Hotmann, vie de Coligny, trad. de 1665, p
3. < C'est pour cela, dit de Thou {hist. univ,, t. IV, p. 2), qu'on avoit depuis
> peu enrôlé six mille suisses, et qu'on faisait actuellement des levées dans tout
> le royaume. Ce n'était pas certainement pour faire la guerre au duc d'Albe et 9 aux Espagnols, avec qui l'on était en si bonne intelligence, surtout depuis » Tentrevue et les conférences de Bayonne. Les Espagnols les protestants, » tous les gens sages et expérimentés, les courtisans eux mômes, si on les
» garder les frontières et de les opposer aux troupes du duc > d'Albe. Ce qui fut aussi confirmé à l'admirai par diverses lettres D et messages*. :»
Aux impressions produites sur Tesprit de Coligny par de telles révélations et par la succession des événements de 1563 à 1567, correspondaient les impressions personnelles de ses amis. De Lanoue a fidèlement traduit les unes et les autres ^ : « Les principaux de la religion, dit-il, qui ouvroyent les yeux y> pour la conservation tant d'eux que d'autrui, ayant fait un » gros ramas de ce qui s'estoit fait contre eux et de ce qui se if brassoit encore, disoyent qu'indubitablement on les vouloil » miner peu à peu, et puis tout à un coup leur donner le coup » de la mort. Des causes qu'ils alléguoyent, les unes estoieol » manifestes, et les autres secrettes. — Quant aux premières, » elles consistoient es démantellement d'aucunes villes et cony> struction de citadelles es lieux où ils avoyent l'exercice public; }> plus es massacres qui en plusieurs endroits se commettoyent y> et en assassinats de gentilshommes signalez, de quoy on » n'avoit peu obtenir aucune justice; aux menaces ordinaires y> qu'en bref ils ne lèveroient pas la teste si haut; et singulière- » ment en la venue des Suysses, combien que le duc d'Albe y> fust déjà passé en Flandres, lesquels n'avoyent esté levez que y> pour la crainte simulée de son passage. — Quant aux se- » creltes, ils mettoyent en avant aucunes lettres interceptées, vei> nantes de Rome et d'Espagne, où les desseins qu'on vouloil D exécuter se descouvrirent fort à plain : la résolution prise à
» interrogeait, ne pouvaient en disconvenir. C'est encore à cela que tendaient
> les fréquents conseils que Ton tenait entre le pape ou ses ministres et ceai
> dos deux rois, conseils où le pontife ne travaillait qu*à entretenir et augmenter
> la haine de ces deux princes contre les protestants de France et des Pays-
> Bas, et à faire allumer, dans le mOme temps, le feu de la guerre par Philippe
> en Flandre et par Charles dans son royaume. » i. Ilotman, vie de Coligny, tr. de 1665, p. 69. i. Disc, polit, el milii.,^. 723.
» Bayonne avecques le duc d'Albe d'exterminer les huguenots
> de France et les gv^ux de Flandres, de quoy on avoit esté
> averti par ceux de qui on ne se doutoit pas. — Toutes ces
> choses, et plusieurs autres dont je me tais, resveilloyent fort
> ceux qui n'avoyent pas envie qu'on les prist endormis. — Et i> me recorde que les chefs de la religion firent en peu de temps » trois assemblées, tant à Valéry qu'à Chastillon, où se trou-
> vèrent dix ou douze des plus signalez gentilshommes, pour j> délibérer sur les occurrences présentes et chercher des expé-
> diens légitimes et honnestes pour s'asseurer entre tant de y^ frayeurs, sans venir aux derniers remèdes.
« Aux deux premières, les opinions furent diverses. Néant- » moins plus par le conseil de monsieur Tadmiral que de nul ]^ autre, chacun fut prié d'avoir encore patience, et qu'en » affaires si graves comme celles-ci, qui amenoyent beaucoup )> de maux, on devoit plustost s'y laisser entraîner par la néces- » site, qu'y courir par la promptitude de la volonté, et qu'en » bref on verroit plus clair, d
Le roi fut supplié de renvoyer les Suisses, dont la présence en France n'était plus nécessaire, depuis que le duc d'Albe était arrivé dans les Pays-Bas. L'ajournement de leur renvoi accrut la défiance de Coligny et des réformés.
Le connétable, que cette défiance inquiétait, voulut sonder les intentions de son neveu, et chargea, à cet effet, Thoré, l'un de ses fils, de se rendre à Châtillon-sur-Loing, d'y remettre un mémoire à l'amiral et de provoquer des explications.
Un écrit, en forme de note, sans date ni signature, rédigé, comme tout porte à le croire, par Coligny lui-môme, contient, en substance, la réponse qu'il fit au mémoire remis par Thoré. Voici la teneur de cet écrit. * :
(^ Mons. l'amyral a esté merveillement ayse d'avoir ce bien