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» ayant fait faire des plaintes, à ce sujet, par les représentans » qu'il avoit à la cour de France, l'affaire fut agitée dans le con- ^ seil. L'amiral entreprit de justifier cette expédition ; il montra » clairement que nos gens ne pouvaient être blâmés d'avoir » vengé avec tant de courage les injures reçues autrefois des » Portugais (au Brésil), dans une expédition dont il s'étoit » chargé; en un mot, il plaida avec tant de force la cause des » compagnons de Monluc, que la crainte avait obligés de se » disperser et de se cacher, qu'ils furent tous absous des accu- 3> sations que l'on avait intentées contre eux. y>
En même temps qu'il faisait rendre justice à ces vaillants Français, Coligny, dont la vigilance était incessante, protégeait les marins Normands contre le retour de violences et de spoliations dont ils avaient été victimes, en Afrique, de la part des Portugais, dans des parages totalement indépendants de la domination de ceux-ci.
De là cette dépêche qu'il adressa de Châtillon, le 16 octobre 1566, à Catherine* :
« Madame, estant dernièrement à là court, je vous feys eny> tendre comme ung nommé le capitaine Bontemps et aulcuns y> bourgeois et marchands de Rouen, auroient équippé ung » grand navyre et deux autres moyens, et dedans iceulxfaict y> charger grand nombre de marchandises non prohibées ni » deffendues, ainsy qu'il est accoustumé pour aller faire le 3> voïage du Cap de Vert, Guinée et rivière de Sarlyonne. Or, » estant arrivez lesdictstroys navires, les cappitaines et maistres 3> d'iceulx délibérèrent d'envoyer dedansladite rivière lesdits deux 3> moyens avec quatre vingts hommes et bonne quantité de vie- 3> tuailles et marchandises, comme toiles blanches et toutes
» un très grand dommage de cet homme-là, car, quoy qu'il en fust, son brave * courage le poussoit à attenter beaucoup. >
1 . Bibliothèque impériale de Saint-Péterabourg. — Public, de la soc. des arch., hist, de la Saintonge et de l'Aunis.
> sortes de merceryes,en intention d'y pouvoir trafiquer ]> amyablement et de gré à gré, en demandant marchandise à
> ceulx de la terre, ainsi que ledict Bontemps avoit aultrefoys
> faict; ce qu'ils exécutèrent. Mais, tout aussy tost qu'ils » avoient commencé de tenter l'ouverture de ceste traicte, ils • D furent surpris de sept navyres portugais équippés en guerre 3> et marchandise, lesquels les chaînèrent et entourèrent avec D telle furye d'artillerye et d'hommes armés, qu'ils firent couler i à fond les deux navires françois, ensemble leurs dictes mar- » chandises, artillerye, et tout ce qui estoit dedans, tuèrent » quatorze hommes et en blessèrent envii^on soixante, la plus
> grande partie desquels sont tous demeurés impotens de y> leurs membres, chose qui est merveilleusement pitoyable, 3> attendu mesmement que les endroits où ledict Bontemps et j^ ceulx de sa compagnie voulaient paisiblement trafiquer n'es-
> toient de l'obéissance du roy de Portugal; et davantage le i> reste de leur équipaige furent contraincts d'eulx sauver, ainsi y> blessés, des mains desdicts Portugais, avec les bateaux du » navyre qui leur resta. Ce que Vostre Majesté trouva fort » maulvais Et pour ce. Madame, que ledict Bontemps et » bourgeois d'iceulx navyres se délibérèrent de faire derechef i> cemesme voyage avec deux navyres seullement, pour tousjours
> descouvrir et faire chose qui tourne au profit des subjects du
> roy et utilité de ce royaulme, et aussy pour essayer d'eulx j> rescompenser de la grande perte qu'ilz ont faicte, comme » plus amplement Vostre Majesté sera, s'il luy plaist, informée j> par les informations qui en ont esté faictes parles officiers de » l'amyraulé au Havre de Grâce, que je luy envoyé exprès par 3> ce présent porteur qui est à moy, ils craignent que, faisant i> ce dict voyage, ils soient encore empeschez et molestez par y> lesdits portugais; ils supplient très-humblementVostre Majesté, i> et moy aussy, qu'ayant égard tant à la perte desdicts hommes, » navyres et marchandises, qu'il luy plaise de leur vouloir
^ promettre que, faisant doulcement leur dict commerce et
> trafficq avec les habitans de ladicte rivière de Sarlyonne et
> aultres lieux de ceste coste-là, sy d'adventure ils y trouvoient
> ou rêncontroient des Portugais faisant traicte aux lieux et » endroicts où ils ont faict le dommaige et cruaulté au dict » Bontemps, et que leur fûst donné par lesdicts Portugais emy> peschement de faire et contynuer leur dict trafïîcq, qu'en se ^ défendant la victoire demeuroit audict Bontemps, il ne luy » en soit nyauxdicts bourgeois et marchands, pour raison de ce i> que dessus, imputé ne mys en avant aulcune repréhension, i> ne donné, à leur retour aucun (tourment). Et d'aultant qu'il y> me semble. Madame, que c'est chose raisonnable, ils supy> plient très-humblement Vostre Majesté, et moy aussy, de ^ leur accorder ceste requeste, et me faire [entendre sur cest 3i> effect son intention, pour les leur faire ensuyvre, parce qu'ils 3> n'attendent plus aultre chose que cela pour sortir en mer, et i> que le temps et la saison les pressent de partir. Au demeu- » rant. Madame, je ne veulx faillir ^de vous dire comme, ung j> peu avant que ledict Bontemps partist pour aller faire son » dernier voyage, il mefeist requeste de le faire assister, par le
> garde de la marine, de deux pièces d'artilleryede bronze, pory> tant calibre de moyenne, du nombre de celles qui appartien- >> nent au roy et qui estoient lors dedans la grange de ladicte 7> marine, audict Havre de Grâce, pour servir à latuition et def- » fence de ses dicts navyres, à rencontre des pirates et escu-
> meurs de mer qui sont ordinairement en grand nombre, ce
> que je luy accorday et ordonnay 'audict garde de luy délivrer
> les deux pièces d'artillerye, et le faisant obliger de les rendre 3> et remettre dedans ladicte grange, à son retour, ou bien d'en 3> païer la valleur au roy, au cas qu'il en advînt perte durant son !► dict voyage; à quoy ledict Bontemps s'est engagé. Et par ce, » Madame, qu'il est maintenant poursuivi par ledit garde de i> rendre lesdites pièces, suivant mon ordonnance, ledict Bon-
— 46D - » temps et lesdicts bourgeois et marchands supplient très- ]^ humblement Yostre Majesté, attendu qu'ils ont esté perdus » dedans lesdicts deux navyres mis à fond par lesdicts Portugais, 3> avec beaucoup d'aultre artillerye qui estoient à euRc, il lui :» plaise de faire don audict Bontemps des dictes deux moyennes 2> de bronze, et commander qu'il en soit faict une ordonnance » audict garde. »
Froissé de la conquête de Madère, Philippe II refusa désormais toute réparation, à raison des massacres de la Floride. Coligny eut alors la douleur de voir le gouvernement français s'arrêter dans ses réclamations, et, plutôt que de recourir aux armes contre l'Espagne pour lui infliger un châtiment mérité, plier sous le coup d'un humiliant affront.
Il était rései^é à un simple gentilhomme, à de Gourgues, que son ardent patriotisme transforma en héros, de relever, plus tard, dans la Floride, le drapeau de Ja France, et d'y venger ses compatriotes, en faisant expier aux Espagnols leurs exécrables forfaits *. Mais ne recevant aucun appui de la métropole, de Gourgues, abandonné à ses seules forces, ne pouvait, tout généreux et vaillant qu'il était, fonder un établissement qui assurât à la France la possession de la Floride. CiCtte vaste et belle contrée fut donc perdue pour la patrie des Coligny, des Ribaut, des Laudonnière et de leur intrépide émule.
Les annales de l'histoire entretiennent le culte des nobles souvenirs. Aussi pouvons-nous, grâces à elles, nous convaincre que, quel qu'ait été l'insuccès dés tentatives de colonisation de 1555, de 1562, del564et de 1565, ces tentatives honoreront h jamais le patriotisme et les vues généreuses du grand homme qui les conçut et les exécuta.
1 . Voir, à la suite de l'histoire notable de la Floride par Laudonnière (Paris, 1853, 1 voL in-12, p. 207 à 223) le récit intitulé : c Quatriesme voyage des j François en la Floride, sans le capitaine Gourgues, en Fan i567.
L'Espagne, après avoir soutenu la lutte contre les efforts de Famiral de France, au delà des mers, allait la continuer en Europe. Elle voyait, à juste litre, en lui le plus redoutable de ses adversaires ; car il n'est pas, pour un ennemi pervers et intolérant, d'antagonisme plus grave à affronter, dans le domaine politique et religieux, que celui de la droiture et de la fermeté d'une conscience chrétienne.