‹ Gaspard de ColignyChapitre 202 sur 226 · Hotman, vie de Coligny, tr. de If 65, p. 75 à · texte numérisé non relu

Hotman, vie de Coligny, tr. de If 65, p. 75 à

2. Ce fut le 3 mars 1568 qne Charlotte de Laval rendit le dernier soupir.* Le livre d'heures de Louise de Montmorency contient la mention suivante, inscrite par Coligny lui-même sur le feuillet qui relate la naissance de chacun de ses enfants : < Le UI de mars 1568, mourut madame Tadmiralle, leur mère, Char-

> lotte de Laval, à Orléans. > {Bull, de la soc, à'hist. du protest, fr, t. U,p. 6.)

« Puis s'eslant relevé par les chrétiennes exhortations de D ses amis, il se fit amener ses enfants, et leur représenta y> qu'une si grande perte que celle de leur mère leur devoit y> enseigner qu'il ne leur restoit plus d'appuy en ce monde; » que les maisons et chasteaux, quoique bien fortifiez et somp- » tueux, ne nous avoient point esté clonnez pour une demeure » et possession perpétuelle, mais comme une hostellerie, et par » emprunt; enfin que toutes choses humaines estoient péris- » sables et caducques, hors la miséricorde d'un seul Dieu, à » laquelle se remettant, et rejettant toute autre ayde humaine, y> ils ne dévoient point douter de l'y trouver.

€ Le lendemain il fit venir leur précepteur, nommé Legresle *, JD et lui dit qu'il falloit retourner en Tarmée, ne sçachant pasce » qui luy pourroit arriver, et le pria d'avoir soin de ses enfanls, » et de les instruire, comme il luy avoit souvent commandé, » en toute piété et bonnes sciences. y>

Laissant donc ses enfants à la gai'de du fidèle Legresle, Tamiral quitta cette ville d'Orléans dans laquelle, à la perte, déjà si douloureuse, d'un fils, en 1562, venait de s'ajouter, pour lui, la perte plus douloureuse encore, d'une pieuse et héroïque compagne. Il reprit son commandement, sous les murs de Chartres, dont le siège se continuait.

Des négociations étaient alors ouvertes à Lonjumeau, entre le cardinal de Châtillon, de Larochefoucauld, et Bouchavannes, du côté des confédérés, Armand de GontaudBiron et Henri de Mesmes de Malassise, du côté du roi, pour arrêter les bases d'un traité de paix.

1. Coligny, qui, sous la direction éclairée et vigilante de Nicolas Bérauld,son précepteur, avait joui du bienfait d'une excellente éducation, voulut que ses enfants pussent, à leur tour, recevoir une éducation semblable. Sou choix se porta sur un horame que recommandaient, à ses yeux, ainsi qu'à ceux de Charlotte de Laval, une piété vivante, une parfaite délicatesse de sentiments, et un esprit à la fois droit et élevé, en d'autres termes, sur Legresle, qui s'acqailla constamment avec zèle et succès de sa mission dé précepteur.

539 — G onde inclinait vers un accommodement : Coligny, au contraire, y était formellement opposé. Il soutenait * que la cour ne faisait des propositions de paix, que pour diviser les réformés, dont elle ne pouvait triompher, tant qu'ils demeuraient unis et sous les armes, que pour les désarmer et les contraindre h rendre les places qui leur servaient d'asile, que pour détruire toutes leurs forces, et pour les empêcher de s'emparer de Chartres. Il ne se dissimulait pas, d'ailleurs, que des circonstances d'une haute gravité tendaient à amener une solution pacifique, à laquelle, toute précaire qu'elle fût, il faudrait cependant accéder. En effet, déjà une partie, des troupes de la Saintonge et du Poitou s'en étaient allées, sans l'autorisation du prince de Condé; d'autres menaçaient d'agir de même. De plus, des murmures se faisaient entendre : on disait que, puisqu'on n'avait pris les armes que pour en venir à une paix, et que la cour la demandait, il n'y avait plus autre chose à faire qu'à terminer une guerre si funeste et si ruineuse; que le soldat ne pouvait obtenir son prêt, et que souvent on le laissait manquer de vivres; que la noblesse, éloignée de ses foyers, souffrait beaucoup ; que ses propriétés étaient dévastées par l'ennemi ; que les chefs confédérés devaient ne pas pousser à bout la patience de leurs partisans par une fausse prudence ou plutôt par une véritable obstination.

Vint le jour où ceux qui étaient le plus opposés à la paix, durent y donner les mains. Elle fut signée, le 23 mars 1568, et à cette même date, intervint un édit du roi ^ qyi remit en vigueur l'édit de pacification du 19 mars 1563, dégagé désormais « des restrictions, modifications, déclarations et interpré- « tations y> qui en avaient altéré le sens et la portée.

1. De Thou, hist, univ.yA. IV, p. 54. — De Lanoue, Disc, polit, et milit. p. 759, 760, 761.

2. Fontanon, /î^c. des édits et ordonnances, t. IV, p. 289 et suir. — Voyez, à l'appendice, n» 35,1e texte complet de l'édit du 23 mars 1568.

Immédiatement après la signature de la paix, le siège de Chartres fut levé. « Ceux de la religion licencièrent leurs }) estrangers, se retirèrent en leurs maisons, puis posèrent les » armes, chacun en particulier, ayant opinion,au moins le vuls> gaire, que les catholiques feroyentle semblable. Ils se conten- » tèrent seulement de le promettre *. >

Au moment où il allait reprendre le chemin de Châtillonsur-Loing, Coligny acceptant loyalement la situation que rédil du 23 mars 1568 faisait à ses coreligionnaires, écrivit, le 29 du dit mois, à Catherine de Médicis ^ :

« Madame, ayant entendu que Monsieur le prince de Condé

> envoyoit M. de Boucart devers vos majestés, je n'ay voulu y> faillir par mesme moyen à vous faire ce mot de lettre et vous y> dire le grand ayse que je reçois avecque tous les gens de bien y> de ce qu'il a plu à Dieu, en nous donnant une paix, nousdéy> livrer et ce pauvre royaulme de tant de misères et calamilez i> que la guerre nous apportoit. Il me reste maintenant une » chose que je désire sur toutes, c'est que je puisse avoir ce y> bien de baiser lès mains de vos majestez et me justifier de y> tant de calomnies et maulvaises impressions que Ton leur a y> voulu donner de moy, et vous faire paroistre que vous n'avés

> point un plus fidelle et affectionné serviteur queje vous suys. 3) Attendant, Madame, queje puisse avoir ce bien, je me reti- » reray, Dieu aydant, en ma maison, où pour tout le bien et D contentement que je désire avoir en ce monde, c'est d'eslre i> assuré de vostre bonne grâce. Mais pour ce que ma maison 3> est assise sur le grand chemin par lequel la plupart des » estrangers qui sont en ce royaulme ont à se retirer et passent » journellement, je vous supplye, madame, m'estre tant favoy> rable, que par vostre moïen je puisse obtenir du roy une

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