I. Voir, à Vappendice, n*» 33 le texte de celle requêle
Armand de Gontaud Biron, et Claude de l'Âubespine, d'une part, et Condé, Coligny, Odet, d'Andelot, le vidame de Chartres, de Sault, et de Cany, de l'autre. Le connétable ferma la voie à tout accommodement, par son aveugle opiniâtreté à soutenir que le roi ne consentirait jamais au libre exercice de la religion nouvelle; que les autorisations concédées, en matière religieuse, par les édits aux réformés n'étaient que provisoires; que le souverain était résolu, non à tolérer indéfiniment la coexistence de deux religions dans ses États, mais à employer tous les moyens possibles pour faire prédominer l'ancienne ; et qu'il aimerait mieux être en guerre avec ses sujets, que se rendre, par une imprudente toléi'ance, suspect, si ce n'est même odieux à la plupart des princes étrangers.
La guerre étant ainsi devenue inévitaible, on s'y prépara de part et d'autre*
Grâce à l'expérience et à Tactivité de ses lieutenants, Condé réunit autour de lui, en peu de temps, une petite armée composée d'environ deux mille hommes de cavalerie et quatre mille d'infanterie, dont il espérait accroître, de jour en jom% l'effectif. 11 divisa ses troupes en trois corps, dont l'un occupa Sainl- Denis, l'autre Saint-Ouen, et le dernier Âubervilliers. D'Andelot fut détaché à Poissy, avec treize cents hommes. De Lanoue, envoyé à Orléans, avec un petit nohibre de soldats, fut assez habile pour s'emparer de cette ville, dont ^occupation devait assurer le passage des troupes levées en Guyenne et destinées à renforcer l'armée du prince.
Condé venait, pour investir Paris, de disséminer, en partie, ses forces. Profitant de cette circonstance, le connétable songea à l'attaquer et à reprendre sur lui AuberviUiers, Saint-Ouen, Saint-Denis. Il espérait y réussir, sans en venir à une bataille, qu'il se croyait dispensé d'engager, à raison de la supériorité numérique des troupes placées sous son commandement; mais Condé, Coligny et les auti^es chefs étaient prêts à accepter et à
soutenir dignement la lutte, quelles que fussent les proportions qu'elle prit. Or, ces proportions furent celles d'une véritable bataille, que le connétable se vit amené à leur livrer, le 10 novembre 1567.
De Lanoue dit, au sujet de cette bataille, à laquelle demeure attaché le nom de bataille de Saint-Denis * : « Elle fut 3 mémorable, en ce que si peu d'hommes osèrent se présenter * devant une armée si puissante qu'estoit celle qui sortit de Paris, » et la soustenir, car elle n'avoit pas moins de quinze ou seize » mille hommes de pied, et plus de deux mille lances : là où, » en celle du prince de Condé, ainsi séparée comme lors elle
> se retrouva, toute sa cavallerie n'arrivoit à mille chevaux, et ib quasi autant d'harquebuziers V — L'occasion de ce grand 1 combat vint d'une erreur que les huguenots firent, dont » M. le connestable se sçeut dextrement prévaloir. L'erreur fut 1 en ce que M. d'Andelot, qui estoit actif, alla pour surprendre 3 Poissi et tira de l'armée cinq cens chevaux et huit cens » harquebuziers, qui n'estoient pas des pires. J'ay ouy dire 1 que, quand on proposa ceste entreprise au conseil, aucuns
> remonstroyent, qu'U ne la falloit faire ; car grandes forces
> esloient arrivées à Paris ; et puis on avoit observé qu'aux
i. Dise.poUt. et fniHL p. 739 et suif.
2. c Cette bataille (de Saint-Dems) eut un spectateur que nous ne pouvons ou- » blier, ce fut le mesine chambrier du grand seigneur, qu'on avoit amusé depuis t Bayonne, qui fut convié avec des principaux de Paris d'aller à Montmartre » voir le passe- temps du combat; ce qui a esté jugé une grande ignorance à
> celui qui avoit la charge des ambassadeurs, de lui laisser voir un roi, que
> son maistre tient estre le plus grand des chrestiens, avoir des sujets qui osent 1 présenter des batailles sous sa moustache : quoi que ce soit, Tambassadeur 1 voyant sortir les trois gros de Saint-Denis, et puis les trois charges, mais sur-
> tout voiant enfoncer tant d'escadrons et de bataillons par une poignée de » gens, et donner au général, s'écria par deux fois : Oh! si le grand seigneur 9 avoit mille hommes de mesme que ces blancs pour mettre à la teste de cha- » cune de ses armées, l'univers ne lui dureroit que deux ans. > (D'Aubigné, hi$t, univ.y t. I, liv. IV, chap. x.)
» escarmouches dernières/ les gentOshommes catholiques nV
> voient fait que crier : huguenots, attendez encores trois ou y> quatre jours, et nous verrons si vous estes si mauvais qu'en j> faites la mine ; et que c'estoient advertissemens de bataille par
> ceux qui estoyent exhortez par leurs chefs de s'y préparer, el
> qu'on ne devoit négliger cela. Mais, comme on est quelquey> fois rempli de trop de confiance, on ne laissa de passer outre.
> — M. le connestable estant adverti de ceci par ses espies,
> jugea qu'il ne^ fallait laisser passer ceste feste sans danser;
> et, comme c'estoit un vieux routier de guerre, il ne se cony> tenta pas d'estre asseuré par les aureilles, il voulut Teslre -ù aussy par les yeux. Parquoy il fit sortir, le jour mesme, sept » ou huit cens lances, favorisées, es retraites, d'un nombre j> d'harquebuziers, pour se présenter en ordonnance à la veue y> des logis de ceux de la religion, pour sçavoir leurs forces à la i> vérité, et de ce corps se desbandèrent deux cens lances qui » leur allèrent donner une très chaude alarme. Eux ne failli- )> rent de la prendre, et pensans qu'on les venoit attaquer à y> bon escient, tous sortirent avec leurs chefs, en bonne délii> bération. Mais les catholiques ayans reconnu ce qu'ils vouy> loient, se retirèrent, et les capitaines en allèrent faire le y> rapport à M. le connestable, l'assurant que toute leur force y> de pied et de cheval ne passoit deux mille hommes, mais, ^ comme on dit, prompte à l'esperon. C'est, répondit-il, le ^ temps de les attraper, et qu'un chacun se prépare à la bataille » qui se donnera demain. — A l'aube du jour, il fit sortir toute y> son armée aux champs, sa délibération estant, s'ils ne vou- » loient venir au combat, de leur faire quitter, à coups de
> canon, Aubervilliers, et Saint-Ouyn où M. l'admirai et le » s' de Genlis estoient logez, espérant après gaigner les bay> teaux de passage pour trancher chemin à M. d'Andelot. Et, j> à ce que j'ay entendu, ledit sieur connestable eslimoit qu'ils » ne se hazarderoyenl pas dé combattre, n'ayant toutes leurs
^ forces entières, et qu'ils se retireroyenl tous dans la ville de
> Saint-Denis; ce qui arriva autrement; car il n'y eut pas
> moins d'ardeur de venir aux mains, d'un costé que d'autre,
» nonobstant la grande inégalité. — Les catholiques avoient
i> quatre avantages sur leurs ennemis, sçavoir : l'artillerie, le
3> nombre d'hommes, les bataillons de picques, et la place
y> haute et relevée. Tout cela n'empêcha point que ceux de la
y> religion ne les allassent assaillir, lesquels se rangèrent
y> en trois corps de cavallerie, mais tous simples, c'est-à-dire en
D haye, qui est un ordre très mauvais, encores que noslre gen-
y> darmerie l'ait longtemps pratiqué ; mais l'expérience nous a
y> enseignez de venir à l'usage des esquadrons. Le combat s'en-
3> suyvit après, qui fut fort furieux, et dura près de trois quarts
T> d'heure : et ceux qui y ont ensanglanté leur espée, soit d'un
> costé ou d'autre, se peuvent vanter de n'avoir pas faute de » courage. Payant esprouvé en un lieu si périlleux. — M. l'ad- ]> mirai m'a quelquefois dit que l'harquebuzerie à. pied, qu'il D avoit rangée à ses flancs, lui servit grandement; car tirant de
> cinquante pas, elle fit beaucoup d'offense à la cavallerie des y> cathohques, qu'il chargea. — Voilà où nos discordes nous y> ont conduits, de nous baigner dans le sang les uns des autres. y> L'issue fut telle que ceux de la religion furent chassez de D dessus la place et suyvis plus d'un demi quart de lieue ; et par
> aventure que pis leur fust arrivé, sans la nuit, laquelle les » favorisa à leur retraite, qui ne fut sans quelque désordre. Il y » eut aussi de l'autre costé des gens qili se retirèrent non moins
> diligemment que de bonne heure, et spécialement l'infanterie
> parisienne. En somme, les catholiques eurent l'honneur de y> la bataille en ce que le champ et la possession des morts leur » demeura. — M. le prince de Condé avoit jà mandé à y> M. d'Andclot de retourner en diligence; il lui redepescha ï> encores pour le haster, craignant que le lendemain on ne le )> vinst rattaquer. Mais à minuit il retourna très marri de n'avoir
y> esté à la feste. Et après que chacun se fut reposé, les chefs » dirent qu'il cstoit nécessaire de rabattre un peu de la gloire » que leurs ennemys pensoient avoir acquise, en leur monstrant » qu'on n'avoit pas perdu le cœur ni Tespérance : et mettant 3> leur petite armée aux champs, bien délibérée, ils s'allèrent > présenter devant les fauxbourgs de Paris, bruslant un village » et des moulins à vent, à la veue de la ville, pour les acertener y> que tous les huguenots n'estoyent pas morts, et qu'il y avoil » encore de l'exercice préparé, mais personne ne sortit, à cause, jf> comme il est bien à présumer, de la perte de M. le connestay> ble. Cette démonstration que firent les huguenots conserva y> leur réputation, d
Le connétable, blessé à mort, avait été ramené à Paris : il y expira, le lendemain de la bataille.
Dans le cours de l'action, avaient péri, du côté des catholiques, le comte de Chaulnes, Jérôme de Turin, Claude de Batarnai, baron d'Anton, plusieurs des principaux officiers, quarante gentilshommes ; et, du côté des réfo rmés, plus de cinquante combattans appartenant à la haute noblesse, notamment François, comte de Sault, de Saint-André, son frère, Nicolas de Champagne, comte de la Suze, Charles d'Ailly de Piquigny, vidame d'Amiens, et son fils, de Garènes, et François de Barbançon de Cany.
Quant à Coligny, il avait couru le plus grand danger. Un cheval turc, qu'il montait, dont la bouche était forte et dure, rompit sa bride, s'emporta, et l'entraîna dans la mêlée des fuyards de l'armée catholique, qui, s'ils eussent reconnu l'amiral, lui eussent fait un mauvais parti; mais comme ils ne pouvaient se rendre compte que ce fut lui qui se trouvât parmi eux, il réussit à se dégager dé la môlée, et rejoignit, sain et sauf, ses compagnons d'armes à Saint-Denis.
Alors que la petite troupe des réformés occupait encore cette ville, Coligny, ses frères et Condé crurent devoir adresser au
Sénat de Strasbourg, le 14 novembre *, une lettre collective, ainsi conçue :
c Aux très magnifiques seigneurs, messieurs du Sénat de » Strasboui^. — Messieurs, vous avez peu estre cy-devant bien » informezdela malheureuse conspiration d'aucuns mauvais et i> infidèles conseillers du roy contre tous les princes, seigneurs, j^ gentilshommes et autres subjectz de Sa Majesté, suivans la » pureté de TÉvangile, à laquelle ainsi que l'exécution en estoit D prochaine, nous avons été contraintz de nous opposer et avoir ^ recours au seul et dernier remède qui nous restoit, de re- ^ pousser la force par la force; supplians, néantmoings coutils nuellement Sa Majesté par requestes, par escrjpt, avec toute
> l'humilité qu'ung bon et naturel subject doibt à son prince 3> de n'adjouster foy aux pernicieux conseils de ses dictz con- » seillers, et nous accorder seulement la liberté de l'exercice de ^ nostre religion et pur service de Dieu, avec la seureté de nos y> personnes et biens; mais la malignité desdits infidèles con- » çeillers a esté telle que, abusans de l'aage du roy, ilz l'ont » destoumé d'entendre aux moyens de pacification et à nos
> justes et légitimes requestes, et cependant assemblent forces » de toutes partz, tant dedans que dehors ce royaume, pour }f> nous exterminer, ne pensans que aux conseils de la guerre en y> laquelle Dieu a permis, pour nous chastier de ses veines, » qu'ils soient entrez si avant que de nous avoir desjà donné » une bataille dont ilz n ont raporté, grâces à Dieu, que honte ï> et dommage, après laquelle nous n'avons néantmoins délaissé y> de les recercher de nouveau du bien de la paix, afin de pré- » venir le mal dont ce royaume est menasse, auquel tant s'en j> fault qu'ilz ayent volunté de pourvoir de remède convenable,
> que au contraire ils démonstrent estre plus animez que au- » paravant et n'avoir autre but que de ruiner la doctrine évan-
i . Archives de Saint-Thomas, à Strasbourg.
y> gélique. — Et par ce, messieurs, que ceste cause est publique » et de singulière importance pour tous ceulx qui font pi-oi> fession de la pure religion, et que nous avons besoing d'estre }> par eulx secouruz contre si grandes forces, nous avons estimé > ne pouvoir avoir meilleur recours que à vous qui vous estes ï> des premiers employez pour Tadvancement de la gloire de -» Dieu et avez toujours maintenu constamment et vertueuse- D ment la vraye religion, afin de vous vouloir prier, au nom de y> Dieu, de nous vouloir, à ce besoing, aider des grans moyens y> qu'il vovs a mis en mains, jusques à la somme de cent mille yf talers, pour seureté de laquelle, oud'aultre telle somme que )) vous nous vouldrez fournir, nous vous envoyons nostre blanc ji> signé et scellé, pour le faire remplir en telle et si seure fome 3) que vous ad viserez ; vous prometans en oultre par la présente, » devant Dieu, et sur nostre foy et honneur, de satisfaire au 3) contenu de ladite obligation, de mesme de vous en passer y> encore tels autres actes et instrumens que vous vouldrez et y> verrez estre besoing; oultre ce que toute la cause vous en sera y> grandement obligée, nous vous en demeurerons particulièrey> ment et si estroitement obligez, que, toutes nos vies nous » serons prestz de nous en revencher partout où le moyen et y> occasion se présenteront, vous conjurant de rechef,, au nom i> de Dieu, qu'en ce faict, qui touche son honneur et le salut » public, vous veillez nous subvenir aussy promptement que le :f> cas le requiert, coupans chemin de vous mêsmes à toutes les y> difficultez que la distance des lieux et le dangier des passaiges y> pourroient apporter, auxquelles nous n'aurions moyen de j> donner si tost ordre, et vous confians de nostre foy et parole 7> que nous vous donnons. — Sur ce, nous suplions nostre sei- ^ gneur, messieurs, vous vouloir conserver en parfaite santé et y> prospérité, et vous tenir en sa très saincte garde. De Sainci y> Denys en France, ce XIIII novembre 1567 : vos entièrement y> bons amys, Loys de Bourbon, Chastillon, cardinal de Chas-
> tillon, Andelot. — P. S. Messieurs, vous entendrez le surplus
> parle s'Zambres, présent porteur, auquel nous vous prions y> adjousler foy comme à nous mesmes. y>
Le lendemain, 45 novembre, la lettre suivante, revêtue des signatures de Condé, de Coligny, d'Odet, de d' Andelot, et de six autres chefs réformés, fut expédiée aux syndic et conseil de Genève * :
ï> Messieurs, vous pouvez estre suffisamment advertiz des » pernicieux desseings et capitalles entreprises qui de long- 0 temps estoient brassées par deçà contre tous ceulx qui font :b profession de la religion réformée en ce royaume, lesquelles
> estant sur le point d'estre exécutées, Dieu nous a fait la
> grâce de les descouvrir, qui nous a réduictz en ceste néces- :^ site de nous assembler, non sans grand regret, pour les maulx ^ que nous cognoissons que pourra apporter en cedit royaume ^ ceste guerre, afin d'essayer avec Tayde de Dieu de nous en
> garantir; et voyans que l'on s'ayde de tous moyens que Ton
> se peult adviser contre nous, et mesmes de toutes sortes d'es-
> trangiers et de toutes nations,nous sommes auSsicontraintsd'en
> faire venir d'Allemagne, et pour le payement d'iceulx avons
> nécessairementbesoin de nos bons amys, et mesmes de ceulx
> qui favorisent une si sainte cause comme vous faictes, vous
> ayant à ceste fin bien voulu faire la présente pour vous prier,
> messieurs, le plus affectionnément que faire pouvons, et sur ^ tout ce que vous désirez faire service à Dieu et plaisir à ceste i> compaignie, de nous vouloir prester les cinquante mille
> tallers que vous aviez dernièrement empruntez de ceulx de
> Basle, et où vous les auriez rendus, vouloir prester vostre 3> nom pour les recouvrer, et oultre la seureté que vous en i> donnera ce porteur, que nous envoyons exprès, et Tasseurance
> que vous donnons que, si vous ne vous contentez de nos