Bibl. nat. mss. f. fr. vol
T> lontiers. Quant à ce que le sieur de Bouchefort ra'a dict de » voslre part, je lui en ay dict ce qu'il m'en semble et entre » autres choses, que quand on s'est mys en tout le devoir y> qu'on sçauroit requérir, il faut laisser l'événement et l'issue > à Dieu, lequel sçaura bien parachever Tœuvre qu'il a encomi> mencée. y>
Le 15 du même mois, l'amiral faisait appel en faveur d'un malade, à la bienveillance de la duchesse, en ces termes *: » Madame, ce gentilhomme, présent porteur, m'a prié vous y> supplier, comme je fais très humblement, de vouloir per- » mettre qu'il puisse séjourner dans Montargis et s'y faire mé- ^ dicamenter; et d'autant que je sçay que cela vous est assez }) recommandable de soy,je ne vous en feray plus longue lettre, i> mais me recommanderay très humblement à vostre bonne JD grâce, priant le créateur qu'il vous donne, madame, avec les i> siennes très sainctes, très heureuse et très longue vie. »
En présence du typhus qui commençait à sévir parmi les blessés amenés à Orléans, le dévouement déjà si grand, de Cha^ lotte de Laval, sembla s'accroître encore. Mais bientôt ses forces s'épuisèrent ; elle ressentit les atteintes de la contagion, s'alita et voyant que sa fin approchait, elle traça de sa propre main quelques lignes qu'elle adressa à son mari. Elle lui disait- : «qu'elle s'estimait bien malheureuse de mourir sans » l'avoir revu, lui qu'elle avait toujours aimé plus qu'elle-même
> et qui eût pu l'aider à franchir ce dernier passage ; quenéany> moins elle se consolait, sachant ce qui le retenait loin d'elle;
> qu'elle le conjurait, pour elle-même, qu'il avait toujours aiy> mée, et au nom de leurs enfants, qu'elle lui laissait comme
> gages de son amour, de combattre jusqu'à la dernière extrê- . y> mité pour le service de Dieu et pour l'avancement de la religion; \ 3> que, comme elle lui savoit un grand fond de tendresse pour
i. Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3 133, ^ 51. 2. Vie de Coligny. Cologne, 1 686, p. 342.
> le roi, qui le rendoit fort retenu quand il s'agissait de prendre les i> armes, elle le priait de se souvenir que Dieu était le premier » maître qu'il eut ; qu'il était donc obligé de le servir, de préféj> rence à tout autre ; après quoi elle n'empêchait point qu'il ne » fit tout ce que son cœur lui pouvait dicter ; que c'était là ce
> qu'elle lui recommandait particulièrement ; après quoi elle le 3> conjurait d'élever ses enfants dans la pureté de la religion, afin p que, lui venant à manquer, ils pussent, un jour, remplir sa :^ place ; que, comme il leur était nécessaire, elle le priait de 3> ne s'exposer qu'autant que les circonstances l'exigeraient ;
> qu'il prît garde cependant à la maison.de Guise; qu'elle ne
> savait pas si elle lui devait dire la même chose de la reine » mère, étant défendu de juger mal de son prochain ; mais 3) qu'enfin elle avait donné tant de marques de son ambition,
> qu'un peu de défiance était bien pardonnable. »
A la réception de ces lignes, l'amiral « partit soudain du y> camp * et amena tous les médecins qu'il put; il vint rendre à i> sa femme toute l'assistance d'un affectionné et fidèle mary. :» Mais voyant que tous les remèdes et Tart de la médecine j> cédoient à la force du mal, après avoir recommandé son âme
> à Dieu \ il se relira en sa chambre, où plusieurs de ses » amis le suivirent pour le consoler. Alors il se prit à dire avec » larmes et soupirs, comme la plupart s'en peuvent souvenir: i> mon Dieu, que t'ai-je fait ? quel péché ai-je commis, pour i> être si rudement chastié et accablé de tant de maux ? à la » mienne volonté, que je peusse vivre plus saintement et donner y> un meilleur exemple de piété ! père très sainct regarde-moy, ]f> s'il le plaît, en tes miséricordes, et allège mes peines !!