‹ Gaspard de ColignyChapitre 175 sur 226 · Bull, de la soc. d'Iiist. du protesl. fr. t. 11^ p · texte numérisé non relu

Bull, de la soc. d'Iiist. du protesl. fr. t. 11^ p

» apprend de bonne heure à haïr ce monde, pour chercher leur ^ repos et félicité au ciel; et puis estant endurcis au mal, ils » portent bien plus patiemment tout ce qu'il plaist à Dieu leur :» envoyer, et surtout quand il frappe rudemement sur eux, » ou par perte de biens ou de leurs plus chers parens et j> amis : c'est alors que comme gens aguerris, ils soutiennent i> vaillamment les coups, sçachant bien que celuy qui les a » destinez à cela les fournira de force et de vertu pour résister

i> jusqucs au bout Ayons nostre cœur fiché en l'espérance

y> de la résurrection bienheureuse. Et combien que l'absence y> d'une telle personne soit tant dommageable pour nous qui y> avions bien besoin d'une si bonne et parfaite amie, toutesfois

> c'est bien raison que nous nous submections tous paisible-

> blement à la bonne volonté de nostre Dieu, qui a voulu faire » participante de sa gloire son esleue, au temps qu'il a cogneu » estre expédient. »

Le princede Portien fut, tout jeune encore, enlevé à l'affection de Coligny. Il avait, dans sa courte carrière, montré une élévation morale, une piété et undévouementque l'amiral mieux que tout autre avait pu apprécier. Les phases les plus saillantes de cette carrière, sitôt brisée, se résument dans les faits suivants :

Issu, en 1541, du mariage de Charles de Croy, comte de Seninghen et de Porcien, baron de Renel, et de Françoise d'Amboise, Antoine de Croy était en bas âge lorsqu'il perdit son père. Il hérita du double titre de comte et de baron, qu'il devait échanger ultérieurement contre celui de prince. — Elevé par la comtesse de Seninghen, il puisa, dans une éducation dirigée avec autant de fermeté que de tendresse, des enseignements et des inspirations qui le préparèrent à une carrière sérieuse. Alliant les dons du cœur à ceux de l'intelligence, le fils était 'digne de sa mère. En 1559, il adhéra aux doctrines de la réforme, qu'elle avait, pour sa part, adoptées, au début de 1558,

Il se concilia la bienveillance de Coligny ; salutaire patronage sous lequel s'abrita sa jeunesse.

L'amiral, qui avait reconnu chez le fils de Françoise d'Amboise une justesse de vues, une fermeté de caractère, et, dans Faction, des aptitudes que son extrême jeunesse rendait d'autant plus remarquables, lui ouvrit l'accès des assemblées de Vendôme, de La Ferté-sous-Jouarre et de Fontainebleau.' — Antoine de Croy épousa, en octobre d560, Catherine de Clèves, fille du duc de Nevers et de Marguerite de Bourbon , et devint ainsi neveu par alliance du prince de Condé. A l'occasion de son mariage, des lettres-patentes firent de la terre de Portien un marquisat qui, le 4 juin 1561, fut érigé en principauté. Durant son séjour à St-Germain, lors du colloque de Poissy, le prince de Portien s'occupa beaucoup plus des intérêts spirituels de ses coreligionnaires, que des démarches accomplies en sa faveur pour lui faire obtenir le commandement de cinquante hommes d'armes et le collier de l'ordre du roi. Porté d'ailleurs par un récent état de souffrance à de graves réflexions, il avait puisé un redoublement de zèle pour les choses religieuses, tant dans l'étude des événements dont la cour était alors le théâtre, que dans d'intimes entretiens avec sa mère, ses tantes, Eléonore de Roye et Jeanne d'Albret, Condé, Coligny et Charlotte de Laval. — Indigné du massacre de Vassy,il s'empressa, après avoir vainement cherché à pénétrer dans Provins par surprise, de se joindre à Louis de Bourbon et à Coligny, pour prendre en main, à leur exemple, la cause des opprimés. Envoyé d'Orléans en Champagne, il assura d'abord le passage de d'Andelot à travers cette province, réunit ce qu'il put de troupes, et tenta de porter secours çàet là, aux réformés. Peu s'en fallut qu'il ne s'emparât de Troyes et qu'il n'y accomplît la délivrance de ses coreligionnaires. Il rallia, en dernier lieu, un petit corps dontil confia le commandement intérimaire à Semide, gentilhomme expérimenté, et il s'avança vers Strasbourg, au devant de d'Andelot,

avec qui il rentra dans Orléans. Suivant C onde dans sa marche sur Paris, il terrifia la population de cette ville par l'attaque qu'il dirigea contre le faubourg Saint-Victor. A la bataille de Dreux, il se signala à la fois par sa valeur et par sa générosité envers le connétable, dont il avait, comme fils, à se plaindre, et auquel il sauva la vie. Accompagnant l'amiral en Normandie, il prit Pont-l'Évêque et Bernay. La paix ayant été conclue en 1563, il s'acquitta avec zèle et fermeté de la difficile mission de reconduire à la frontière les reitres ; mission dans l'accomplissement de laquelle les conseils et l'influence de Coligny le soutinrent puissamment. — En 1565, le prince de Portien assista le maréchal de Montmorency dans la juste résistance qu'il opposa aux provocations du cardinal de Lorraine, entrant dans Paris, à la tête d'une force année agressive, au mépris de la défense qui lui en avait été faite. Le roi, mécontent, en cette circonstance , du maréchal et du prince, enjoignit à celui-ci de quitter la cour, où il ne reparut que dans l'été de 1566. — Vers cette époque, Antoine de Croy perdit sa mère. Quelques mois plus tard, il tomba malade; et, le 5 mai 1567, à l'âge de vingt-six ans, « il mourut estoufléde poison », dit d'Aubigné ^ On cite ^ ces paroles que, dans un entretien suprême, il adressa à sa femme : « Vous estes jeune, vous estes belle, et vous estes D riche : toutes ces qualités jointes ensemble, avec celle d'une 9 illustre extraction, vous feront rechercher de beaucoup de j> gens. J'approuve que vous soyez remariée; je vous laisse le » choix des partis, et de tout le royaume je n'en excepte qu'un » seul homme, le duc de Guise : c'est l'homme du monde que je y> hais le plus, et je vous demande en grâce que mon plus grand i> ennemy nesoitpas héritier de ce que j'ay le plus aymé de tous » mes biens. » Infidèle aux recommandations et à la mémoire

1. Hist. uniy., t. I, liv. IV. — Voir aussi : Mém. de Condé l. VI, p. 39 à 52, et hist. ?érit. du calvinisme. Amst. 1683, p. 374.

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