‹ Gaspard de ColignyChapitre 204 sur 226 · Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3 133, f«» 49 et · texte numérisé non relu

Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3 133, f«» 49 et

2. Bibl. de Genève, vol. 17. Lettre du 27 juin 1568, datée de Genève.

p plaist à Dieu que je sois maintenant et de corps et d'esprit me y> permette de faire mon debvoir pour vous soulager en une telle y> et si grande affliction, combien qu'encore que je fusse aussi y> bien dispos que je fus oncques et de l'un et de l'aultre, je m'y » trouverais bien empesché, comme celuy qui^y bonne part, y> avec toute l'église de Dieu, à une telle perte, et pour mesme » raison je ay bien besoin de chercher pour moy ce que je voul- /> droys vous départir. Mais je sçay que, grâces au Seigneur, il » seroit malaisé de vous enseigner remèdes que Dieu ne vousayt » desjà appris, tellement qu'il ne reste que ce seul point d*at- » tendre en patience, qu'en les appliquant, vous en sentiez la » vertu, comme il est certain qu'à la fin vous l'apercevrez, suy- » vaut ce que le Véritable a promis, à sçavoir qu'il ne permettra )) que l'épreuve surmonte la force qu'il nous donne; l'infirmité » que vous sentez non seulement ne vous doibt effrayer, mais au » contraire, vous doibt assurer de la victoire, d'aultant que c'est » le vray et ordinaire moyen duquel Dieu se sert pour consoray> mer la vertu qu'il donne aux siens, affin que nous ayant fait » sentir qui nous sommes en nous, nous soyons d'aultant plus ^> ardents de chercher nostre force en celuy qui la donne, et » finalement, qu'après avoir vaincu, nous en donnions Thon- » neur entier à celuy auquel il appartient.

» Je vous supplie donc seulement de ce point, pour le présent, y> et ce, d'autant plus, que je sçay que de vostre naturel vous y> estes pensif et solitaire, que vous fuyez tous moyens de nourrir )) vostre mal, non point en vous divertissant de ce que Dieu » veult bien qoe vous sentiez et considériez à bon escient, mais )> en oyant très souvent et volontiers ceulx en l'esprit et en la )) bouche desquels Dieu a mis les remèdes qui vous sont néces- » saires; et puis aussy arrestant plustost vostre pensée u consid dérer ceslc tant juste et bonne providence de Dieu reluisant » surtout en la conduite et au soin paternel qu'il a de ses en- 3) fants, comme vous en avez mille expériences particulières,

> qu*à méditer la perte que vous avez faicte ny ce qui en déy> pend.

i> Si depuis qite vous avez embrassé la querelle du Seigneur, » mille afflictions vous sont survenues, ne vous esbahissez pas ; T> mais vous souvienne qu'il fault que les membre? soyent faicts i> conformes au chef. Si, en la première guerre, vous avez perdu D votre fils aisné, en la seconde, celle que vous aimiez comme D vous-mesmes, et le tout comme si Dieu luy mesmes vous faiy> soit la guerre, souvenez- vous qu'Abram a bien perdu son père, y> Jacob a bien perdu sa femme bien-aymée, en suyvant le Sei- -» gneur comme pas à pas. Tels événements doncques ne sont D pas argumens nécessaires de Tire de Dieu contre nous, comî> bien que ne puissions faillir de nous humilier et de chercher i> la raison de nos afflictions en nous-mesmes, mais sont aultant j) d'espreuves pour nous apprendre à nous congnoistre, afin y> aussy que le Seigneur soit glorifié par la force qu il nous i> donne.

3) m'assurant que le Seigneur vous aura cependant for-

» tifié grandement, au lieu de poursuivre cet argument qui » serait plustost pour renouveler la playe que pour achever de ^ la consolider, je loueray Dieu de la grâce qu'il vous a faite de y> ne succomber à une telle et si grande affliction, et plustost 1^ d'y proffiter, comme je l'ay congneu dès la première lettre 3> qu'il vous a pieu m'en escrire à laquelle vous avez ajouté de » vostre main que par cela le Seigneur vous advertissait de » vous desdier du tout à hy mieux que jamais^ parole pour 3> certain venant de Dieu et digne de vous. Monseigneur, qui ^ estes du petit nombre de ceux auxquels je puis appHquer j» ceste tant belle et précieuse sentence de l'apôtre, à sçavoir i> qu'il vous a esté donné non seulement de croire au Seigneur, D mais aussi d'estre affligé pour luy. Car la mort, ou plustost D l'heureux repos de feue madame vostre bonne partie, est tel- D lement advenue selon le cours de nature, tel qu'il a plu à Dieu

y> l'ordonner, que cependant nul n'ignore que Testât présent » de l'église du Seigneur, qu'elle a toujours aymée en toutes y> choses, et ce qu'elle prévoyait estre prochain à icelle, neluy » ayent grandement advancé ses jours, oultre la peine qu'elle y> prenoit et de corps et d'affection entière pour servir les j) pauvres et navrés ou aultrement affligés pour la querelle du » Seigneur.

y> Et je ne doubte point aussy que cela, entr'autres choses, D n'aye beaucoup servy et serve encore désormais à vous cony> soler et fortifier contre plusieurs pensées diverses qne je rae y> suis vivement forgées, pensant à ce que vous pouviez penser. JD mais oultre tout cela, puisque la vraye amitié porte qu'on y> s'oublie soi-même pour ce qu'on ayme, voyant le paouvre et » calamiteux estât présent, et prévoyant tout clèrement les y> misères certaines qui suivront les présentes, je m'assure que y> vous avez conclu comme moy qu'il y a sans comparaison trop y> meilleure occasion de s'esjouyr de ce que le Seigneur l'areti- 3) fée à point, que de lamenter le dommage que vous en avez y> reçu, pour ce que, en ce faisant, ce seroit monstrer que, duy> rant sa compagnie, vous vous seriez aymé vous-mesme, et y> non pas elle, ce que je m'assure estre éloigné de vostre inteny> tion, hormis qu'il ne se peult faire que le trésor que vous avez y> perdu ne vous face regretter ce que vous aviez et dont vous y> appercevez de plus en plus- la nécessité. Mais le souvei^ain y> remède est celui que vous avez pris, à sçavoir la puissance, la y> sagesse, la bonne volonté du Seigneur : la puissance, pour y> vous assurer que nul moyen ne luy défaut; la sagesse, » pour bien recongnoistre qu'il sçayt trop mieux, sans compay> raison, que vous mesme ce qui vous est bon et aux vostres; » la bonne volonté, pour vous résouldre à cette tant ferme et y> certaine conclusion qui est propre aux esleus de Dieu, à say> voir : que celuy qui nous a choisis par son conseil éternel et y> immuable, dont nostre vocation nous est un témoignage infail-

y> lible résonnant en nos oreilles par la prédication de sa paroUe » accompagnée de ses sacrements, et en nos esprits par son y> Saint-Esprit, ainsi comme il peut tout, ne veult rien aussyet D par conséquent ne fait rien que pour le salut des siens.

y> Cette consolation. Monseigneur, vous est nécessaire, non » seulement pour ce coup, mais aussy pour toutes les diffi- > cultes tant grandes et terribles qui se présentent, et que j'esi> time, de ma part, inévitables. i>

Quelles étaient les grandes et terribles difficultés, signalées par de Bèze, que Coligny avait désormais à affronter? quel fut, dans sa lutte contre elles, le secret de son indomptable énergie? quel fut surtout, dans la défense de la plus noble des causes, le secret de sa fidélité jusqu'au martyre?

Telles sont les questions à Texamen desquelles nous nous attacherons, dans la suite de ce récit.

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