Le Laboureur, addit. aux mém, de Castelnau, t. 1, P
de celui qui l'avait tant aimée, la veuve du prince osa, à cinq ans de là, devenir la femme du duc de Guise K
Cependant la marche des événements, en France et au delà des frontières, ne cessait de préoccuper l'amiral et ses amis. Le duc d'Albe, envoyé par Philippe II dans les Pays-Bas avec un corps d'armée destiné àrextermination des hérétiques, allait traverser la Savoie, la Bourgogne et la Lorraine. Alléguant la nécessité de surveiller les mouvements du chef espagnol et de ses troupes, le gouvernement français venait d'effectuer en Suisse la levée d'un nombre considérable de soldats, dont l'aiTivée dans le royaume inspirait à Coligny et à Condé certaines appréhensions. Catherine et son fils cherchèrent à les dissiper, non par une assurance directe de la loyauté de leurs intentions, mais par la voie indirecte d'une faveur apparenta que l'amiral et le prince acceptèrent sans l'avoir recherchée, et qui d'ailleurs ne diminua nullement leurs légitimes défiances. Voici en quoi consista cette faveur, simplement empruntée aux usages de la cour.
« Le prince de Condé ayant eu un fils, le roy, selon la cousj> tume, luy voulant donner le nom, et s'y trouvant de ladiffi-
1. Au-dessus de rhommage rendu par plusieurs historiens au caractère et aux belles qualités d'Antoine de G roy se place rhommage, bien autrement expressif qui ressort des nombreuses lettres que lui adressèrent, à diverses époques, sa mère, Coligny, Charlotte de Laval, d'Andelot, le cardinal de Châtillon, Condé, Èléonore de Roye,. Jeanne d'Albret,le maréchal de Montmorency, Feuquières, Calvin, de Bèze,les magistrats de Strasbourg, les ducs de Wurtemberg, de Lorrainet de Juliers, l'électeur palatin Frédéric UI, le duc J. Casimir, Philippe de Groy, Robert deLamarck, et d'autres personnages notables. — On peut consulter, en ce qui concerne le prince de Portion, ses lettres et celles qui lui ont été adressées (Bibl. nat. mss. f. ft\ volumes 3124, 3 136,3159, 3 182, 3 188, 3189, 3 195, 3 210, 3 212, 3 216, 3 632, 3 930, i 682, 20 507. Ibid. fonds Colbert V* vol. 24). puis, les archives de Genève; celles de Berne; la corresp. franc, de Calvin, t. Il, p. 505; les mém, de Condé, t. II, et 6; Vhist. eccl., de Th. de Bèze. passim; Vhist. univ., de Thou, t. III; les mém. de Cl. Haton, t. I; Le Laboureur, addit. aux mém. de Castelnau, t. I, p. 380, 381, et t. 11, p. 247, 248; le Bull, de la soc. d'hist. du protest, franc, année 1869.
y> culte à cause de la religion, il luy pleust de faire l'honneur y> à l'admirai de présenter Tcnfant en son nom au baptesme et i> à recevoir les sacrez commencemens de la religion ^ ce qui fut y> fait, comme il est ordinaire en la cour des princes, à grande y^ pompe et magnificence. Au festin, Tadmiral fut seul, comme y> le roy, assis en une table et servi par les mêmes officiers; ce 3> que plusieurs interprétoient à ung témoignage de la singulière ]^ bienveillance que le roy luy portoit. ^. i>
Coligny ne pouvait plus croire désormais à cette bienveillance. Des révélations sinistres achevèrent de l'éclairer sur sa situation et sur celle de sa famille, de ses amis, de ses coreligionnaires vis-à-vis de la royauté.
• En effet, <t le prince de La Roche-sur-Yon, qui estoit du sang y> royal, et, à cause de cette proximité, fort amy du prince de D Condé, ayant escrit à l'admirai, le priant de luy envoyer se- ^ crétement quelque sien plus particulier confident par lequel » il le peust informer de- choses très importantes à son salut et -^ qui ne dévoient point être divulguées, luy donna advis, que le y> conseil pris à Bayonne estoit de détruire entièrement la reliy> gion réformée et tous ceux qui en faisaient profession, et qu'à » cet effet on avoit fait la levée des Suisses ^, sous prétexte de
1. « J'ay esté ces jours passez à Vallery, au baptesme de J'enfant de mon- 9 sieur le prince de Condé, qui m'y avoit convié, et a esté porté ledit enfant par 3 monsieur ramira1,au nom du roy, s'estant trouvé au dit lieu de Vallery mon- » sieul" le cardinal de Chastillon, messieurs crAndelot, de Larochefoucault,dc 1 Janlis et plusieurs autres seigneurs et gentilhommes, tellement que la com-
> pagnie estoit fort honorableet fut bien festoyée dudit sieur prince, et récrée
> do plusieurs honnestes passe temps. > (Lettre de Sault à de Gordes, du 30 juin 1567, hist. des pr. de Condé, t. I, p. 537).