CHAPITRE VIII
Les chefs réformés se réunissent à Rozay en Brie. — Ils adressent une reqoéte aa roi. — Arrivée des Suisses è Mcaux. — Le roi s'enfuit à Paris. — Les confédérée prennent position à Saint-Denis. ^ Le roi somme Condé, Goligny et leurs compagnons d'armes de se rendre auprès de lui. — Demandes présentées par les confédérés. — Ils en restreignent la portée. — Le connétable rend tout accommodement impossible. -— Bataille de Saint^Denis. — Lettres de Condé, de Colifny e( de ses frères au sénat de Strasbourg et au conseil de Genève. — Les confédérés quittent Saint-Denis. — Mémoire de Condé au roi. — Réponse du roi. — MissioD confiée à Téligny. Lettres de Condé. — Lettre du roi au doc d'Anjou. — Réponse du roi à Condé. — Coligny écrit au duc d'Anjou. — Négociation entamée entre la cour et le cardinal de Châlillon. — Rupture de cette négociation. — L'armée des confédérés se rend en Lorraine, à la rencontre des auxiliaire! allenoands.
Coniié avait indiqué, pour la fin de septembre (1567) , à Rozay, on Brie, une réunion en armes, à laquelle la majeure partie de la noblesse des environs se rendit. Autour du prince se groupèrent, dans cette localité, ses oncles, Coligny, d'Andelot, son beau-frère, Larochefoucault, et quatre cents hommes de cavalerie.
Catherine, venue de Monceaux à Meaux avec le roi, fui informée de ce qui se passait. Voulant empêcher les réformés d'agir, jusqu'à ce que les six mille Suisses, qui accéléi'aient leur marche, fussent arrivés auprès de son fils, elle envoya le maréchal de Montmorency demander à Condé pourquoi il s'avançait, à la tête d'une troupe armée. Le maréchal rencontra les confédérés à Torcy, près de Lagny, reçpt de leurs chefs communication d'une requête destinée à être placée sous les yeux du roi, et entama des conférences, qu'il eut l'adresse de prolonger. Il exhortait, en ami, disait-il, ses interlocuteurs à
demeurer dans la voie de la soumission et de la fidélité, à quitter les. armes et à venir, comme des suppliants, présenter au souverain leurs doléances et leurs demandes. Aux exhortations du maréchal ils répondirent : que les grands et beaux mots d'obéissance et de fidélité n'étaient plus que des expressions sonores et spécieuses; que les gens qui en faisaient parade et les rappelaient sans cesse à autrui en avaient très souvent eux* mêmes profané la sainteté, en désignant comme ennemis du roi ceux qui voulaient mettre un frein à leur ambition, et en les réduisant, malgré eux, à la triste nécessité de prendre les armes, pour soutenir la justice de leur cause; qu'au reste, s'ils réussissaient, l'événement ferait connaître la droiture de leurs intentions; et qu'en réprimant l'ambition de leurs ennemis, ils mettraient bientôt fin à la guerre qu'ils étaient contraints de recommencer *.
Les conférences se continuaient, lorsqu'on apprit, à Torcy, que les Suisses approchaient de Meaux. Condé chercha à les rejoindre en rase campagne : mais il était trop tard : déjà ils s'étaient massés en ville auprès du roi. Un conseil se tint à Meaux : on y décida le départ immédiat pour Paris. Vers minuit, le roi quitta Meaux, escorté par les six mille Suisses et par neuf cents gentilshommes. A la pointe du jour, il fut rencontré par la petite troupe du prince, qui fit bonne contenance. Il n'y eut, du reste, entre elle et l'escorte royale que de légères escarmouches ; car, des deux parts, on jugeait opportun de ne pas engager une bataille.
Le 28 septembre, avant la chute du jour, le roi arriva à Paris, d'où il écrivit aussitôt au duc de Nevers * : « Ceux qui se sont » eslevez marchoient droict à moy pour me venir enfermer dans y> Mealilx, où avecques moy estoyent logez mes Suisses ; ce que
i. De Thon, hhi. wnit?., t. IV, p. 7.
2.Bibl. nal. mss. f. fr. vol. 3 221, ^ 1. Lettre du 28 geptemhro 1567.
» veoïant, je me suis résolu de monter à cheval et emmener » avecques moy lesdits Suisses pour me mettre dans cesle ville i> de Paris; chose qui m'a si bien et heureusement succédé ^ que, Dieu mercy, je y suis de présent, comme aussy sont lesy> dits Suisses, lesquels aussy ils ont essayé d'entamer et les :> combattre ; mais ils s'en sont mal trouvez. :&
Le même jour, Catherine mandait au duc de Nevers * : « Vous y> jugerez assez en qu^ls termes nous sommes, et combien il » est besoing que vous ayez l'œil ouvert à la conservation de » ce dont vous avez la charge ; ne s'estant pas commencée (la » guerre) sans que ceux qui l'entreprennent ayent beaucoup )> d'intelligences partout, et mesme de vostre costé. A quoy je i> vous prie bien fort prendre garde de bien près, n'y allant de » rien moins que de la perte de cest estât et du daugier de nos y> vies. y>
La reine mère, dans le conseil tenu à Meaux, avait émis l'avis qu'on ne sortît pas de cette ville, attendu qu'elle était « assez y> bonne, défendue par une armée ; et que d'ailleurs il y avoit y> honte à lascher pied. y> Elle s'opposait à toute idée de fuite, surtout parcequ'elle se disait à elle-même « que Paris estant y> tout guisard, elle ne pourroit plus là se conserver d'authorité, y> qu'autant qu'il plairoit à la maison de Lorraine. -» Mais c la y> marée l'emporta dedans Paris ^. y> Aussi, le langage qu'elle tint au duc de Nevers, le 28 septembre, prouvait-il qu'elle ne s'y sentait nullement à l'abri des appréhensions.
Quant au cardinal de Lorraine qui, n'écoutant que son intérêl personnel, avait fortement conseillé le retour dans la capitale, il s'étaitbien gardé d'y entrer avec Charles IX qu'il avait lâchement abandonné en route. « Aux premières escarmouches, » quoique légères, qui s'estoient attaquées durant le passage du