Hist de cinq rois, p
d'un complot ourdi par la cour, nécessitèrent, de Favis de l'amiral lui-même, la convocation d'une troisième assemblée, qui suivit, à moins d'un mois d'intervalle, la tenue de la seconde.
A cette troisième assemblée, comme aux deux précédentes, se trouvaient, outre Coligny, Condé, de Larochefoucault, Boucard, Briquemault \ et d'autres chefs ^. De Lanoue en rend compte en ces termes ^ :
<t Les cerveaux s'eçchauffèrent davantage, tant pour les cony> sidérations passées , que pour nouveaux avis qu'on eut, et j> nommément pour un, que messieurs le prince et admirai y> affirmèrent venir d'un personnage de la cour très affectionné » à ceux de la religion, lequel asseuroit qu'il s'estoit là tenu un y> conseil secret, où délibération avoit esté iaicte de se saisir » d'eux, puis faire mourir l'un, et garder l'autre prisonnier; y> mettre, en même temps, deux mille suysses à Paris, deux » mille à Orléans, et le reste l'envoyer àPoictiers; puis casser » l'édict de pacification, et en refaire un autre du tout cony> traire : et qu'on n'en doutast point. Or, cela ne fut pas » malaisé à croire, veu qu'on voyoit desjà les suysses s'achemiy> ner vers Paris, qu'on avoit tant de fois promis de renvoyer.
ce Et y eut quelques-uns qui estoyent là, plus sensitifs et
1. H est digne de remarque, qu'à une date voisine de celle de la troisièrae assemblée, Coligny, que les préoccupations même les plus graves, ne détournaient jamais d'un bon office à accomplir, vis-à-vis de qui que ce fût, et surtout vis-à-vis d'un ami, écrivit, le 6 septembre 1567, au syndic et au conseil de Genève : c magnifiques seigneurs, d'autant que j'ay esté prié par
> monsieur de firiquemault de vous escripre en faveur de sa fille qui
> est en vostre ville, à ce que vous veuilliez avoir ses affaires et son bon t droict pour recommandé en justice ; et encore que je m'asseure bien que ï vous estes assez amateurs de cela et qu'il ne soit point de besoing de ï> vous en escrirc, si est-ce que trouvant cesle prière raisonnable, et aussy » pour l'amitié que je porto audit sieur Briquemault, je l'ai bien voulu » faire, etc., etc. »
!2. D'Aubigné, Hist. univ.y t. IV, chap. vii. 3. Disc, polit, et mil., p. 724 et suiv.
» impatiens que les autres qui tinrent ce langage : Comment? 3> Veut-on attendre qu'on nous vienne lier les pieds el les mains, y> et puis qu'on nous traîne sur les eschaflfaux de Paris, pour i> assouvir par nos morts honteuses la cruauté d'autrui? Quels » avis faut-il plus attendre? Voyons-nous pas degjà Tennemi i> estranger qui marche armé vers nous et nous menace de ven- » geance, tant pour lès offenses qu'ils reçeurent de nous à ^ Dreux, que pour les injures que nous avons faites aux catho- B liques, en nous défendant? Avons-nous mis en oubli que plus > de trois mille personnes de nostre religion sont péries par » morts violentes, depuis la paix, pour lesquelles toutes nos » plaintes n'ont jamais peu obtenir autre raison que des resy> ponses frivoles ou des dilations trompeuses? Si c'estoit le » vouloir de nostre roy que nous fussions ainsy outragez et » vilipendez, paravanture le supporterions-nous plus douce- :p ment ; mais puisque nous sçavons que cela se fait par ceux » qui se couvrent de son nom et qui nous veulent oster l'accès :p envers lui et sa bienveillance, afin qu'estans destituez de tout » support et aide nous demeurions leurs esclaves ou leur proye, 3> supporterons-nous telles insolences? Nos pères ont eu pa- » tience plus de quarante ans, qu'on leur afait esprouver toutes j> sortes de supplices, pour la confession du nom de Jésus- . » Christ, laquelle cause nous maintenons aussy. Et à cette » heure, que non seulement les familles et bourgades, mais les j> villes toutes entières, sous l'aultorité et bénéfice de deux y> édits royaux, ont fait une déclamtion de foy si notoire, nous y> serions indignes de porter ces deux beaux titres de chrestien
> et de gentilhomme, que nous estimons estre l'honneur de nos » ornemens, si par nostre négligence ou lascheté, en nous pery> dant nous laissons périr une si grande multitude de gens, y> Parquoy nous vous supplions messieurs, qui avez embrassé la y> défense commune, de prendre promptement une bonne réso-
> lution, car l'affaire ne requiert plus qu'on temporise.
— 48-2 — « Les autres qui estoyent en ce conseil furent esmeus, non i> tant pour la véhémence des parolles, que pour la vérité » d'icelles. Mais, comme il y en a toujours qui sont fort consi- » dératifs *, ceux-là répliquèrent qu'ils apercevoyent bien le » danger apparent, néantmoins que la salvation leur estoil ca- » chée : car, si nous voulons, disoient-ils, avoir refuge aux » plaintes et doléances, il est tout clair qu'elles servent plus à » irriter ceux à qui on les fait, que de remèdes. Si aussi nous * levons les armes, de combien de vitupères, calomnies et ma-
> lédictions serons-nous couverts par ceux qui nous imputaos i> la coulpe des misères qui s*ensuyvront, ne pouvans deschar-
> ger leur colère sur nous, la deschargeront sur nos pauvres
> familles demeurées esparses en divers lieux. Mais, puisque T de plusieurs maux on doit tousjours choisir les moindres, fl i> semble qu'il y ait encores moins de mal d'endurer les pre- » mières violences de nos ennemis, que les commencer sur » eux, et nous rendre coulpables d'une agression publique et i> générale.
€ M. d'Andelot prit la parole après et dit f vostre opinion, 1^ messieurs, qui venez de parler, est fondée sur quelque pra-
> dence et équité apparente ; mais les principales drogues mé-
> dicinales, propres pour purger l'humeur pecoante qui abonde » aujourd'huy au corps universel de la France luy défaillent, » qui est la fortitude et la magnanimité. Je vous demande, si :d vous attendez que soyons bannis es pais estranges, Uez dans » les prisons, fugitifs par les forests, courus à force du peuple, » mesprisez des gens de guerres et cqpdamnez par l'authorité T> des grands, comme nous n'en sommes pas loin, que nous 7> aura servi nostre patience et humilité passée? que nous
1. CoHgny était du nombre de ces hommes considératifs ; aussi d'Anbigné, pariant de son attitude en présence des événements qui motifèrent la troisième assemblée, dit-il : c l'amiral voulait endurer toutes extrémitez et se coolier en Finnocence. > (Hist, univ,, 1. 1, ïiv. IV, chap. vn.)
» profitera alors nostre innocence? a qui nous plaindrons- » nous? mais qui est-ce qui nous voudra seulement ouir? Il est * temps de nous désabuser et de recourir à la défense, qui n'est 1 pas moins juste que nécessaire, et ne nous soucier point si 3 on dit que nous avons esté autheurs de la guerre; car ce sont > ceux-là qui. par tant de manières ont rompu 'is conventions » et paclions publiques, et qui ont jette jusques dans nos ï entrailles six mille soldats estrangers, qui par effet nous Tout D desjà déclarée. Que si nous leur donnons encor cest avanie lage de frapper les premiers coups, nostre mal sera sans 1^ remède. >
« Peu de discours y eut-il après, sinon une approbation de > tous d'embrasser la force, pour se garantir d'une ruine pro- » chaine. Mais s'il y eut des difficultez à se résoudre sur ceci, 1 il n'y en eut pas moins pour sçavoir comme on devoit procé- * der en ceste nouvelle entreprise.
« Aucuns vouloyent que les chefs et principaux de la religion j> se saisissent doucement d'Orléans, ville confédérée, et après » envoyassent remonstrer à leurs majestez, que sentant apro- D cher les Suysses, ils s'estoyent là retirez, avecques leurs amis, D pour leur seureté, et qu'en les licentiant, chacun retourne- » roit à sa maison. A ceux-là fut respondu qu'ils avoyent oublié » qu'à Orléans y avoit un grand portail fortifié, gardé par sufï> lisante garnison de catholiques, par lequel ils pourroyent » toujours faire entrer gens en la ville, et que le temps n'esj> toit plus de plaider ni se défendre avec les paroles et le paï pier, ains avecques le fer. Autres trouvoyent bon de prendre » par toutes les provinces, tant de villes qu'on pourroit, puis D se mettre sur la défensive : lequel avis ne fut non plus reçu, » pour ce, dit-on, qu'aux premiers troubles, de cent que ceux > de la religion tenoyent, au bout de huit mois il ne leur en » demeura pas douze entre les mains : d'autant qu'ils n avoyent 3) armées suffisantes pour les secourir.
i Enfin on conclud de prendre les armes, et, à ce commen- » cernent de guerre observer quatre choses : la première, de D s'emparer de peu de villes, mais d'importance ; la seconde, c de composer une armée gaillarde; la tierce, de tailler en » pièces les suysses, par la faveur desquels les catholiques se-
> roient tousjours maîtres de la campagne; la quatrième, » d'essayer de chasser M. le cardinal de Lorraine de la coar, i> que plusieurs imaginoyent solliciter continuellement le roy D à ruiner ceux de la religion.
c De grandes difficultez furent encore proposées sur ces deux p derniers points ; car on dit que le cardinal et les suysses j> marchoyent tousjours avec le roy, et que, attaquant les uns,
> et voulant intimider Tautre, on diroit que l'entreprise auroil y> esté faite contre la majesté royale, et non contre autrui*;
> toutesfoisellesfurentvuidéesparcesteréplique: c'estquel'évé-
> nement descouvriroit quelles seroyent leurs intentions, comme y> ils rendirent tesmoignage de celles du roy Charles septième, » estant encore daulphin, qu'il n'avoit levé les armes, ni contre » son père, ni contre le royaume; davantage, qu'on sçavoit bien » quelesfrançois en corps n'avoient jamais attenté contre la per-
1. Celte objection n'eût pas arrêté, s*ii eût encore vécu, en 1567, l'un des plus fidèles serviteurs de la couronne, Soubise; car, dès 1565, il avait émis l'avis que les réformés, dans l'intérêt de leur cause, pouvaient et devaient recourir à la force, pour séparer le roi de l'entourage qui Tasser vissai t. En effet, on lit dans les mémoires de la vie de Soubise (p. 88, 89) : c Au retour de La
> Rochelle, il revint chez luy et dist à la dame de Soubize, sa femme, qaH
> voyait bien, veu la façon dont toutes choses se gouvernoient, qu'il seroil né-
> cessaire de se saisir de la personne du roy, et l'oster des mains de ceux qui
> taschoient à se servir de son authorité pour un temps affîn d'accroistre la leur
> et se faire, à la fin, rois, s'ils pourroient ; partant, au contraire, estoit bc-
> soing de les reculer d'auprès de sa personne et d'en approcher les princes an
> sang et vrais serviteurs de la couronne, pour bien instruire le roy, en sorte
> qu'il fùst, un jour, tel que doibt estre un prince vrayment chrestien et wr-
> tucux. Vray ost que le tout csloit de faire si bien l'entreprise, qu'on n'y t faillisl point, car s'il advenoit qu'elle fûst faillie, c'estoit la ruyne de restai.
> Cela avait-il dès lors en Tentendement, comme depuis la dict la dame de » Soubise sa femme. »
— 485 ~ y> sonne de leur prince. Finalement, si ce premier succès estoil » favorable, qu'il pourroit retrancher le cours d'une longue et ib ruineuse guerre, en tant qu'on auroit le moyen de faire » entendre au roy la vérité des affaires qu'on lui desguisoit; » dont se pourroit ensuyvre la reconfirmation des édicts, mes- 3> mement quand ceux qui vouloyent prévenir se sentiroient ï> prévenus.
« Voilà quelle fut la résolution que prindrent lors tous ces ï personnages qui se trouvèrent ensemble ; lesquelz, combien » qu'ils fussent douez de grande expérience sçavoir, valeur et » prudence, si est-ce que ce qu'ils avoyent si diligemment » examiné et tant bien projeté, se trouva quand on vint aux » effects, merveilleusement esloigné de leur attente : et d'au- » très choses, à quoy ils n'avoyent quasi point pensé, pour les » tenir trop seures ou difficiles, se tournèrent en leur bénéfice ; » dont bien leur servit. Par ceci se peut cognoistre que les » bonnes délibérations ne sont pas toujours suyvies de bon » succès. Ce que j'ay dit n'est pas pour taxer ceux de qui j'ay » parlé, la vertu desquels j'ay toujours grandement admirée, » ny pour faire négliger la prudence et la diligence aux affaires : » ains seulement pour advertir que l'accomplissement de nos » œuvres ne gist pas tant en l'humaine proposition, qu'en la ï divine disposition. »