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Hist. DOt. de la Floride p

ce conseil, excepté le président, opina pour qu'en n'opérant d'abord que sur terre, on marchât droit à Tennemi et on le harcelât par une série d'escarmouches, tandis que des travailleurs, laissés à la Caroline^ en augmenteraient les fortifications, en prévision d'un siégé à subir .^ Cet avis, que dictait la prudence, fut repoussé par Ribaut, qui ordonna que l'action s'engageât d'abord sur mer entre les navires français et la flotte espagnole ; après quoi, on se mesiu^erait sur terre avec les troupes débarquées.

Ribaut mit à la voile : ses navires, assaillis par un coup de vent, se brisèrent sur des écueils. Suivi de ses hommes, qui, comme lui, avaient échappé au naufrage, et cherchant, sous le coup de dangers et de souffrances de tout genre à rejoindre le fort Caroline^ il fut rencontré par un corps de troupes espagnoles dont le chef lui jura que, s'il mettait bas les armes, il serait traité avec humanité, ainsi que ses gens, exténués de faim et de fatigue. Ce chef et sa horde, voyant les Français désarmés, se ruèrent sur eux et les égoi^èrent.

Le fort Caroline^ dont Ribaut avait confié la défense à Laudonnière, sans lui laisser un nombre de soldats suffisant*, fut envahi par des forces espagnoles considérables, qui massacrèrent impitoyablement la garnison et jusqu'à des femmes et des enfknts, Laudonnière et deux de ses compagagnons échappèrent à la fureur des bourreaux. Ils purent, à quelque temps de là, partir pour la France.

Les abominables excès commis dans la Floride soulevèrent l'indignation générale, en Europe. Dès qu'il les connut le représentant de la France en Espagne, protesta ^vec énergie et somma Philippe II d'en, désavouer et punir les auteurs. Philippe II et ses complices se montrèrent, dans leurs réponses et

4 . c Ce qui estoit demeuré au fort estoit composé partie de malades, partie 1 aussi d'artisans, de femmes et petits enfans, le tout montant au nombre de deux > cent quarante âmes. (Relation de LeChalleux, ap. hist. de la Floride, p. 465).

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dans leurs actes, ce qu'ils avaient toujours été et ce qu'ils ne cessèrent d'être, des hommes de sang, dont la cruauté, Tarrogance et la mauvaise foi atteignaient les dernières limites de la dépravation. D'accusés ils se firent accunateurs; et. qualifiant Toccupation de la Floride d'agression coupable à leur égard, ils osèrent demander le châtiment de l'amiral de France, qui seul, prétendaient-ils, l'avait ordonnée.

Quelle fut, dans ces circonstances l'attitude du roi de France, ou plutôt de sa mère? la correspondance de Forquevaulx, ambassadeur à Madrid, nous la fera connaître ^ .

Le 23 février 1566, Forquevaulx écrit à Catherine deMédi-

cis : ce Le duc d'Albe m'a parlé de la part du roy catholique

y> Ils veulent s'attaquer contre M. l'admirai pour couvrir et des- » guiser le tort qu'ils vous ont faict de tuer vos subjects. >

Le 16 mars, il adresse à Charles IX la communication suivante : « Leduc d'Albe m'a dict que Melendez escript que

3> tant ceux du fort, qui estoient 150, que les susdictz nommé- > ment Ribaut et Le Coursset ont dict et confessé qu'ils estoient » allez à la Floride par commandement de M. l'admirai, et à » ces fins ont trouvé ses commissions, lettres et instructions, y> et pour se devoir impatroniser à la Havanne. A ceste cause, » le roy (Philippe II) prie et requiert Vostre Majesté luy faire 3> raison et punition dudict amiral, comme perturbateur de la

» paix et cause du désordre ad venu Sire,j'ay répondu au duc

ï> d'Albe que c'est bienloing de vostre intention ce qu'il allègue y> que Vostre Majesté a désadvouez les subjects qui sont allez ou » iront audit païs (la Floride), d'antienne conqueste; par quoy » ce qui a esté exécuté très inhumainement contre vos subjectz y> par P. Melendez, plus digne bourreau que bon soldat, ne

1 . Les dépêches de Forquevaulx renferment, sur les demandes de réparatioo auxquelles donnèrent lieu les massacres de la Floride des détails d'une réelle importance. Ces dépêches ont été publiées par M. Gaffarel dans la seconde partie de son intéressante histoire de laFloride française (Paris 1875, 1 vol. in-8*).

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» touche M. l'admirai, sinon pour le devoir de sa charge, la- » quelle veut qu'il sache qui va et qui vient par les mers de » vostre royaume. Mais ledit Melendez et les siens ont bien » monstre qu'ils extermineroient volontiers tous les François, » s'ils en avoient le pouvoir. Que je ne sçay de quelle sorte 3> aura esté prins un si cruel massacre, quand Vostre Majesté » et messieurs de vostre conseill'auront entendu. Et au regard » de M. l'admirai, qu'il est en vostre court quant et les plus » grands de vostre royaume, en bonne justification qu'il se jusi> tifierafort bien de tout ce qu'on luy voudra imputer, toutesfois » que la nouvelle que l'homme de Melendez a porté le capitaine 1^ Jean Ribaut, Le Courssot et autres dire qu'ils estoient vos

> subjectz et envoyez de vostre part. Sire, ainsi qu'ils feroient » tousjours foy de vostre adveu. Il me sembloit que cela devoit

> appaiser la fureur des Espaignols ores qu'il n'en fut rien, » lesquels Espaignols ont monstre leur proësse sur gens désar-

> raez, morts à demi de faim, rendux et requeîrants qu'on les T> print à mercy. Comme françois et vostre subject, j'avois hor-

> reur quand je pensois à un faict si exécrable, et qu'il me » sembloit que Dieu ne le vouldroit laisser impuni, p

Le 17 mars, Oatherine tient à Forquevaulx ce langage, qui prouve qu'une fois au moins elle comprend ses devoirs de mère d'un roi de France, et de protectrice des sujets qui relèvent à la fois de lui et d'elle :

« Avant que l'ambassadeur d'Espaigne ait dépesché son 3> courrier, est arrivé vostre premier paquet dont vostre autre

> dépesché fait mention, par où j'ay esté bien particulièrement » advertie comme est passé ce malheureux massacre fait à la p Floride, et les propos que vous en a tenus le duc d'Albe, 3) avecques la response que vous y avez faicte, bonne et perti- » nente, et telle que requiert un cas si cruel et inhumain, dont » je n'avois voulu faire aucun bruit," ne faire connoistre que » j'en sçusse rien jusqu'à hier, que ledict ambassadeur ayant

» demandé audience au roy, monsieur mon fils, et à moy, nous

» vint trouver, et après plusieurs autres propos qu'il nous tint,

* nous dit qu'il avoit charge de son maistre, monsieur mon

y> beau-fils, nous advertir qu'il estoit arrivé en Espaigne un

y> capitaine portant nouvelles que P. Melendez ayant trouvé en

y> la terre de Floride quelques français advouez et chargez de

» lettres de M. l'Admirai, qui avoient en leur compagnie qmU

3> ques ministres qui plantaient là la religion nouvelle, il les

3> avoit chastiez comme il dit en avoir commandement duroy

» son maistre. Bien confessoit-il que ce avoit esté un peu plus

» rudement et cruellement que son dict maistre n'eust désu^,

30 mais qu'il n'avoit pas moins faict que de leur courir sus

y> comme à pirates et gens qui estoient là pour entreprendre

> sur ce qui luy appartient; disant néantmoins que le roy son

3> maistre demandoit justice dudict admirai. — Le roy mon

i> fils, qui estoit encore dans lelict assez débile pour la maladie

T& qu'il a eue, dont il est, grâces à Dieu, du tout dehors, vou-

y> lut que je luy fisse response : qui fut que je l'avois desjà bien

n sçeu par homme qui nous en estoit revenu, et ne pouvois,

» comme mère commune, quejen'eûsse une douleur incroyable

» au cœur, d'avoir entendu qu'entre princes, si amis, alliez et

y> apparentez que sont ces deux roys, et en si bonne paix lors, et

i> au temps que nous observons envers eux tant et de si grands

D offices d'amitié, un carnage si horrible eust esté commis des

» subjectz du roy mondit fils auquel jusqu'alors, à cause de sa

)) maladie, je n'en avois pas voulu parler. Que j'estois comme

» hors de moy quand j'y pensois et ne me pouvois persuader

y> que le roy son maistre ne nous en feit la réparation et justice.

y> Car de couvrir cela sur l'adveu dudict admirai, qu'il n'y a pas

» de quoy, estant bien croyable qu'il n'a pas laissé aller tant de

y> gens hors de ce royaume sans le sçeu du roy mon fils, qui

i> estime que le commerce et la navigation est libre partout à

y> ses subjectz. Et que ceste terre où le faict s'est commis tfest

i> point à luy mais de si long temps descouverte de nos subjetz 3> qu'elle en porte encores le nom comme il en a esté, et ses

> ministres aussi» j'à adverli par vous. Et quand bien ils eus- » sent esté dans les propres pays du roy son maistre^ faisans » autrement qu'il n'appartenait entre amis, qu'ils se deb voient

> contenter de les prendre prisonniers et les rendre au roy » mon fils, pour les faire punir, s'ils avoient failli, sans en user

> ainsi, dont je ne pouvois croire qu'il ne nous rendit contents.

> Qu'il sembloit que l'on vouloit brider le roy mon fiis, l'en- » fermer en ce royaume et lui roigner les aisles, chose qu'il ne

> pourroit, et ne seroit aussi conseillé de souffrir, luy appor- . ]> tant parla un argument d'autrement penser et pourvoir à ses » affaires, comme il sçaqra bien faire, si Dieu plaie t, et ne

> luy en défaillent les moyens etc. etc. — Ledict ambassa- 1 deur essaioit tousjours de couvrir le faict sur l'admirai, et j> qu'il y avoit des ministres de la religion, qui estoit chose fort

> desplaisante h son maistre. — Mais je luy ay dict que nous

> ne sommes pas enquis quelles gens allèrent audict voyage, » et que si o' estoit à soûetter, je voudrois que tous les hugue- )i nots fussent' en ce païs-là, où il ne peut justement dire qu'il

> ait intérest, puisque la terre est nostre, comme nous la pré-

> tendons ; nous faisant bien cognoistre qu'on ne veut guère le 1^ repos de ce royaume, puisque l'on nous veut ainsi oster le 3 moyen de l'y mettre ; mais quoy que ce soit, ce n'est pas à 9 eux de punir nos subjectz, et ne disputons point s'ils estoient » de la religion ou non, ains du meurtre qu'ils en ont fait dont 3 il est bien raisonnable que son maistre fasse faire justice que » nous luy en demandons. — A quoy il m'a semblé que l'am- 1 bassadeur a esté bien empesché de respondre... Il avait 3^ amassé un monde de plaintes pour donner couleur à celle de » la Floride, où il y a aussi peu de fondement ; mais ce qu'il en

> a rapporté, est qu'il a bien connu que nous l'avons trouvé très » mauvais et ne pense pas que nous l'oublions. Ce que j'ay bien

» voulu vous escripre ainsi au long de la part du roy mon fils; » vous priant et ordonnant faire bien entendre au roy catholique, » en le priant très affectueusement qu'il veuille, pour le devoir » et la raison, en faire faire la justice et réparation que mérite 3> un si énorme outrage. :>

Forquevaulx, dans une audience que lui accorde Philippe II, ne se montre pas moins ferme vis-à-vis de ce monarque, que vis-à-vis du duc d'Albe :

ce Je luy ay remontré, écrit-il à Catherine, le 9 avril, le disy> cours que Mgr le duc d'Albe me feitde son mandement, aus- . 5) sitost après Fadvis venu du succez de la Floride, avec la mort i> des Français, laquelle il imputoit à M. Tadmiral comme occa- D sion et motif qu'ils y estoient allez, et me requérant vouloir » escripre à Voz Majestez qu'il feust leur bon plaish' de faire » justice dudict admirai comme infracteur de la paix... Si

2) P. Melendez et ses gens, continue Forquevanlx, fussent sol- » datz, ils se dévoient contenter de la victoire que la mer leur y> avoit donnée et n!eûssent voulu pour aucun commandement

3) exécuter tel carnage sur hommes presque morts de faim et de j> naufrage, requérans estre traictez en subjectz du roy et bons y> amis des Espaignols avec lesquels ils n'avoient guerre ni

2) différend... Les François avoient esté agressez sans les som- » mer de vuider la terre, et n'avoient donné loisir à ceux du fort

3) derespondre,ainsles avoient assaillis, comJ}ien qu'ils feussent y> en la terre de Tantienne conquête de France... » A cela Philippe répond : » qu'ayant sçeu l'allée d'une bonne force de y> Luthériens tant François que autres, et leur descente enl'en- D droict le plus important à sa navigation (La Floride), il n'a- » voit peu ni deu moins faire que d'envoyer gens par de là pour y> les en desloger ; qu'à pirates comme ils estoient, ne falloituser y> de grâce ni bon traictement à telles gens, ne aussi peu » observer envers eux les cérémonies accoustumées entre gens y> de guerre. — J'ay répliqué, ajoute Forquevaulx, que vos sub-

» jectz, madame, ne pouvoient estre estimés pirates, puisqu'ils

> offraient monstrer patente du roy, ou pour le moins en monsi> troient-ils de M/Tadmiral, * lequel, au faict de la marine, y> représente la personne de Sa Majesté, et n'eûst permis sortir y> tel nombre de François et de navires armés, hors des havres 3> de France, sans le sçeu et adveu du roy mon maistre. Mais 3> que Melendez et les siens s'estoienl voulu signaler par le » trophée des ossements des François, vos soldats et subjectz ; ^ lequel faict Dieu ne permeltroit demeurer impuni, et que Sa JD Majesté ne le devoit permettre, ains apprendre à Melendez et

> autres ministres, d'user d'une victoire moins insolentement, :> si victoire méritoit estre appellée unedéfaicte advenue mieulx

> à son advantage qu'il n'eûst sçeu soùeter, et quelque rigueur » qu'il eûst chargé d'user aux François en venant au-dessus, T» cela s'entendoit s'ils fesoientrésistence, et durant l'ardeur du 3> combat, et non à froid sang ; lequel ^cte si cruel requeroit

> pour la réputation de Sa Majesté catholique et pour satisfaire » à la réparation que vos majestez en demandent et appaiser » tout au royaume.de France, qui ne parle aujourd'hui d'autre

> chose, que Melendez et ses gens, qui ont commis le crime,

> en souffrenc condigne punition. — Ledict sieur roy m'a -» respondu qu'il communiqueroit là-dessus avec le duc d' Albe, » pour adviser ce qui se debvrait faire ; mais je m'assure que » c'estoit pour se défaire de moy, car ledict duc ne contredira » jamais à soi-mesme, estant la commune opinion de tous que » c'est luy qui conseilla ce massacre. 3>

Les prévisions de Forquevaulx n'étaient que trop fondées.

Tandis que Philippe II temporisait, que faisait Coligny ? Dès que les massacres de la Floride avaient été connus en France, il s'était empressé d'appuyer, auprès du roi et de la reine mère

1. Au moment où Forquevaulx parlait ainsi de l'amiral, celui-ci dressait un rôle des vice-amiraux, capitaines de vaisseaux et marins français, sur lequel figurait encore le nom de Ribaut. (Voir à Vappendicc le n° 30.)

les plaintes des familles d'une foule de victimes immolées sur le sol de la Floride, et d'insister pour que l'Espagne fût contrainte à une réparation. Maintenant il s'occupait de rendre à la liberté ceux des rares compagnons de Laudonnière et de Ribaut qui n'avaient échappé à la mort que pour languir en captivité, sous la main brutale des Espagnols.

Le 18 août, il adressa à Charles IX, en faveur de l'un des infortunés captifs la lettre que voici ^ :

(t Sire, le sieur d'Huilly, filz de feu M. AUegrct, lequel fut T> advocat du roy en ce parlement (de Paris), du règne du roy 3> François, vostre ayeul, ayant pour vostre service entreprins le » voiage de la Floride dernièrement faict sous la conduite du 3) capp** Jehan Ribault, et prins la charge des vivres, de la jusy> tice et des monstres des compaignyes et forces que conduisait 3) ledict Jehan Ribault, laquelle charge je luy avois donnée, 3) pour ce qu'il estoit de bon lieu, bien capable et idoine de faire y> service a Vostre Majesté, a esté jusques icy tenu pour perdu ï> et mort en la desfaicte exécutée contre vos subjectz arrivez 3) audict pays par les Espagnolz ; mais depuis quelques jours » s'est entendu qu'il est encores vivant, prisonnier et captif en ï> la puissance d'ung desdicts Espaignolz ; et par ce, sire, que » ce seroit grand dommaige de perdre ce personnaige qui est » de service, appartenant à beaucoup de gens de bien et d'hony> neur qui sont la plus part officiers de ceste couronne, et que » contre tout droit et raison il est debtenu prisonnier et raaly> traicté, il m'a semblé ne pouvoir faire de moings, à la prière y> de tant de gens de bien auxquelz il appartient que de certifier » à Vostre Majesté de sa qualité et suffisance, en vous suppliant i> très humblement qu'il vous plaise escripre à l'ambassadeur D de Vostre Majesté en Espagne qu'il fasse mettre ledict Huilly y> en liberté, attendu qu'il n'y a aucune raison de le détenir priy> sonnier, et user envers luy le droict de la guerre. »

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