‹ Gaspard de ColignyChapitre 205 sur 226 · II · texte numérisé non relu

II

> nouvela en 1584, sous Henri III, et qu'il, resserra, après 1589, contre

> Henri IV. A ces diverses époques, il fui animé du même désir, le triomphe » absolu du catholicisme ; il marcha vers le môme but, TexUrpation par la 1 guerre de Thérésie que n'avait pu interdire Taulorité ; 0 suivit au dedans

> les mêmes chefs, les princes de la maison de Lorraine ; il réclama au de- 1 hors les mêmes appuis, les bulles du pape et les soldats de Philippe II. >

Relation des conférences de Saverne, par le duc Christophe de Wurtemberg. {BulL de la soc. d'hift. du proU fr., t. IV, p. 184 à 196.)

€ Arrivé à Saverne, le 15 février 1562, dans la soirée, chez le duc de Guise » et le cardinal de Lorraine, ces deux frères m'exposèrent, comme le disait » déjà la lettre d'invitation, que mes liaisons d'autrefois avec le duc et le triste » état de la France, leur avaient inspiré un vif désir de s'entretenir afifectueu- 9 sèment avec moi, et avec mes théologiens. Je répondis que la lettre m'avait » déterminé à venir, et que j'étais tout à leur disposition. >

€ Le lendemain, 16 février, à sept heures du matin, le duc vint me trouver j dans mon appartement, parla de différentes choses de nature générale, et

> me dit que le cardinal souhaitait avoir, après le déjeuner, une conversation

> à pîirt avec mes théologiens. Je ne fis aucune objection, et, informé que le » cardinal prêcherait, j'allai assister à son sermon. Il y avait environ deux 9 cents personnes. Il prêcha sur l'Évangile de la tentation de Jésus-Chrisl au » désert. Tout son sermon avait pour but de montrer qu'on ne doit rechercher

> d'autres médiateurs ni intercesseurs que Jésus-Christ, qui est notre unique » sauveur et la seule propitiation pour nos péchés; que nous ne devons pas

> non plus nous confier en nos bonnes œuvres, etc., etc.

€ Après le déjeuner, le cardinal me pria de lui envoyer mes théologiens, » pour qu'il put s'entretenir avec eux amicalement et fraternellement; ce qui » eut lieu. Les théologiens se rappelent sans doute ce qu'il leur dit.

€ Après midi le duc revint chez moi dans mon appartement. Il parla longueï ment des calamités de toutes sortes qui accablaient la France, depuis une 9 vingtaine d années ; puis il ajouta qu'à tous ces maux s'était jointe la discorde j» religieuse; que la reine mère elle roi de Navarre, pour y remédier, avaient

> convoqué le synode de Poissy, mais qu'à ce synode les ministres calvinistes î s'étaient, dès l'abord, montrés comme gens avec lesquels il n'y a pas de con-

> ciliation à espérer ; qu'ils avaient appelé idolâtres tous les catholiques, et

1 cpi*il était résulté de cela une irritation intolérable. 11 me pria de lai exposer

> quelle est notre religion à nous autres Allemands et de lui dire si nous nous Y accordons avec les ministres français sur tous les points. Il ajouta, avec » beaucoup de paroles, qu'il aimerait s'éclairer et mettre sa conscience en

> repos; qu'il avait été élevé dans la foi de ses ayeux(si elle est fausse dit-il, » j'en suis fâché); qu'homme de guerre depuis sa jeunesse, il est resté 1 ignorant en religion, et que bien certainement si on lui montrait qu'il a él/î

> dans l'erreur jusqu'à présent, il suivrait volontiers et de grand cœur les nou- 1 veaux enseignements qu'on lui donnerait.

< Je lui répondis que les calamités de la France devaient inspirer de la pitié

> à tous les chrétiens, mais qu'il ne fallait nullement se cacher que les causes

> s'en trouvaient dans les péchés de ce pays, parmi lesquels, dis-je, ce n'est

> certainement pas le moipdre que d'avoir fait mourir pour la foi, depuis un » si grand nombre d'années, tant de milliers de personnes innocentes.

c Quant au colloque de PoissJ", dis-je, les actes que vous m'en avez envoyé

> prouvent que les prélats n'y avaient pas Tintenlion de conférer sérieusement j avec les ministres français pour arriver à un accord et à une réformatioii. Au » lieu d'examiner la confession de foi des ministres article par article, ils se

> sont jetés de suite sur l'un des derniers, et précisément sur le plus propre

> à faire rompre le colloque. Toutefois j'espère qu'à une ^utre conférence, on

> n'aura en vue que l'honneur de Dieu et de sa parole, et qu'alors le Seigneui*

> bénira de telles intentions.

f Pour ce qui est de notre accord avec les ministres français, je lui dis que

> nous ne différons d'eux que dans l'article de la sainte cène et qu'il y avait

> espoir qu'on parviendrait à s'unir, à cet égard ; la dispute provenant princi-

> paiement de malentendus. J'ajoutai qu'il trouverait une exposition complète de ï notre foi dans les lettres et dans les livres que je lui avais déjà envoyés, et que,

> s'il avait quelque question particulière à me faire, je lui répondrais volontiers, s H me demanda alors ce que nous entendons par idolâtrie.

c On est idolâtre, lui dis-je, lorsqu'on adore d'autres dieux que le vrai Dieu, 5 ou qu'on cherche d'autres métlialeurs que le fds de Dieu, Notre-Seignour î Jésus-Christ, ou qu'on met sa confiance dans les saints, dans la Vierge Marie, 9 OU dans ses propres bonnes œuvres.

> Je n'adore d'autre Dieu que le vrai Dieu, me répondit-il ; je me confie uni-

> quenient en Jésus-Christ; je sais bien que ni la mère de Notre-Seigneur, m

> les saints ne peuvent m'être en aide ; je sais bien aussi que je ne puis être » sauvé par mes bonnes œuvres, mais par les mérites de Jésus-Christ.

« Moi. — Voilà ce que j'entends avec joie; le Seigneur veuille vous mainle-

> nir dans cette confession.

< Le duc. — Nous voilà donc d'accord en cela.

< Moi, — Mais puisque vous croyez et confessez ainsi, il faut aussi vous dé-

> clarer contre tout ce qui est opposé à cette confession, comme, par exemple,

> le culte des saints, les pèlerinages, le purgatoire, la messe idolàtriquc et le » prétendu sacrifice non sanglant de la messe.

€ Le duc. - Je suis maintenant mieux informé en tout cela que je ne l'étais

> autrefois, et je vous prie d'en parler demain aussi à mon frère le cardinal.

> Veuillez seulement encore me dire ce que vous trouvez de mauvais dans la

> messe et ce que vous pensez du sacrifice de Tautel.

c Quand je lui eus répondu (dans le sens de la doctrine Luthérienne), il dit: 1 mais De Bèze a enseigné publiquement, en présence de la reine mère, du ï roi de Navarre, de tous les princes et seigneurs et de tout le synode, qae le » vrai corps et le vray sang de Jésus-Christ sont éloignés du saint sacrement

> autant que le ciel est éloigné de la tetre; quil n'y a qu'une manducatioD

> spirituelle, et que, matériellement cen'eslque du pain et du vin. C'est pour- » quoi les prélats n*ontplus voulu conférer avec lui ni avec les siens.

c Je répondis que De Bèze, n*avait peut-être eu en vue que de combattre » l'opinion papistique qui fait résider le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ » dans le tabernacle comme dans une prison et qui prétend le promener en

> forme d'hostie.

« Le duc s'excusa en disant que c'était là une matière trop diCQcile pour lui.

> Veuillez en conférer demain avec mon frère, ajouta-t-il.

€ Alors je lui dis : puisque nous en sommes maintenant à nous expliquer

> l'un avec l'autre, je ne puis m'empêcher de vous informer que vous et votre

> frère êtes hautement soupçonnés, en Allemagne, d'avoir contribué à faire

> périr, après le décès de Henri II, et encore de son vivant, plusieurs milliers

> de personnes qui ont été misérablement livrées à la mort, à cause de leurfoi;

> comme ami et comme chrétien, je dois vous avertir : gardez-vous du sang inno- » cent. Les chàtimens de Dieu vous atteindraient dans cette vie et dans l'autre.

c 11 me répondit avec de grands soupirs : je sais bien qu'on nous accuse de y cela et d'autres choses encore, mon frère et moi; mais on nous fait tort;

> nous vous l'expliquerons tous deux avant votre départ. Puis il ajouta : j'ai » oublié tantôt de vous demander une chose : d'où vient que dans votre reh- 9 gion, vous êtes si divisés, tandis que, dans l'église romaine, il y a eu depuis 9 si longtemps et il y a encore plus grande unité?

Suivent des explications du duc Christophe, tendant à revendiquer, pour les chrétiens évangéliques, une unité véritable, et à montrer que, dans le papisme, l'unité n'est que hiérarchique. 11 cileentre autres les divergences d'opinions entre les ordres religieux et l'existence de cinq canons différents de la messe.

€ S'il en est ainsi, dit alors le duc de Guise, je me ferai Luthérien, moi 1 aussi; car il faut qu'il y ait unité dans la messe, ou le tout est faux. Mais je

* vous prie d'en parler aussi à mon frère !

€ Je répondis que je le ferais quand je le verrais, mais que j'aimerais qu'on

* me remît les livres papistes dont j'aurais besoin pour établir mes preuves. € Ainsi finit notre conversation du 16 février.

< Le 17 février, le duc de Guise vint de nouveau me trouver dans mon y appartement, à sept heures du matin. 11 me dit que les sujets que nous » avions traités hier l'avaient empêché, presque toute la nuit, de dormir; » qu'il en avait parlé aii cardinal, et que celui-ci aimerait avoir encore une

> conférence avec Brentius, en ma présence, après le déjeuner. Je répondis

> que ce sera comme le cardinal le souhaitera. Ensuite nous parlâmes d'aiïai-

> res privées, d'anciennes guerres, etc., etc.

< A huit heures, nous allâmes au second sermon du cardinal. De même que

> la veille^ il répéta plusieurs fois que nous devons adorer Drea seulement tel

> qu'il est au ciel, et que notre unique médiateur, avocat et intercesseur, c'est ~ » Jésus-Ghrisi, nullement la mère de Dieu, ni les autrds saints ; que nous ne -9 devons pas invoquer les saints, etc., etc.

« Après le sermon, le cardinal me dit qu'il savait par son frère notre entre- 3 tien de la veille ; qu'il était extrêmement réjoui de notre entrevue ; qu'elle 9 lui était plus précieuse que n'importe quel bien de la terre ; qu'il espérait

> Toir tourner toutes choses à bien, car, dit-il, j'ai conversé bien fraternelle-

> ment avec Brentius ^et avec vos autres théologiens ; j'espère que nous nous » sommes bien entendus et que nous nous sommes quittés d'accord. Maintenantje

> souhaite conférer encore avec Brentius sur quelques points, en votre pré-

> sence : je vous exposerai alors catégoriquement et ouvertement quelle est ma

> foi, et comment je pense qu'on pourra mettre en bonne voie les affaires de

> religion.

€ Je répondis que j'avais grand plaisir à l'entendre parler ainsi, et que j'i-

> rai chez lui avec Brentius, à l'heure qu'il lui plairait.

€ Après le déjeuner, midi à peine sonné, le duc de Guise entra pour me

> dire que le cardinal allait venir chez moi. Je répondis que ce serait moi qui

> irais le trouver chez lui ; et ainsi nous nous rendîmes ensemble chez le car-

> dinal de Lorraine où se trouvaient aussi les deux autres frères, le cardinal

> de Guise et le grand prieur. On me fit prendre place entre les quatre frères : 1 le duc de Guise et le cardinal de Guise à ma droite, le cardinal de Lorraine

> et le grand prieur à ma gauche, Brentius était assis en face de nous. Hors de

> nous six, il n'y avait personne dans l'appartement.

€ Le cardinal de Lorraine commença par s'adresser à Brentius, à peu près en

j ces mots : docteur Brentius, mon père, nous avons conféré hier amicalement

> sur plusieurs points principaux de la foi chrétienne, sur le péché originel, le » baptême, l'invocation des saints, les prières pour les morts, la justification,

> devant Dieu, et le symbole des apôtres. Maintenant j'aimerais encore m*en- » tendre avec vous sur trois ou quatre articles, ep présence de votre seigneur,

> mon cousin le duc de Wurtemberg : l" sur les. objections que vous faites 1 contre la messe; ^ sur la. hiérarchie ecclésiastique; 3^ si les zwingliens et » les calvinistes sont hérétiques ; si l'on doit punir les hérétiques, et cora-

> ment ; enfin 4° si c'est par le concile de Trente, qui, en vérité, dit-il, n'est

> pas un concile, mais plutôt une simple réunion, coriventus, ou par d'autres j voies qu'il faudra lâcher d'arriver à une solution des affaires religieuses.

< Et d'abord, que blâmez -vous dans la messe? Dites, s'il vous plaît, toute s votre pensée, à cet égard, sans vous gêner.

€ Alors Brentius, après s'être excusé' de sa franchise, énumère au cardinal les » erreurs et les abus relatifs à la me^se. — Nota, — Brentius lui-même saura 9 le mieux se rappeler ce qu'il a dit.

« Réponse du cardinal, — Je me suis accordé hier avec vous sur ce point,

> qu'on doit adorer Dieu seul, qui est au ciel, et que notre unique avocat est

> le fils de Dieu, Jésus-Christ. Je répète aussi, en présence de mon cousin le » duc de Wurtemberg, que Jésus-Christ doit être adoré seulement tel quMl

> est au ciel. ,

€ Brentîus, — Révérendissime Seigneur, vous ne pensez donc pas qu'on

> doive Fadorer dans le pain, ni le promener dans des processions?

c Le cardinal, — J'avoue que nous avons été trop loin en cela. Ondoitado-

> rer et invoquer Jésus-Christ seulement, tel qu'U est au ciel; mais dans l'eo-

> charistie nous le devons vénérer, par exemple, nous agenouiller quand qnel-

> qu'un communie, ou faire la révérence en recevant le saint sacrement. Je œ

> pense pas que vous, ou mon cousin le duc de Wurtemberg, vous blàmia

> cela.

c Brentius et moi. — Nous ne saurions blâmer cela.

€ Le cardinal, — Pour ce qui est de l'invocation des saints dans le grand

. c canon de la messe, de l'opinion que la messe est un sacrifice, et de l'usage

t de dire des messes pour les vivants et pour les morts, je dois avouer qu'en

t cela aussi on a été trop loin. La messe ne doit être célébrée que lorsqu'il y

> a des communions, et dans ce sens qu'elle n'est pas un sacrifice, mais un • > acte de communication du sacrifice accompli sur l'autel de la croix : Non

> sacrificium sed memoria sacrificii prœstiti in arâ crucis,

> Brentius, — Révérend seigneur, ^i l'on supprimait les abus de la messe,

> nous serions bientôt d'accord.

« Le cardinal. — Que pensez-vous donc de la hiérarchie ecclésiastique? i Approuvez-vous qu'il y ait un^ chef suprême appelé pape, des cardinaux, » des archevêques, etc., etc.?

« Brentius, — Jésus-Christ est le chef de l'église ; il ne veut pas de Ticairc. i> Quant aux cardinaux, l'Écriture n'en parle pas ; mais il doit y avoir des de-

> grés dans l'administration ecclésiastique ; noua concédons aussi qu'il y ait 9 des évêques, pourvu qu'ils soient élus régulièrement.

€ Le cardinal. — Bien ; nous pourrons nous accorder en* cela aussitôt. Â » défaut d'une robe rouge, j'en porterai volontiers une noire. Mais, Brentius, 9 que dites-vous des zwingliens et des calvinistes? Sont-ils hérétiques, oa » non ? Doit-on punir les hérétiques ? Et comment ?

€ Brentius. — Quoique les zwingliens et aussi Calvin se trompent dans Tarti- » cle de la sainte Cène, la charité chrétienne exige qu'on ait bon espoir à l'é-

> gard de ces chrétiens tombés dans une erreur. Il faut les avertir, les cxhor- » ter et prier pour eux ; car dans tous les autres articles de notre foi, ils sont 1 d'accord avec nous.

> Brentius pria aussi le cardinal de ne rien faire avec précipitation à l'égard

> de ces chrétiens fourvoyés. 11 ajouta qu'avec la grâce de Dieu, ils pourront

> être ramenés, et qu'il y avait d'ailleurs, comme le cardinal le savait bien, une » grande différence à faire entre celui qui enseigne une erreur, et de simples ï ouailles, etc., etc.

€ Ensuite le cardinal demanda à Brentius ce qu'il pensait des moyens de ré- » tablir la concorde dans la chrétienté. « Brentius répondit qu'il y avait cinq moyens. Nota. Brentius se rappelle

> sans doute ce qu'il a dit, à ce sujet.

< Le cardinal. — Le concile assemblé à Trente ne fera rien de bon. D'un :à autre côté, il n'y a non plus rien à espérer de nos calvinistes de France. Us

> ne veulent pas écouter, mais être écoutés. Croyez-m'en, sire cousin, si de

» Béze et ses collè^^es avaient, à Poissy, voulu accepter et signer, la confes» t sion d'Augsbourg, j'aurais obtenu des prélats que nous nous fussions arrangés j» avec eux. •

f Moi, — Mais si, à l'avenir, De Béze et ses collègues approuvent et si- 1 gnent la confession d'Augsbourg, le ferez-vous également de votre côté ?

« Le cardinal. — Vous l'avez entendu ; vous, Brenlius, mon père, vous l'avez 9 de même entendu hier avec vos confrères ; de plus, je prends Dieu à témoin c qne je pense et que je crois comme je le dis, et qu'avec la grâce de Dieu, je » vivrai et mourrai dans ces sentimens. Je le répète donc : J'ai lu la confes-

> sion d'Augsbourg; j'ai lu aussi Luther, Mélanchton, Brentius et d'aulres; » j'approuve entièrement leurs doctrines et je m'accorderai bien vite avec eux 1 dans tout ce qui concerne la hiérarchie ecclésiastique. Mais il faut que je

> dissimule encore quelque temps, afin de gagner plusieurs qui sont encore » faibles dans la foi.

€ Après cela Brentius le pria de travailler avec les autres prélats à ce que la 1 parole de Dieu fût avancée en France et qu'on y arrivât à un accord en ma- » tière religieuse, ou du moins, à défaut de cela, à une paix de religion,

> comme en Allemagne.

c Le cardinal. — Si De Béze et les autres ministres français étaient aussi Y modérés et aussi raisonnables que vous autres théologiens allemands, on » pourrait traiter avec eux et espérer une conciliation; mais je désespère de

> ceux-là; il n'y a rien à faire avec eux.

€ A cela je dis que lui et les siens devraient pourtant conférer de nouveau » avec les ministres français, et examiner ce que, dans leur confession de foi

> il y a à approuver ou à blâmer.

c Le cardinal. — Certes je ne manquerai pas d'y contribuer, pour ma part. » Si le roi de Navarre et la reine mère convoquent encore une fois les prélats, » je montrerai que c'est à tort qu'on m'accuse d'être opposé à toute concession. t Dans mes trois évêchés, je fais prêcher l'Évangile, librement, comme par la

> grâce de Dieu, vous me l'avez entendu prêcher aujourd'hui et hier ; je ne € souffre plus dans mes évêchés, qu'on dise la messe, à moins qu'il n'y ait des

> communions, et je m'occupe maintenant de supprimer le canon de la messe,

> en introduisant un rite dont je vous enverrai un exemplaire après pàques.

€ Finalement Brentius conjura encore une fois le cardinal de s'employer à

> faire cesser les persécutions en France; à quoi le cardinal répondit : je ferai

> comme vous dites, et, de plus, je vous prie instamment de m'écrire souvent, » mon père. Si, dans l'accomplissement de mes fonctions ecclésiastiques, vous

> remarquez quelque chose qui vous déplaise, veuillez me l'écrire et m'avertir.

> Moi aussi, je vous écrirai et je vous reconnaîtrai toujours pour mon père en

> Christ : Semper agnoscam te uti patrem meum in Christo.

€ Ainsi se termina la conférence entre le cardinal et Brentius. Plus tard, le

> cardinal me dit, en présence du duc de Guise : vous avez informé mon frère,

> qu'en Allemagne on nous soupçonne tous deux d'avoir contribué à faire mou-

> rir un grand nombre de chrétiens innocents, sous les règnes de Henri et de /• François II. Eh bien! je vous le jure, au nom de Dieu, mon créateur, et en y /» engageant le salut de mon âme, je ne suis coupable de la mort d'aucun

ji homme condamné pour cause de religion. Ceux qui alors étaient dans les

> conseils peuvent m'en rendre témoignage. Au contraire, toutes les fois qn'il

> s'agissait d'affaires criminelles en matière de religion, je disais au roi Heori, ^y " ^ ou au roi François II que ce n'était pas de mon ministère ; que cela rega^

> dait le pouvoir séculier ; et je m'en allais.

€ Puis, se tournant vers Brentius, il répéta ces protestations en latin. 11 ) ajouta : Quoique le président du Bourg fût dans les ordres, j'ai prié le roi de j Tépargner. C'est un homme instruit, disais-je, etc., etc.

€ Le duc de Guise de même, avec de grands sermons, affirma qu'il était » innocent de la mort de ceux qu'on avait condamnés pour cause de leur foi. ï On a souvent, ajouta-t-il, cherchée nous tuer, le cardinal et moi, soit à coups 1 de feu, soit par l'épée, soit par le poison, et bien que les coupables fussent j arrêtés, je ne me suis jamais mêlé de leur punition.

< Moi, — J'éprouve pour l'amour de vous une grande satisfaction à vous en-

> tendre parler de la sorte; et, si vous le souhaitez, je ferai part de vos décla-

> rations à nos amis, en Allemagne.

€ Tous deux me prièrent de le faire. De mon côlé, je les conjurai itérali?e-

> ment de ne pas persécuter les pauvres chrétiens de France. Dieu ne laisse- ) rait pas s?ns châtimen!, dis-je, un pareil péché.

€ Ils me donnèrent alors la mnin, le cardinal et le duc de Guise, promettant ) sur leur foi de princes et sur le salut de leur âme, de ne persécuter ni ouver- » tement, ni en secret les partisans de la nouvelle doctrine.

€ Je répondis : notre Dieu, pèro de Notre -Seigneur Jésus-Ghrist, veoille

> vous maintenir dans ces sentimens et vous confirmer dans les résolutions qae * > vous exprimez !

< Ensuite le duc de Guise parla au cardinal de ce que je lui avais dit hier du

> grand nombre d'opinions différentes parmi les ordres religieux du papisme et

> des cinq espèces de messes. Le cardinal convint qu'il en était ainsi, et finit » par ces mots : que dirai-je? notre église romaine est pleine de supersli-

> tions.

« Ainsi se termina notre conversation du 1 7 février.

«18 février. — De très bonne heure, le duc de Guise m'envoya son homme

I d'affaires Rascalon. Il me fit dire qu'il avait, ainsi que son frère, oublié hier

> de me parler de deux objets, et que l'après-midi étant fixée pour le départ,

> ils viendraient m'en entretenir dans la matinée. Ils désiraient, dit Rascalon,

> me demander si je ne serais pas d'avis que le cardinal s'employât, avec

II l'empereur et le pape, à organiser en Allemagne, dans une ville située com- * modémenl pour ceux de la confession d'Augsbourg, une conférence amicak

> entre des représentaus autorisés du catholicisme et du luthéranisme, à Tel

> d'aviser à une entente chrétienne. Une fois l'accord établi avec les Luthériei|

> d'Allemagne, dit-il, les anglais, les écossais, les religionnaires français etp

> louais suivraient, sans dout^ ; car l'exemple de l'Allemagne leur impose, <

> le mal cesserait. En second lieu, les Guises me priaient d'écrire au roi dj

> Navarre que, cousins et anciennes connaissances, le duc et moi, nous nou

> sommes donné rendez-vous à Saverne pour nous revoir; que là nous eij

> sommes venus à parler d'affaires de religion ; que les Guises sont disposés i

Tîn , ii^ :

9 un arrangement, et qu'à une nouvelle conférence, le cardinal prouverait cer- » tainement qu'il n'entend pas jouer la comédie.

c Je répondis à Rascalon que je réfléchirais à ces deux demandes et que j'i- 9 rais en parler à son maître et au cardinal, à l'heure qui leur conviendrait.

c A huit heures, le cardinal et le duc entrèrent chez moi. Le cardinal déve- -> loppa avec beaucoup d'éloquence le projet d'un colloque à tenir en Allema-

> gne, et me demanda si je pensais que les princes de la confession d'Augs-

> bourg y prêteraient la main. Je répondis qu'ils le feraient certainement si

> l'empereur le leur demandait, quoique, à vrai dire, ajoutai-je, jusqu'à pré-

> sent, ces sortes de conférences aient malheureusement produit peu de fruits. t Enfin le cardinal me pria de communiquer son projet aux princes de la

> confession d'Augsbourg; car, ajouta- t-il, s'il n'y a pas de refus de ce côté,

> l'empereur et le pape consentiront à une conférence ; j'ai mes raisons pour le

> croire; je suis bien informé. Si au contraire les décisions du concile de 3 Trente prévalaient, il serait fort à craindre qu'on ne vînt aux armes.

€ Sur cela, je lui demandai de me faire savoir exactement dans quels termes

> il voudrait que j'écrivisse aux princes Allemands, d'un côté, et de l'autre.

> d'après la seconde communication de Rascalon, au roi de NavaiTe; de peur,

> ajoulai-je, que je ne dise trop ou trop peu, en votre nom. Ils me promirent

> de m'envoyer Rascalon à Stuttgart, pour s'accorder avec moi, à ce sujet, le * temps étant trop court pour rien dresser par écrit, avant le départ.

c C'est ainsi que nous quittâmes Saverne, le 18 février, après midi, les quatre

> frères de la maison de Guise et moi. Avant de nous séparer, tous les quatre, » «n me donnant la main, me promirent, encore une fois, de n'agir ni en enne-

> mis, ni en persécuteurs, envers ceux qui, disaient-ils, ont adopté la nouvelle

> doctrine et quitté le papisme, mais de contribuer, selon leur pouvoir, à l'é"

> tablissement d'une concorde chrétienne.

Nota. — f Réjoui des bonnes paroles qu'on lui donnait, le duc de Wurtem- 9 berg rédigea immédiatement la relation ci-dessus et en fit part à ses amis ; ï mais le Landgrave de Hessen jugea, dès l'abord, même avant de connaître 3 l'horrible massacre de Vassy, que la conduite des Guise à Saverne n'avait été

> que tromperie. Arrivé, plus tard, lui-même, à cette conviction, le loyal duc

> Christophe écrivit au bas de sa relation : Hélas! on voit maintenant corny ment ils ont tenu ces promesses!! Deus sit ultor doli et pebjurii, cujus

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