‹ Gaspard de ColignyChapitre 171 sur 226 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Mouvements dans les Pays-Bas. — Catherine redoute une alliance entre les réformés français et ceux des Pays-Bas. — La duchesse de Ferrare et Pierins. Mort de cehdci. — Coligny est consulté par Jeanne d'Albret sur le renvoi de Morely, précepteur du prince de Béam. — Mort de la comtesse de Roye. — Mort du prince de Portien. — Arrivée du duc d*Albe dans les Pays-Bas. — Coligny représente le roi, au baptême d*un enfant du prince de Condé. — Demande de renvoi des Suisses. — Entrevue de Thoré, fils du connétable avec Coligny. — Assemblées des chefs réformés, à Valéry et à Châtillon. Conseils do modération et de patience, donnés par Coligny. — Dernière assemblée Opinions diverses. On se décide à une prise d'armes.

Coligny, depuis le refus fait par l'Espagne d'accorder une réparation quelconque, à raison des massacres commis dans la Floride, se tenait plus que jamais en éveil sur les obsessions diplomatiques et sur les menées occultes des agents de Philippe IL II voyait ce monarque s'immiscer, chaque jour, davantage dans les affaires de la France, et pousser d'autant plus la reine mère et son fils à la persécution de leurs sujets réformés, qu'il redoutait la conclusion d'une alliance entre ceux-ci et leurs coreligionnaires des Pays-Bas ; alliance qui était également un objet d'appréhension pour Catherine et Charles IX. L'amiral, tenu par ses relations personnelles au courant de ce qui se passait au-delà comme en deçà de la frontière septentrionale de sa patrie, applaudissait à la lutte récemment engagée en Brabant, en Flandre et en d'autres provinces encore, contre un gouvernement hostile au maintien de libertés publiques légitimement conquises, et fauteur des horribles excès de l'inquisition. Il s'affligeait, en même temps, des funestes tendances du gouvernement français qui, servile-

ment .associé aux vues de Philippe II, formait des vœux pour le triomphe de celui-ci dans les Pays-Bas, et espérait en tirer uu surcroît de force pour arriver h l'anéantissement final de la réforme dans le royaume.

La correspondance de la reine mère et du roi témoignait de leur défiance à l'égard des moindres communications qui pou* valent s'établir, à la frontière, entre les réformés des deux Etats, et du désir de voir Philippe II réussir dans ses projets de compression des populations Brabançonnes, flamandes et autres.

C'est ainsi que Charles IX écrivait, le 1" mars 1567 à de Humières, gouverneur de Péronne* î « Les advis divers que

> nous avons des remuemens qui se préparent en plusieurs » lieux de la chrestienté, mesmes ches nos voisins, nous meu« ]> vent à vous faire ceste recharge de chose dont j'ay assez esté

> par vous adverty, vous mandant, h ceste cause, que vous 1 ayez l'œil plus ouvert que jamais, et prenez garde que en » vostre ressort, il ne se face aucun amas ne assemblée en :& armes, ne entreprinses quelconques qui soient pour troubler i> le repos, et sitôt que vous en entendrez quelque chose et 1 qu'il y aura voire jusques à troys hommes ensemble pour y

> donner commencement, soubz quelque prétexte que ce soit, y

> aller ou envoyer incontinent pour y pourveoir et mettre le pied

> sur ce qui commenceroit à s'allumer, et faire si bien chaslier )) ceulx qui ne seroient de la partie, que les autres y preignent

» exemple vous aurez aussy le seing de vous enquérir si

» aucuns de mes subjects se desbauchent pour sortir hors » nostre royaume et aller ayder à ceulx qui remuent mesnage y> ailleurs, pour les faire arrester et chastier comme infrac-

> teurs de nos commandemens et deffences. in

C'est ainsi encore que Catherine, mandait à de Humières* :

i. BiW. nat. mgs. f. fr. vol. 3178. ^49.

2. Lettre du 29 mars 1567. Bibl. nat, mss. f. fr. vol. 3178, fo 53.

« J'ay entendu toutes les nouvelles que m'avez faict sçavoir de » Testât des choses de voz voisins, qui m'ont esté confirmées » de tant d'endroictz que je les tiens pour bien véritables, et î) toutes choses en si bon train pour le service du roy catholi- ^ que, mon beau-fils, que j'espère qu'il n'aura besoing d'en- 3> voyer de grandes forces en ses Pays-Bas pour y restablir son y> obéissance toute telle qu'il l'a voudra avoir de ses subjeclz. >

A cette époque, venait de se terminer, en France, la carrière terrestre d'un (n bo7i personnage, i> fort connu de l'amiral, qui, sous le patronage direct de la duchesse de Ferrare, s'était assigné la pieuse tâche de traduire en langue espagnole le texte du Nouveau-Testament et d'en préparer la dissémination au sein des populations asservies par le roi catholique au joug du despotisme et de l'inquisition. Ce bon personnage, Espagnol lui-même, s'était ému, en chrétien, des souffrances imposées à ses compatriotes, de la misère morale, inséparable des ténèbres dans lesquelles ils demeuraient plongés ; el il avait travaillé à leur alTranchissement spirituel, en les conviant à accueillir les enseignements et les consolations de l'Évangile. Il avait tenté d'édifier, là où le fanatisme de Philippe II n'avait amoncelé que des ruines.

Un ami se rendit auprès de Renée l'interprète des dernières pensées de l'humble chrétien, dans ces lignes touchantes * :

« Madame de Ferrare. — Grâce et paix par Jésus-Christ !! i> — Madame, suivant le commandement que Vostre Excel- » lence m'avait fait tout incontinent que j'arrivay en ceste ville i> de Paris, j'allai au logis de monsieur Pierins ^ , lequel je y> trouvai si extrêmement malade, que, à une heure après minuit,

1. Lettre de Bellerive, du 20 octobre 1566, datée de Paris. (Bibl. nat. mss f. fr. vol. 3 230, f» 125).

2. Une lettre adressée le 28 mai 1566, par les ministres de l'église d'Anvers à Renée de France, prouve l'estime que s'était conciliée PierinSy par sa piété, l'étendue de son savoir, et la noblesse de sou caractère. (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3 211, 1^80).

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y> il rendist son esprit entre les mains du Seigneur avec telle y> assurance de son salut que tous les assistans avons occasion

> de glorifier le Seigneur et en édifier nostre foy, d'autant qu'en y> sa mort nous avons vu une certaine vérification de la victoire

> que nostre rédempteur Jésus gSûgna contre la mort. Au reste, » madame, tout ainsi que ce bon personnage vous a esté fidèle y> serviteur, en sa vie, il ne s'est pas oublié de faire son debvoir jf mesmes à l'heure de la mort, lequel me dist ces dernières D paroles : qu'il vous supplioil très humblement que ce fûst y> vostre bon plaisir d'estre son héritière et testamentaire, afin » que par vostre commandement son entreprinse tant souhai- » tée, en son vivant,' fust accomplie après sa mort, à sçavoir » l'impression du Nouveau-Testament en Espaignol, et quelques j> autres petits traittés. A quoy faire, il souhaiteroit que ses y> livres, meubles, et l'argent qui par la libéralité de vostre i> Excellence luy estoit desjà assigné pour la fin de ceste année î> fûst employé en ladite impression ; lequel argent, nonobstant î> le commandement de vostre lettre il n'estoit pas encore y> emprunté, d'autant qu'il l'avoit dédié pour payer les chij> rurgiens. Il avoit baillé charge de faire quelque petite provijo sion de bled et de vin pour son retour; il souhaitoit que ce » fût le bon plaisir de vostre Excellence que cela s'employast 5> pour la nourriture de ces deux personnes espaignols qu'il :» tenoit en sa compaignie, vous suppliant très humblement » n'avoir point esgard au peu de moyens qu'ils ont pour vous « faire service, mais que vostre Excellence considère qu'ils sont, > estrangers, destitués de tout moyen et faveur de ce royaume, T> et que leur pérégrination est pour une si bonne et juste » cause, à sçavoir pour suivre le pur et vray service de Dieu. y> D'advantaige, madame, vous les obligerez à vous faire très i> humble service. i>

Peu après l'arrivée de cette lettre au château de Montargis» Renée reçut un billet de l'amiral. Dans un langage aussi simple

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