i> menée, se rendant de plus en plus assidu à ouïr la parole de » Dieu et à le prier et invocquer non seulement en public, j» mais en son particulier, demeurant tous les jours quatre ou » cinq heures enfermé dans son cabinet à prier Dieu et à lire » en sa parole. Quand il voyait ses amis, il les consoloit de sa » mort, laquelle il leur disoit à tous qu'il sentoit tous les jours ]i> approcher, hormis à Madame de Soubîze, sa femme, à laquelle ï> il ne le voulut jamais dire, et les prioit tous de ne le luy dire » point, pour l'appréhension qu'il avoit de son ennuy; mais à :s> tous ses aultres amis il les prioit de ne s'attrister point et de » considérer l'heur qu'il estoit près de recevoir, avec une infi-

î> nité d'aultres belles choses Environ un quart d'heure avant

» mourir, il voulut voir sa fille pour luy donner sa bénédiction, » avant partir de ce monde, puis la fit retirer, et un quart d'heure » après rendit l'esprit, ayant dit pour la dernière parole : mon D Dieu, je recommande mon âme entre tes mains ; et, qui est » une chose incroyable, la Dame de Soubize eut la constance

> de demeurer auprès de luy et de le consoler jusques à l'article » delà mort, ce qu'elle eut juré, peu d'heures auparavant, estre Il hors de sa puissance; mais elle s'y contraignit de ceste façon, » pour ce qu'elle voyait qu'il avoit plaisir qu'elle y fûst et qu'il jft oyoit plus volontiers ce qu'elle luy disoit * que ce que les }) autres luy pouvaient dire. Je vous laisse à penser si, au

> partir de là, elle demeura désolée, et si elle eut besoing des ^ consolations qui lui furent adressées. >

Les plus chers amis de Soubise s'associèrent au deuil de sa veuve, dans des lettres comolatoires qui nous ont été conservées,

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