Bèze, //is^ ^cc/., t. U, p
sans défense aux lâches agressions qui pouvai^fit se produire durant un trajet péniblement entrepris. Les faits ne le prouvèrent que trop clairement; car elle ftit assaillie par une bande de fanatiques sous les coups de laquelle elle et son fils faillirent succomber, c Ainsi, dit Tune de ses amies* , que la princesse
> s'acheminait, passant par un village nommé Yauderay,
> près Lizy-sur-Ours, une fourmière de païsans qui esloient 1 en procession luy courent sus, et à M. le marquis de Conty,
> à coups de jwerres et de bastons de croix et de banîères,
> sans aucune occasion, sinon que ceste troupe fut suscitée et 1 barée par un prestre malin, en haine de la religion. Or, les ï feux des troubles commençoient lors de s'allumer, et de toutes I parts on en voyoit jà des estincelles ! Ceste fureur et rage » populaire esmeut ceste bonne dame de telle façon, qu'estant » sur la fin du huictiesme mois, elle accoucha, le jour mesme, î de deux fils par frayeur et avant terme, au village de Gan- » delu, sans qu'elle eust loisir de pouvoir gaigner aucune de » ses maisons. Et peu de jours après, comme elle estoitcou-
> rageuse et active de son naturel, elle se mit en chemin pour » aller à Orléans vers monseigneur son mary, où elle parvint i à grandes et difficiles journées : car vous pouvez penser que
> les passages estoient jà occupez, et qu'il falloit user de ruse » el s'exposer en danger pour faire ce hasardeux voyage^ . y>
1. Epistre d'une damoîselle françoise à une sienne amie, dame eslrangêre, sur laraorl d^excellente et vertueuse dame Léonor de Roye, princesse de Condé. 1564, in-12, p. 3 et 4.
2. Beza ad Turicenses et Bernâtes, 12 avril 1562 (mss. Turicens. ap. Baum, app., p. 181) : c P. S. Omiseram indignum facinus. Condensis prin-
> cipis uxor praegnans, dùm profecto marito ad' sues revertitur, ecce rusticorum
> manus principis filium circiter noveni annos natum in equo insendetem lapiî dibus adgreditur, et duos ex ejus comitatu vulnerat. Mater filii periculo
> lia fuit percussa ut eo ipso die immaturo partu gemellos sit enixa. Vivit
> tamen uterque et puerpera satisbenè habet. Sed hinc conjicite quo usque
> progressa sit hostium rabies et quantoperè necesse sit eam retundi, ciim
> expressis edictis regiis nitaraur. >
Éléonore de Roye ne pouvait pas donner à son mari une pins grande preuve d'affection et de dévouement, que de sacrifier pour le rejoindre non seulement sa santé, sa vie peut-être, mais jusqu^aux plus douces prérogatives du cœur maternel, en se séparant de ses enfants en bas âge, sans savoir si jamais il lui serait donné de les revoir. Dieu permit du moins qu'elle les laissât aux mains de sa mère, la comtesse de Roye : un seul d'entre eux, Tainé, partit avec elle.
Charlotte de Laval et Éléonore de Roye se consacrèrent dès leur arrivée à une noble mission qu'elles devaient, pendant toute une année, accomplir à Orléans, tandis que l'amiral et le prince s'acquitteraient de la leur, soit dans cette ville, soit au dehors.