HisL noL de laFlonde, p
« L'admirai de Chastillon, seigneur plus désireux du bien j> public que de son propre, ayant cogneu la volonté du roy son
> prince, qui estoit de faire recognoistre les terres neuves, fit » en toute diligence équipper des vaisseaux propres pour ce i> faict, et lever gens dignes de telle entreprise, entre lesquels, j> il esleut le capitaine Jean Ribaut, homme véritablement 3> expérimenté au faict.de la marine, lequel ayant reçeu son » commandement, se mit en mer. Tan 1562, le 18* jour de j> février, accompagné seulement de deux roberges du roy,
> mais si bien fournies de gentilshommes, du nombre desquels ]p j'estois, et de vieux soldats, qu'il avoit moyen de faire quelque
> chose mémorable et remarquable à jamais. — Ayant doncques » navigué deux moys sans aucunement tenir la route accousi> tumé des Espagnols, il prist port en la nouvelle France^ ter-
> rissant après un cap, lequel il appella Cap françois, en 1^ l'honneur de nostre France. De ce lieu côtoyant vers le sep- 1^ tentrion, il descouvrit une fort belle et grande rivière dans ï laquelle il fit planter, non fort loin de l'embouchure d'icelle, ï une colonne de pierre de taille, sur un petit costeau de terre ]> sablonneuse, en laquelle les armoiries de France^ estoient
> empreintes et gravées. Ce fait, il s'embarqua derechef, -afin y> de tousjours poursuivre la recognoissance qu'il vouloit faire
> delacoste septentrionale. Après avoir navigué quelque temps, ù il prist terre en l'autre costé de la rivière, et lors commanda, » en la présence de quelques Indiens qui l'attendaient exprès, y> de faire les prières pour remercier le Seigneur de ce que » sans péril ou danger aucun il avoit conduit par sa grâce le ]^ peuple françois jusques à ces lieux estranges. »
Dans le cours de ses explorations, que rien ne troubla, Ribaut se rendit compte de l'état de la contrée et des ressources qu'elle offrait; il établit, çà et là des pierres portant les armes de France, et donna à diverses rivières qu'il rencontra les noms de Mai^ de Somme, de Loire, de Charente', de Garonne,
de Gironde, de Belle, de BassCy de Grande, de Lifymme, de Port-Royal, de Chenonceau. N'ayant trouvé partout que des dispositions pacifiques chez les indigènes, il se décida à laisser parmi eux, sur un point déterminé, une petite troupe qu'il installa dans un fort rapidement construit par son ordre et nommé Charlesfort, dont il confia le commandement au capitaine Albert, en lui disant * : «, J'ay à vous prier, en la présence » de tous, que vous ayez à vous acquitter si sagement de vostre y> devoir, et si modestement gouverner la petite troupe que je y> vous laisse, laquelle de si grande gayeté demeure soubz vostre » obéissance, que jamais je n'aye occasion que de vous louer, » et ne taire, comme j'en ay bonne envie, devant le roy, le « fidèle service, qu'en la présence de nous tous, lui promettez » faire en sa nouvelle France, »
Ribaut fut confirmé dans la pensée qu'il avait alors conçue, de revenir en France, afin d'y travailler à l'affermissement de la colonie naissante, par cette considération sur laquelle on insista auprès de lui \ savoir : a: qu'il avoit occasion de se con- » tenter, veu qu'il ne pouvait faire davantage; qu'il avoit 3> recogneu en six sepmaines plus que les Espagnols n'avaient 3> fait en deux ans es conquestes de leur Nouvelle-Kspagne, et D que ce seroit un grandissime service qu'il feroit au roy, s'il y> luy portoit nouvelles, en si peu de temps, de son heureuse 3> découverte. > L'absence conseillée serait d'ailleurs d'une courte durée. Après s'être assuré que la métropole lui fournirait de nouvelles ressources en faveur de la Floride, il retournerait dans cette contrée, où il agirait désormais avec d'autant plus d'efficacité, que son entreprise se serait concilié, en France, de nouvelles sympathies et un plus large concours. Ribaut partit donc avec Laudonnière et le reste de ses gens, et aborda à Dieppe, le 20 juillet 1561