‹ Gaspard de ColignyChapitre 199 sur 226 · Dis. polit et milit. p. 745 à · texte numérisé non relu

Dis. polit et milit. p. 745 à

> chrestiennes, et auquel ceulx de la religion sont fort » obligés* , 5) opéra en Lorraine, sa jonction avec l'armée des reformés, et il retrace en termes saisissants, le désintéressement et l'esprit de sacrifice dont les chefs et les soldats de cette armée firent preuve envers le's Allemands, auxquels il s'agissait de fournir une solde.

« Je veux raconter, dit-il, quelques mouvemens et légèretez » de ceulx de la religion, pendant le petit séjour qu'ik firent en y> Lorraine : aussi la libéralité volontaire qu'ils montrèrent au 3> milieu de tant de pauvreté qui les environnait ; action que i> j'estime impratiquable au temps où nous sommes.

y> Plusieurs s'estoyent persuadez, et le bruit en couroit aussi,

î> qu'on n'aùroit pas mis le pied dans la Lorraine, que les cocqs

» des Reitres ne s'entendissent chanter : mais après y avoir

» séjourné quatre et cinq jours, on n'en sçavoit non plus de

y> nouvelles que lorsqu'on esloit devant Paris ; ce qui engendra

i> du murmure parmi aucuns mesmes de la noblesse, qui don-

» noyent des attaques assez rudes à leurs chefs en leurs devis

]> ordinaires, tant l'impatience est grande parmi nostre nation.

j> Eux l'ayant entendu s'efforçoyent d'y remédier. Et comme les

» hommes difficilement s'esloignent de leurs inclinations, aussi

j> les dissuasions dont usèrent ces chefs furent différentes; car

3> le prince de Condé, qui esloit d'une nat,ure joyeuse, se moc-

!> quoit si à propos de ces gens si cholères et appréhensifs, qu'il

» faisoit rire ceux mesmes qui excédoyent le plus en l'un et en

y> l'autre; de l'autre costé, monsieur l'admirai, avec ses paroles

» graves leur faisoit tant de honte, qu'enfin ils furent contraints

j> de se radoucir et rapaiser. Je luy demanday lors, si larmée

1. En ce qui concerne le duc Casimir, voyez l^ses lettres (Bibl. nat. mss: f.^fr. vol. 3 19G, 3 -2J8, 6619, 155ii; ~ 2» Brantôme, éd. L. Lai. t. 1, p. 323, à 326, — 3'* De Thou, hist, univ., in-4° t. IV, p. 5 à 8. — i'* Mém. de C^s^eluau et addil. de Le Laboureur, in-f"^ t. II, p. 538 à 5i6; — 5*» il/m. de Cl Haton>

passim; - 6° Klûckholm, Briefe Friederichs des FvommcnypasSini. ^

ï> de monseigneur nous suyvoit, quel conseil il prendroit? Nous » acheminer, dit-il, vers Bacchara, où les Reitres doy vent avoir i> fait leur assemblée, et qu'il ne falloit combattre sans eux, et j> que l'ardeur première ne fust un peu reschauffée. Mais s'ils ne ï> s'y fussent trouvez, répliquera quelqu'un, qu'eussent fait les j> huguenots? Je pense qu'ils eussent soufflé en leurs doigts, » car il faisoit grand froid. Or, toute ceste fascherie fut bientosl y> convertie en resjouissance, quand ils entendirent au vray que » le duc Casimir marchait et qu'il estoit prochain. Ce n'estoyent » que chansons et gambades, et ceux qui avoyent le plus crié » îsautoyent le plus haut. Ces comportemens vérifièrent très 3> bien le dire de Tite-Live : que les Gaulois sont prompts à » entrer en cholère, et par conséquent prompts à se resjouir, » lesquelles passions excèdent aisément, si, à l'imitation des y> sages, on ne les modère par l'usage de la raison.

y> Monsieur le prince de Condé ayant sçeu par ses négociateurs i) d'Allemagne que les Reitres s'attendoyent de toucher pour

le moins cent mille escus, estans joints avec luy, il fut bien )) en plus grand'peine qu'il n'avoit esté auparavant pour les » mouvemens des siens, d'autant qu'il n'en avoit pas deux mille. » Ll\ convint-il faire de nécessité vertu, et tant luy que monsieur y> Tadmiral, qui avoyent une merveilleuse créance entre ceux D de la rehgion, desployèrent tout leur art, crédit et éloquence » pour persuader un chacun de départir des moyens qu il avoit 2) pour ceste contribution si nécessaire, dont dépendoit le conj) teiilcment de ceux qu'on avoit si dévotieusement attendus, )» Eux mesmes monstrèrent exemple les premiers, donnant leur » propre vaisselle d'argent. Les ministres en leurs prédications » exhortèrent à cest eiïect, et les plus affectionnez capit;\ines y » préparèrent aussi leurs gens. Car en une afaire si extraordiy> naire, il esloit besoin de s'ayder de toutes sortes d'instruments. y> On vit une disposition très i^nande en plusieurs de la no- > blesse de s'en acquitter loyalement. Mais quand il fut ques-

'» tïon de presser les disciples de la picorée, qui ont ceste proï> priélé de sçavoir vaillamment prendre, et laschement donner^

> là fut l'effort du combat : toutefois moitié par amour, moitié y> par crainte, ils s'en acquittèrent beaucoup mieux qu'on ne y> cuidoiU Et cette libéralité fut si générale, que jusqu'aux gou- D jats des soldats, chacun bailla : de manière qu'à la fin on réy> putoit à deshonneur d'avoir peu contribué. Il y en eut de 2) ceux-ci qui firent honte à des gentilshommes, en offrant plus » volontairement de l'or, qu'eux n'avoyent fait de l'argenL y> Somme, que le tout ramassé, on trouva, tant en ce qui estoit D monnoyé qu'en vaisselle et chaînes d'or, plus de quatre-vingts 7> mille livres ; qui vindrent si à poinct, que sans cela difficiley> ment eût-on appaisé les Reitres. Je sçay bien qu'il y en eut j> beaucoup qui furent aiguillonnez à donner, y eslans pi^essez y> par l'exemple, la honte et les persuasions : toutefois c'est i> chose certaine que bonne partie y furent poui^sez de zèle et » d'affection, qui se monstra en ce qu'ils offrirent plus qu'on » ne leur avoit demandé. N'est-ce pas là un acte digne d'es-- D bahissement, de voir une armée, point payée et despourvue de y> moyens, qui estimoit comme un prodige de se dessaisir des » petites commoditez qu'elle avait, pour subvenir à ses néces- )) sitez, ne les espargncr pour en accommoder d'autres, qui y> par avanture ne leur en sçavoyent guères de gré? Il serait im- )) possible maintenant de faire le semblable, parce que les i> choses généreuses sont quasi hors d'usage ^ . »

Dès que les chefs réformés, après avoir opéré leur jonctio» avec le duc J. Casimir, furent assurés du concours des troupes

1. € Marque le lecteur un trait qui n'a point d'exemple en ranliquilé : que

> ceux qui dévoient demander paye et murmurer pour n'en avoir point puissent » et veuillent, en leur extrême pauvreté, contenter une armée avec cent mille » livres, à (juoi se monta ceste brave gueuseric, argument aux plus sages d'au- » près du roi pour prescher la paix, tenant pour invincible \o parii qui a la * passion pour différence, et pour solde la nécessité. > (d'Aubigné, hist, tmiv.y I, 1, liv. IV, chap. XV.)

de celui-ci, aux exigences pécuniaires desquelles il venait d'être donné satisfaction, avec tout l'élan d'un rare esprit de sacrifice, £oligny conseilla à Condé de se diriger immédiatement vers Paris, de prendre position non loin de la capitale, et d'appuyer ses opérations sur Orléans, d'où il serait à portée de tirer des secours. Ce sage conseil fut suivi.

L'amiral, grâce à l'habileté consommée qu'il déploya, comme grand capitaine et comme administrateur militaire, réussit à ramener intacte, en plein hiver, de l'intérieur de la Lorraine au centre de la France, une armée de plus de vingt mille hommes, dépourvue d'argent, d'artillerie, de munitions, et constamment harcelée, dans sa marche, par une armée, de beaucoup supérieure en nombre.

Ici encore, le témoignage de de Lanoue est précis, et entièrement à l'honneur de Coligny :

« Ceux de la religion, dit-il* , rebroussèrent chemin, ayant 3> opinion que l'armée ennemie les costoyeroit, tant pour les .» empescher de bransquetter plusieurs petites villes foibles y> que pour espier une occasion d'attraper quelqu'une de leurs » troupes. Alors la France regorgeoit de toutes sortes de y> vivres : ce néantmoins tousjours faloit-il grand art et diligence y> pour nourrir une armée de plus de vingt mille hommes, point y> payée, qui n'esloit favorisée du païs comme l'autre, et qui » n'avoit qu'un très petit équipage pour les munitions. Monsieur y> l'admirai estoit, sur toutes choses, soigneux d'avoir de très )) habiles commissaires, et de leur faire avoir voicture selon la » nécessité huguenotte, et souloit dire, quand il estoit question » de dresser corps d'armée : commençons à former ce monstre » par le ventre. Or, pour ce que nostre coustume estoit, que la y> cavallerie logeoit escartée dans les bons villages, lesdits com- » missaires, outre les chariots qu'ils avoient avec eux, tenoyent

1, Disc, polit, et milit. p. 749, 750.

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> encore en chacune cornette un boulangier et deux chevaux » de chaîne, qui n'estoyent plustost arrivez au quartier, qu'ils j> se mettoyent à faire du pain, et après l'envoyoyent au corps de y> l'infanterie. Et quand ces petites commoditez estoyent toutes » rassemblées, qui sortoyent de quarante cornettes que pou-

> vions avoir alors, cela se montoit beaucoup : et delà aussi 3> souvent s'envoyoyent chairs et vins, estans les gentilshommes » si affectionnez qu'ils n'espargnoyent au séjour leurs charrois » pour conduire ce qu'il convenoit. Les petites villettes prises,

> on les réservoit pour les munitionnaires, et menaçoit-on les y> autres, où il n'y avoit point de garnison, de brusler une lieue

> à la ronde d'elles, si elles n'envoyoyent quelques munitions. 3> De manière que nostre infanterie, qui logeoit serrée, estoit

> ordinairement accommodée. Je ne mets point ici en conte les » butins qui se faisoyent, tant par les gens de pied que de i> cheval sur ceux de contraire parti, et ne faut point douter que T> ce grand animal dévoratif passant parmi tant de provinces D n'y trouvast toujours la pasture. d

L'armée des confédérés était arrivée à proximité de Paris. Coligny et Condé, voyant que l'armée ennemie ne les observait qu'à distance et s'abstenait de leur livrer bataille, résolurent de la contraindre à sortir de l'inaction, en assiégeant sous ses yeux, une ville d'une certaine importance! Ils se dirigèrent donc sur Chartres, qu'ils investirent rapidement.

« Au séjour que nous fismes devant celte place, raconte de i>Lanoue* , monsieur l'admirai fit une belle contr'entreprise ^ qui se démesla en la manière que je diray. L'armée contraire » estoit audelà de la rivière de Seine, qui n'osoit approcher :» en corps de celle du prince, et ne sçay les causes pourquoy. i> Elle ne voulut pourtant perdre l'occasion de porter quelque

> laveur à ceux de dedans. Et pour cet effet fut envoyé M. de

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