‹ Gaspard de ColignyChapitre 200 sur 226 · Disc, polit, etmilit, p · texte numérisé non relu

Disc, polit, etmilit, p

^584 — 1^ La Valette, qui estoit un capitaine renommé * , avec dix-huit t> cornettes de cavalerie, pour tascher de surprendre quelqu'une )> de nos troupes au logis, endommager nos fourrageurs, rom- » pre nos vivres, et nous tenir souvent en alarmes. Ils'appro- » cha à quatre lieues près du camp, logeant assez serré, d'où » il commençoit à nous molester grandement. De quoy mon- » sieur l'admirai estant adverty, il prit la charge d'y pourvoir. » Et comme il avoit accoutumé d'aller en gros, de peur, disoit- » il, de faillir le gibier, aussi prit-il trois mille cinq cents che- » vaux et partit de si bonne heure, qu'à soleil levé, il se trouva » dans le milieu des quartiers de ceste cavallerie qui, nonobs- ^ tant les bonnes gardes qu'elle tenoit en campagne, ne se peut » garantir que plusieurs ne feussent enveloppez ; et y eut quatre » drapeaux pris, mais peu de gens tuez. M. de La Valette qui » estoit logé dans Oudan, rallia quatre ou cinq cens chevaulx j^ et estant suivy de plus de mille desnostres, il se retira néant- » moins avec une belle façon, tournant souvent teste: aussi » avoit-il art et expérience. y>

Effrayée des conséquencas que pouvait entraîner l'échec infligé par Coligny à La Valette, Catherine prit l'initiative de pourparlers préliminaires qui, dans sa pensée^ devaient frayer la voie à de prochaines négociations. L'objet direct de ces négociations devait être la conclusion d'une paix qui, en désarmant les réformés, affermirait son autorité personnelle.

Tandis que la reine mère s.'absorbait alors, comme d'habitude, dans ses calculs politiques, ses appréhensions et ses intrigues, deux femmes d'élite, l'une à Orléans, l'autre à Montarfis, se consacraient, en chrétiennes, à l'accomplissement des plus saints devoirs, et répandaient autour d'elles les trésors d'une inépuisable charité, d'un dévouement à toute épi^euve.

1 . Voyez un rapport dans lequel La Valette fait part au duc d'Anjou de ses observations sur les mouvements des chefs réformés. (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15544, fM901, février 1568.)

Charlotte de Laval, tout en veillant sur ses enfants avec une tendre sollicitude, employait chaque jour de longues heures, dans les murs d'Orléans, à soulager les pauvres, à soigner les malades, et particulièrement les blessés militaires, à consoler les affligés et les mourants, à visiter les familles en deuil. Elle se prodiguait ainsi au dehors, sans observer les ménagements que commandait l'état de sa santé, plus fortement ébranlée que jamais. Quelle que fût la distance qui la séparât de Montargis, elle se concertait journellement avec la duchesse deFerraresur des actes de bienfaisance à accomplir. Dans une lettre qui très probablement fut la dernière qu'elle adressa à Renée de France, on la voit rendre compte d'une double démarche tentée en faveur de deux protégés de cette princesse. « Madame, lui écri- ^ vait-elle, le 42 février 4568* , j'ay reçeu la lettre qu'il vous a » pieu m'e:crire par ce porteur, pour lequel j'ay faict tout ce y> qui m'a esté possible, comme il vous le fera entendre bien au y> long, et comme aussy je me suis emploïée pour la femme de » l'appothicaire qu'il vous a pieu me recommander ; mais je n'ay » sçeu obtenir ce qu'elle demandait. Pour la conséquence, ce » mesme porteur vous pourra dire de mes nouvelles, qui me » gardera de vous ennuyer de plus longue lettre, pour prier le » créateur, en cest endroict, vous conserver, madame, en sa » sainte et digne garde, avec mes très humbles recommanda- » tiens h vostre bonne grâce. »

Non moins serviable et correspondant non moins actif que sa femme, Coligny écrivait du camp d'Angerville, à Renée de

> France le 43 février^ : « Je vous diray, madame, que je ré- » puteray toujours à grand heur et honneur de trouver occa-

> sion où je vous puisse faire service, comme la chose que j'ay j tousjours le plus désirée, et que je feray tousjours le plus vo-

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