‹ Gaspard de ColignyChapitre 178 sur 226 · Bibl. nat. mss. t, fr. vol. 3 410, f · texte numérisé non relu

Bibl. nat. mss. t, fr. vol. 3 410, f

» de veoir mons. de Thoré, pour pouvoir parler à luy aussy y> franchement comme il feroit à son propre frère ; et pour ce )) que par le mémoyre qu'il a rapporté, monsieur le connestable y> s'esbahit pourquoy sest que ceulx de la religion sont en plus y> grande deffiance que de coustume, et que par ledit mémoyre y> il est porté que Ton s'asseure que nul de ladite religion ne y> s'est remué, qu'ils n'ayent eu les instructions de luy, il veuU y> bien respondre pour ce qui luy touche, et puys dire les raiy> sons qui peuvent mettre ceulx de ladite religion en deffiance. » — Et quant à son faict, il déclare franchement et ouverle- » ment que nul de ceulx de ladite religion n'a pris les armes » ny par son conseil, ny par ses advertissementz. Et pourtant ne y> luy sçauroit l'on faire ung plus grand tort que de semer telz y> bruictz de luy, car sest suyvant ce que l'on a voulu tousjours 3> dire qu'il esloit chef de part, pour le rendre plus odieulx au y> roy, qui néantmoins n'a point de plus fidelle ny affectionné y> subject et serviteur, s'estant tellement conduit que de tout y> son pouvoir il a empesché ces troubles et s'y est tellement » comporté, que ceulx de ladite religion mesmes l'en ont eu à y> suspect, et qu'ilz disoient qu'il avoit des moyens et intelli- » gencespour se tirer de la fange et y laisser les aultres. Il vouly> droyt aussy que l'on se souvynt combien, durant les plus ï> grands troubles il s'est monstre affectionné au bien et repoz y> de ce royaulme, et que, s'il eûst eu ung aultre desseing, il » avoit bien le moyen d'entreprendre d'aultres choses qu'il n'a » faict. Et pour ce que, sur ce propoz, il en a déclaré davany> taige audit s' de Thoré, il s'en remettra sur luy, désirant bien » que désormais l'on ne luy preste plus ces charitez, que de y> dire que ceulx de ladite religion ne font rien que par son y> conseil et instructions. Et^ pour ce qui est de l'occasion préy> sente, il ne veultpas nyer que, pour les raisons qu'il a d'estre y> en deffiance de ceulx de la maison de Guyse, il n'en ayt parlé » avec ses meilleurs parens et amys ; mais que pour cela il ajt

» conseillé à ung seul de prendre les armes, il prend sur son y> honneur qu'il ne Ta pasfaict; et ce qu'il en avoit aussi mandé j& à mondit s' le conneslable par La Chavane, c'estoit comme y> à son père, et non pas pour en rien dire ny au roy ny à la y> royne ; car aussi ledict La Chavane avoit commandement de 3> n'en parler qu'à luy ; mais c'est grand cas qu'il fault que ceulx » de Guyse facent tousjours espouser leurs querelles à Sa y> Majesté ; et vauldroit mieulx se remmémorer que telle chose

> a cuidé apporter la ruyne de ce royaulme. Le dit sieur amyral » pHe aussi que désormais l'on ne se prenne à luy que de son » faict duquel il respondra comme ung homme de bien et d'hon- » neur doibt faire. — Quant à la deffiance que ceulx de ladite y> religion peuvent avoir et de ce qu'il est à entendre, il dira 1^ bien qu'il n'est possible d'en avoir davantage qu'ilz en ont.

> Les raisons sont de la façon que l'on se gouverne en leur en- » droict concernant des forces que le roy a, que l'on ne peult » présumer estre à aultre intention que pour leur courre sus, ^ selon la bonne intelligence et amytié qui est entre le royd'Esi> pagne et luy. Et ce qui la donne encore plus grande, c'est » que l'on veult que l'on croye que sans ce remuement icy le y> roy vouloit licentièr les Suysses, et aussy que l'on dict que Sa

D Majesté ne veut plus que l'on luy donne de troys mois en

» troys mois. Sur quoy sera respondu que Ton a bien veu que

> toutes celles que l'on a données pour le passé, c'a esté chose y> qui a esté artificiellement faicte pour rendre tousjours ceulx -» de ladicte religion odieux à sadite Majesté, car s'il y eust eu... » desseing, l'on ne sçayt qui eut empesché que l'on en eust veu 5> d'autres effects en ceste dernière foys. Tout homme de jugey> ment dira que c'est plus pour chercher une occasion que de -» ravoir trouvée ; car qui eust eu envie d'entreprendre quelque » chose, l'on n'eûst pas attendu le passage des Espaignolz ny » contenu les Suysses en ce royaulme, et n'a pas esté chose si 3> secrètement faite que l'on ne l'aye préveue cinq et six moys

y> devant ; il sembleroit plustost que ce fust pour se servir de y> Toccasion que Ton a tousjours dict que l'on feroit, qui est » que Ton esguillonneroit tous ceulx de ladite religion, que 3> Ton leur feroit faire quelque chose, pour fonder une querelle » et leur courre sus. — Il y a plusieurs aultres raisons qui j> seroient trop longues à escripre et desquelles il en a dict une y> bonne partie audict s' deThoré. — Et reste maintenant à dire » le moyen pour remédier à telles deffiances, qui ne peut eslre 3> donné que par le roy, en monstrant que Sa Majesté n a poinj

> de deffiance de ses subjectz ; mais ce n'est pas le moyen' en 3> faisant les recherches que Ton faict tant en Normandye

> qu'aux grands jourSy par lesquelles nul de ceulx de la reli- » gion, depuis le plus grand jusques au plus petit, ne se peult 3> dire exempt des crimes de lèze-majesté, si c'est comme ce » que l'on veult imputer à crime, et n'y a personne qui n'aye 3> occasion de trouver cela bien rude et estrange, veu que de ce » qbe ledit sieur amyral sçait, il dict devant Dieu qu'il ne sçayt y> point que ceulx de ladite religion ayent aucune volunté que de » bien et fidèlement servir sadite Majesté et emploier pour cela i> leurs corps et leurs biens. — Quant au particulier dudict

> sieur amyral, il supplie mondit sieur leconnestable de se res- » souvenir des propos et asseurances qu'il luy a données, et D qu'il n'est pas sy meschant ny malheureux que de prester 3> l'oreille à ceulx qui voudroient attempter à la personne du 2) roy ne de son estât, et qu'il ne luy donnera jamais occasion » de perdre la bonne opinion et estime que justement il peut 3> avoir de luy. »

Cependant Coligny et ses amis, informés que les Suisses quittaient la frontière pour s'avancer dans l'intérieur de la France, envoyèrent aussitôt un agent sûr vers le connétable ; et, voulant à tout prix, éviter l'eflFusion du sang, ils lui adressèrent de « nouvelles soubmissions pour supporter l'édict de Roussillon,

> et autres indignitez qui ne sembloient point tolérables ; le

» suppliant d'avoir pitié de la France, et, aux despens de leur D humilité, remettre tout en paix. Ce vieil conseiller les paya ï> d'une estrange raison, après plusieurs autres : que voudriez- » vous, dit-il qu'on fist de ces Suysses bien payez, si on ne les -» employoit * ? »

Coligny et ses amis ne pouvaient accepter une raison de ce genre. Une dernière démarche fut tentée : l'amiral et Condése rendirent à la cour, « où ils remonstrèrent, l'un après l'aultre, j> au roy, à sa mère, au conseil qu'il n'y avoit juste occasion i> ni raison de ceste levée et introduction de six mille Suisses » dedans le royaume, si d'aventure on ne prétendait les > employer pour la ruine de ceux de la religion, qui estoient j^ encores en plus grand nombre que l'on ne pensoit pas; que 1 la guerre passée en avoit fait preuve ; et que si leurs ennemys » entreprenoient autre chose qu'à point, ils se tiendroient sur ^ leurs gardes et ne se lairroient pas esgorger parles brigands » et perturbateurs du repos public. Sur cela, ils supplièrent 3) très humblement le roy d'avoir compassion de tant de y> familles honnestes et de tout son royaume, mais ils furent ^ rebutez et indignement traittez \ d

Coligny avait horreur de la guerre civile ; et ses constants efforts, de 1563 à 1567, avaient tendu à en éviter le retour. Dans les deux assemblées tenues à Valéry et à Châtillon, il s'était attaché à contenir l'indignation et l'ardeur de ses amis ; il avait obtenu qu'ils se résignassent à un rôle d'expectative. Mais, ainsi qu'il le pressentait, de nouveaux dangers, en venant menacer les réformés, mettraient un terme à leur patience. Ces dangers, au premier rang desquels figuraient l'insuccès de la dernière tentative faite pour arrêter la marche des suisses vers le centre de la France, et la certitude acquise de l'existence

Page 1