Mém. de Condé, t. 111, p
y> tendent qu'à la ruine des fidèles et conséquemment de ce j) royaume, je vous envoie ce gentilhomme, présent porteur, pour y> entendre de vous quels moyens vous avez de fournir promp- » tement d'hommes aguerris et armez, pour incontinent les y> envoyer en ce lieu. A ceste cause, suyvant ce qu'il vous dira, )) je vous prie, à ce coup, vous esvertuer de toutes vos facultez, y> surtant que désirez vous faire cognoistre affectionnez au sei^- » vice de Dieu et à celuy du roy et de la royne. Et où vous n'au- » rez pas gens prests, pour le moins mettez-vous en debvoir de y> subvenir d'argent pour en soudoyer, ainsi que ce gentilhomme y> plus particulièrement vous déclarera de ma part. »
Les ministres de l'Évangile qui se trouvaient alors à Orléans écrivirent dans le même sens aux différentes Eglises* .
Le 8 avril, Condé publia^ , en son nom personnel, un manifeste qui, à la suite d'un exposé de faits incriminant les actes des Guises et des triumvirs, contenait une protestation ainsi conçue, dans ses parties principales :
« Ces choses considérées, avec plusieurs autres que le
» temps descouvrira, ledit seigneur prince proteste ce que )) s'en suit, devant le roy et la royne, et désire aussi que tous les » rois, princes, potentats, amis et alliés de cette couronne, » avec toute la chrèstienté, soyent advertis du faict tel qu'il est
<( Premièrement donc il proteste que ce n'est nulle passion » particulière qui le meine ; ains que la seule considération de )> ce qu'il doit à Dieu, avec le devoir qu'il a particulièrement à )) la couronne de France, sous le gouvernement de la royne, et » linalement l'affection qu'il porte à ce royaume, le contrai- » gnent à chercher tous moyens licites selon Dieu et les hommes, » et selon le rang et degré qu'il tient en ce royaume, pour re-
i . Mém. de Condé, t. UI, p. 221 . 222.
2. Mem. de Condé, t. III, p. 222 et suiv., et une lettre de Condé à l'Empereur Ferdinand, du 20 avril 1562 (mém. de Condé. t. lU, p. 305). — Voir l'opinion de Laaoue sur Tutilité des manifestes en général (dise, polit, et milit p. 663), * .
j mettre en pleine liberté la personne du roy, la royne et mesj sieui's ses enfans, et maintenir Tobsenvation des édits et or-
> donnances de sa majesté, et nommément le dernier édict
> intervenu sur le faict de la religion, avec Tadvis des princes
> du sang, seigneurs du conseil, présidens et conseillers des
> parlemens de ce royaume, priant affectueusement tous bons
> et loyaux subjectz de sa majesté, vouloir songneusement peser
> les choses susdites, afin de luy prester toute ayde, faveur et » assistance, en une deffense tant bonne, juste et sainte.
« Et pour ce aussi que Ton sçait bien que le roy et la
3 royne sont environnez d'armes et de personnes qui forcent
> leurs volontez, et que la plupart de ceux du conseil sont inti-
> midez, tellement qu'il n'y a personne qui ose contredire à ceux * qui ïifi pensent qu'à se venger et exécuter ce qu'ils ont de i> longtemps pourpensé, ledict seigneur prince proteste et déclare 1» dès à présent que, comme il ne voudroit céder à homme vivant ^ en l'obéissance qu'il doit et veut rendre à sa majesté et à la » royne sa mère, aussi ne veut-il pas se laisser mettre le pied
> sur la gorge, sous prétexte de quelques mandemens, lettres-
> patentes, ou autres despesches des dessusdicts, sous le nom
> et sceau de leur majesté, jusqu'à ce que lesdicts roy et royne
> et son légitime conseil soyent en tel lieu et telle liberté qu'il
> appartient à un roy et une royne révérez, honorez et unique-
> ment aimez de tous leurs subjectz.
« Au surplus ledict seigneur prince proteste, quant au roy de » Navarre, son frère, que avec l'obligation d'amour fraternel et
> le respect particulier qu'il lui doibt et veut rendre, il entend » le recognoistre selon le rang et degré qu'il tient en ce royaume, » avec toute obéissance après le roy, et la royne : comme aussi ^ il s'assure que ledict seigneur roy, considérant ce que dessus, ï y aura tel égard que la raison et la présente nécessité le ré-
> querront, dont aussi ledit seigneur prince le supplie très hum-
> Uanent et très instamment»
« Finalement, ledit seigneur prince, avec grande et honora-
i> ble compagnie des seigneurs, chevaliers de Tordre, capitaines,
y> gentilshommes, gens de guerre et plusieurs bons personnages
p de tous estats, de sçavoir, de bien et de vertu, pour mônsirer
» qu'ils parlent en vérité et qu'ils n'ont rien si cher, après Thon-
D neur de Dieu, que le repos et grandeur du roy, requièrent
j> très humblement la roy ne, que pour la crainte de ceux qui
y> l'environnent d'armes et tout autrement qu'il ne fût jamais veu
y> en ce royaume, elle ne laisse pourtant à juger librement, se-
y> Ion son opinion, laquelle des deux parties aura tort, et que
. y> pour ce faire il ne luy vienne à desplaisir de s'en aller en telle
^ ville de ce royaume qu'il luy plaira, pour de ce lieu-là comman-
D der par le moindre de sa maison, si elle veut à toutes les deux
» parties de se désarmer et luy rendre l'obéyssance telle que
» doibvent les subjectz à leur roy et souverain seigneur, ens'as-
» sujectissant les uns et les autres à rendre compte de leur faict
y> selon raison et ordre de justice : promettant ledit seigneur
2> prince que, de sa part, il obéira à tout ce qui luy^ sera ainsi
y> commandé, pourveu que les dessusdits luy en monstrentle che-
» myn : car là où ils voudroyent faire autrement, il mettra tou-
^ jours sa vie et celle de cinquante mille hommes qui sont de pa-
» reille volonté, poui^oustenirl'authorité du roy et de la royne;
y> et si ladite dame n'estoit d'advis de partir du lieu où elle est,
y> ledit seigneur prince etautres de sa part la supplient trèshum-
y> blement qu'il luy plaise au moins renvoyer en leurs maisons
y> tous ceux qui la sont venus trouver avec leurs armes qu'ils
» ont prises de leur authorité, c'est à sçavoir ledit sieur de Guyse
j> et ses frères avec le connestable et mareschal de Saint-André;
» et encores que le dit seigneur prince ne soit de ce rang, pour
3> estre renvoyé en sa maison, d'autant qu'il a cest honneur d'ap-
3) partenir au roy et estre prince de son sang; ce néantmoins il
)) offre de se retirer volontiers et faire désarmer toute la com-
2> pagnie qui est avec luy, aux conditions que dessus : y adjous-
ï tant que le conseil du roi ne soit doresnavant intimidé ne
> par menaces, ou par force, et ([ue les édicts du roy et nom-
> mément celuy de janvier sur le faiot de la religion soyent
> inviolablenaent gardez et maintenus jusques à ce qu'il soit en
> aage pour en juger luy mesme et chastier ceux qui auront 1 abusé de son authorité.
c Et là où ces conditions ne seroyent acceptées, et qu'en re-
> fusant de remettre le roy et la royne en leur liberté accous-
> tumée, avec leur conseil, ils continueront d'abuser de leur 3 nom et fouler leurs subjects, ledit seigneur prince proleste
> que, de sa part il ne veut ny ne peut l'endurer; et que de
> tous les maux, misères et calamitez, qui en adviendront, le tort
> ne luy pourra jamais être imputé, mais bien à ceux qui en i> sont les autheurs et la seule cause. »
Coligny préoccupé de la nécessité de coordonner entre eux les éléments de force et d'action dont il constatait l'existence, s'arrêta à l'idée d'une organisation qui rattacherait les uns aux autres, sous le commandement d'un chef librement choisi, les seigneurs et gentilshommes réformés, alors réunis à Orléans; et iljetapromptement les bases d'une association^ dont il voulut que la direction appartînt à Condé, en sa qualité de prince du sang; son plan fut accueilli; un acte piémorable, signé le H avril, en consacra l'adoption, en ces termes* :
1. < Coligny concevait les idées les plus fortes. On ne peut attribuer qu*à
> lui Tacle de confédération qui unissait les protestants (Ch. Lacretelle,
> hisl. de Fr. pendant les guerres de religion, t. II, p. 88).
2. Le texte imprimé de cet acte (Mêm.' do Condé, t. III, p, 258 à 20:2) n*est suivi d'aucune indication de noms des personnes qui le signèrent, mais il exisle aux archives de Berne (vol. Evangelische Abschetdcn, von ann. 1559 ftiiann. 1577), Tun des ariginaux manuscrits, de cet acte important. Il est r'îvêlu, dans Tordre suivant, des signatures de Condé, de Jean de Kolian, de Larocliefoucauld , de Coligny, du prince de Portien, de d'Andelot, de Piennes, de Soubize, dlvoy, de Morvilliers, de Genlis, de Canny, etc., etc. Inamédiatemenl après ces signatures vient la mention suivante : c et quatre
> mil genlilzhommes des n>eilleures et plus anciennes maisons de France, qui
€ Nous, soussignez, n'ayant rien en plus grande recomman- ]p dation, après l'honneur de Dieu, que le service de notre roy 3> et la conservation de sa couronne pendant sa minorité, soubz D \e gouvernement de la royne sa mère, establie et authorizée » parles Estats, voyant Taudace, témérité et ambition d'aucuns » des subjects dudict seigneur mesprisans sa jeunesse, avoir D esté si grande qu'ils ont bien osé non seulement s'assembler D et prendre les armes contre les édictz pour avec icelles mec- » tre à mort ung bon nombre de ses pauvres subjectz, n'esy> pargnant ny aage, ni sexe, sans aucune autre occasion sinon y> qu'ilz estoient assemblez pour prier et servir Dieu, suyvant la » permission des edictz, mais aussy ne pouvant estre retenus )) par aucunes lois divines ou humaines, avec les dites armes, i> se sont saisis de la personne du roy et de la royne et de » monseigneur d'Orléans, et ne pouvans par telle et si téméy> raire entreprise autre chose conjecturer sinon une certaine y> délibération de ruine. soubz l'authorité du roy détenu et capy> tif, avec la vraie religion, la plus grande partie de ceux de 3) Testât de noblesse et du tiers estât, et généralement tous ceux 3> qui en font profession, qui sont les plus fidèles et obéissans » subjectz du roy, qui seroyt un vray moyen de mectre la cou- » ronne de France en proye.
o: Nous, à ces causes, désirans, à nostre pouvoir, remettre sa » majesté et sa couronne en sûreté, et la royne en son autorité,et y> aussi conserver les pauvres fidèles de ce royaulme en la liberté y> de conscience qu'il a pieu au roy leur permettre par ses édicts y> faits par Tadvis des princes du sang, des seigneurs du cony> seil du roy et des plus notables de toutes les cours des pary> lemens de ce royaulme assemblez, et par la délibération de D la plupart des Estats, laquelle doit demeurer inviolable peny> dant la minorité du dict seigneur, avons esté, comme bons et
> accompagneroQt inonsigneur le prince, lequel par son commandement me » l'a fait signer. Houlier, son secrétaire. >
> loyaux subjectz, forcez et contraints de prendre les armes;
> qui est le moyen que Dieu nous a mis en mains contre telle vio-
> lence; et dès maintenant, après avoir invoqué le nom de Dieu
> comme bien advisezet conseillez par bonne et meure délibé-
> ration, nous avons, d'un commun accord et consentement
> libre et volontaire, promis et juré par le nom de Dieu vivant
> une association et saincte compagnie mutuelle, aux condij lions suivantes, que nous jurons et promettons devant Dieu 1 et ses anges garder inviolablement et de point en point, comme
> s'en suit, moyennant la grâce et miséricorde de Dieu, nostre 1 seule espérance.
c Premièrement, nous protestons que nous n'apportons en 1 ceste sainte alliance aucune passion particulière, ni respect
> de nos personnes, biens et honneurs; mais qu'entièrement
> nous n'avons devant les yeux que l'honneur de Dieu, la déli-
> vrance des majestez du roy et de la royne, la conservation des 1 édicts et ordonnances faites par eux, et finalement la juste
> punilion et correction des contempteurs d'icelles, et à ces 1 fins et non autres, nous jurons et promettons, chacun en son
> esgard, d'employer corps et biens et tout ce qui nous sera 1 possible, jusques à la dernière goutte de nostre sang; et du- » rera ceste présente association et alliance inviolable jusques
> à la majorité du roy; c'est assavoir jusques à ce que sa majesté
> étant en âge, ait pris en personne le gouvernement de son
> royaume, pour lors nous soubmettre à l'entière obéissance et » subjection de sa simple volonté; auquel temps nous espérons ^ luy rendre si bon compte de la dicte association (comme aussi ^ nous ferons toutes et quantes foys qu'il plaira à la royne, elle lestant en liberté), qu'on congnoistra que ce n'est point une
> ligue ou monopole défendu, mais une fidèle et droite obéissance
> pour l'urgent service et conservation de leurs majestez *.
i Les chefs associés, en témoigiiage de leur déTOuement à la couronne de
France, adoptèrent le port de la easaque et de Técharpe blanches. En ré-
« Secondement, afin que chacun entende la dicte présente » association estrefaicteavec telle intention susdite et en toute > pureté de conscience et crainte du nom de Dieu, lequel nous y> prenons pour chef et protecteur d'icelle, nous entendons et 3) jurons qu'en nostre compagnie nous ne souffrirons qu'il soit i> faict chose qui déroge aux commandemens de Dieu et du roi, D comme idolâtries et superstitions, blasphèmes, paillardises, vioi> lences, ravissemens, pilleries, brisemens d'images et saccage- 3> mens de temples, par autorité privée, et, en général, autres j> telles choses défendues de Dien ou par l'édict dernier de jan- » vier; desquelles au contraire nous pourchasserons que puniy> tion et justice soitfaicte. Et, pour estre conduits soubs l'obéis- 3> sance de la parole de Dieu, nous entendons avoir en nos cora- D pagnies de bons et fidèles ministres de la gloire de nostre y> Dieu, qui nous enseigneront sa volonté et auxquels nous pres- » terons audience telle qu'il appartient.
« Tiercement, nous nommons pour chef et conducteur de j) toute la compagnie monseigneur le prince de Condé, prince y> du sang, et partant conseiller nay, et l'un des protecteurs de s> la couronne de France; lequel nous jurons et promettons y> accompagner et luy rendre toute prompte obéissance en ce y> qui concerne le fait de ceste présente association ; nous soub- )) mettans, en cas de rébellion ou négligence, à son chastiment » et correction telle qu'il advisera; et, cas advenant que le dit j> seigneur prince par son indisposition ou autrement, ne peust y> exécuter la dite charge, celuy qui sera par luy nommé, sera » obéy et suivy entièrement comme sa propre personne; et le î> dict seigneur prince, monstrant le zèle qu'il a à la gloire de
ponse à cet hommage rendu par de vrais français à c la couleur du roi >, les triumvirs et leurs adhérents eurent Timpudence d'afficher leur asservissement au joug de Philippe II, en prenant la casaque et Técharpe rouges d'Espagne. Us osèrent môme contraindre le jeune roi de France à s'affubler f de la livrée étrangère. >
> Dieu et au service du roy, a accepté ce que dessus, promet-
> tant à toute la compagnie, qu'en toute diligence et prompti-
> tude, moyennant l'aide de Dieu, il fera vray office de chef et
> conducteur, suivant la teneur de toutes les conditions de la sus- 1 dite association.
> En quatriesme lieu, nous avons compris et associé en ce
> présent traicté d'alliance toutes les personnes du conseil du î roy, exceptez ceux qui portent armes contre leur devoir,
> pour asservir la volonté du* roy et de la royne ; lesquelles armes
> s'ils ne posent et s'ils ne se retirent, et rendent raison de leur
> faict en toute subjection et obéissance, quand il plaira à la
> royne les appeler, nous les tenons avec juste occasion pour » coulpables de lèse-majesté et perturbateurs du repos public 1 de ce royaume.
« Et pour parvenir à la fin et accomplissement de ceste dite ï> association (que nous protestons de rechef n'estre faicte que
> pour maintenir l'honneur de Dieu, le repos de ce royaume et ) Testât et liberté du roy, soubs le gouvernement de la royne sa
> mère) un chacun de nous en son esgard, depuis le plus petit
> jusques au plus grand, jurons et promettons devant Dieu et ï ses anges nous tenir prests de tout ce qui sera en nostre » pouvoir, comme d'argent, d'armes, chevaux de service, et * toutes autres choses requises, pour nous trouver au premier
> mandement du dit seigneur prince, ou autre ayant charge de ^ luy, équippez pour l'accompagner partout où il luy plaira nous ï commander, et fidèlement luy faire service pour les fins sus-
> dites, et rendre tout devoir de corps et de biens jusques au
> dernier souspir; et cas advenant qu'en quelque lieu ou endroit » de ce royaume, entendions qu'aucuns compris en ceste présente
> association,* reçoive outrage ou violence par les dessusdicts
> ou autres, contre l'édict du roy du moys de janvier dernier,*
> nous jurons et promettons tous le secourir promptement et
> nous employer à ce que tel tort soit réparé, comme si le dom-
> mage esloit particulier à un chacun de nous, et le tout seloa
> qu'il nous sera commandé par le dit seigneur prince, ou autre 3 ayant charge de luy.
« Davantaige, s'il avient, ce que Dieu ne veuille, qu'aucun de
> nousaiant oublié son devoir et son serment, eûst quelque intel- ]& ligence avec les ennemys, ou commist acte de lâcheté ou
> trahison en sorte ou manière quelconque, ou se montrast re- 3 belle à ce que dessus, nous jurons et promettons, sur la part
> que nous prétendons avoir en paradis, le révéler incontinent
> au dit sieur prince ou autre qu'il appartiendra et le tenir et
> traicter comme ennemy traistre et desloyal. Car ainsi il a esté
> accordé d'un franc et irrévocable consentement,
€ Faict, arresté et publié à Orléans, l'an de nostrc seigneur
> mil cinq cens soixante-deux, l'onzième jour d'avril. >
Bien que ce traité constituât Condé chef officiel de l'association, Coligny n'en demeurait pas moins, en fait, le chef réel. Le prince l'accepta comme tel, dès le premier moment; et dans sa loyale déférence, il ne cessa jamais de rendre hommage à la supériorité de sentimens, de vues et de caractère, qui distinguaient l'amù^al comme croyant, comme guerrier, comme homme d'Etat. Quelque tendance qu'eût celui-ci, soit au conseil, soit dans l'exercice du commandement, à laisser sa propre personnalité s'effacer devant celle de son neveu, l'opinion publique,en France et à l'étranger, assignait à chacun d'eux sa véritable place. Justement éprise des brillantes qualités et de l'indomptable courage du prince, elle s'élevait, à l'égard de l'amiral, jusqu'à l'admiration, en le voyant soutenir d'une main toujours noble et ferme, les intérêts supérieurs du parti religieux et pohtiquedont il était Tâme ^
1. f Omnia geruntur consilio admîralli hominis, ut mihi videtar, sapien- ' > tissimi et moderatissimi. Dùm eram Aureliœ, s»pè sum cum eo locutos :
> nam diligenter me interrogavit de statu renim Germanicanim et quid exis-
> timarem ipsos sibî debere promittere de Germanicis priacipibus. » (Hub.
> Langueti épistol. lib. 2, ep. 72, 19 april. 1562).
Il ne suffisait pas que le manifeste du 8 avril et l'acte d'association du 44 fussent portés à la connaissance des églises réformées, du roi, du parlement de Paris, des hauts fonctionnaires et de la population des provinces : il était opportun, qu'en outre, l'attention des cours étrangères fut appelée sur ces deux actes. Elle le fut, en effet, par l'intermédiaire d'agents sur la capacité et la fidélité desquels Coligny et Condé se reposaient. Tels étaient notamment deux gentilshommes qu'ils envoyèrent en Allemagne, et Séchelles, Téligny, d'Erlach, qu'ils chargèrent de se rendre, le premier en Angleterre, le second en Savoie, le troisième en Suisse.
Arrêtons-nous, quelques instants, à la mission dont chacun de ces agents devait s'acquitter, et à certains faits qui s'y rattachèrent.
Le plus caractéristique de tous fut l'énergie que déploya l'amiral pour faire circonscrire la portée de cette mission dans de justes limites. Alors que ses compagnons voulaient qu'elle s'étendit à un appel immédiat de troupes étrangères, il les ramena, par l'ascendant de son patriotisme à une appréciation désintéressée de leurs devoirs envers la France, et, par cela même; à cette solution : que, dans l'état actuel des circonstances, les agents se borneraient à provoquer en faveur de la réforme française, illégalement attaquée, et de la royauté asservie, l'intérêt et la médiation officieuse des. souverains auxquels ils s'adresseraient.
Cette salutaire prépondérance de l'opinion de l'amiral sur celle de ses collègues, au sein du conseil qui assistait le prince de Condé, se manifesta, pour la première fois, à l'occasion de l'envoi d'agents en Allemagne. <t Le prince de Condé, dit sur ce > point un homme qui avait avec lui et l'amiral des rapports ^ quotidien^ à Orléans* , combien que dès le 40 avril, il eust
i. Bèze, hist eccL t. II, p. 35, 36,
> escrit aux très illustres princes comte Palatin et duc de Saxe
> électeurs, ducs des Deux-Ponts et de Wittembei^, au Land- 3 grave de Hesse, marquis Charles de Baden, et depuis encore
> à la sacrée majesté de l'empereur Ferdinand, les advertissant
> à la vérité du poure estât de France ef des causes de ces
> troubles, pour les supplier d'y remédier de leur part * , assem- » bla toutesfois son conseil pour adviser de plus près à celte
> affaire. Plusieurs et quasi tous concluoient qu'il falloit de-
> mander un prompt et suffisant secours aux princes d'Allema- » gne : V amiral leur rompit cette délibération^ disant qu'il
> aimeroit mieux mourir que consentir que ceux de la religion
> fussent les premiers à faire venir les forces étrangères en
> France. Et pourtant fut arresté qu'on en voyeroit deux gen- » lilshommes en Allemagne, seulement pour faire voir à l'œil et y> comme toucher au doigt les causes de ceste guerre, en respon- ]& dant aux calomnies des ennemis, et requérant les susdits » princes, comme anciens amis de la couronne de France, d'en-
> voyer ambassadeurs pour traiter de la paix, à ce que, durant » la minorité du roy, tant de sang chrestien ne fust respandu et » un si florissant royaume ne se consumast soy mesme. Telle fut D lors la résolution du conseil ; mais, le jour d'après, toutes 3> choses encore mieux examinées, il fut adjouslé à la commis-
> sion des deux dessusdits, qu'ils ne bougeraient d'Allemagne
> jusque à ce qu'il y eut paix et. que Testât des affaires mons-
1. Coudé terminait son message du 10 avril aux princes Allemands, par ces mots qui élevaient, en quelque sorte, au niveau de sa propre situation, celle de son neveu par alliance, Antoine' de Croy : cje vous supplie autant aflfectueu-
> sèment qu'il m*est possible, vouloir, à ce coup, démontrer au roy, à la j reyne, et à tous les fidèles de ce royaume l'effet de vos bonnes intentions. » suivant ce que chacun s*est toujours promis et assuré de vous, ainsi que
> plus particulièrement et amplement ce mien gentilhomme, présent porteur,
> vous fera entendre, tant de ma part que de celle de mon nepveu, monsieur
> le prince de Porlfen, lequel, s'il vous plaist, vous tiendrez pour excusé si
> luy mesme ne vous escrit, estant pour ceste heure détenu par maladie. » {Mém. de Condé, 1. 111, p. 254, 255).
— /i — i> trast s'il estoit requis d'appeler les Alemans au secours, sur ^ quoy on leur envoyeroit nouvelles instructions et tout pouvoir. i> Ainsi partirent les deux députés. »
Il était dit dans les instructions qui leur furent alors remises * :
« Sera remonstré le piteux estât auquel est à présent ce
> royaulme estants le roy et la royne sa mère captifz; laquelle
> captivité et aultres causes amplement narrées en la protesta- » lions cy présentée, ont esmeu et contrainct messeigneurs les » princes de Condéet de Porcien, messieurs Tadmiral, d'Any> delot, Soubize, Genly, Piennes et Rohan, à prendre les armes, :^ avec plusieurs, tant chevaliers de l'ordre, capitaines, gentilsi> hommes, que aultres de toutes qualités, pour rendre, au bei> soing, le debvoir que bons et loyaulx subjects doibvent à leur ]& prince naturel, duquel la cause et calamité se rend d'aultant » plus recommandable, qu'il est en fort bas aage qui le rend :» incapable de pouvoir donner ordre luy mesme. — Ont esté » advertis les dicts seigneurs que leurs ennemys sentans leur » entreprinseestre condamnée par la pluspart de ce dict royaulme, i ont soubz le nom et authorité du roy, envoyé lever gens de D guerre en Allemaigne, pour se maintenir en leur tyrannie : j> parquoy cognoissans bien de quelle importance pourroit estre :» la venue des estrangiers en ce dict royaulme, avec force et 3 main armée, ilz supplient l'Excellence de messeigneurs les 3) princes d'Allemaigne, anciens amys et confédérés de la cou- 3> ronne de France, vouloir empescher par toutes voyes et ma- » nières doues, que telle chose ne se face ^ , au grand préjudice
\. Mém. de Condé, t. III, p, 271.
2. € Two noblemen bas been sent by Ihe prince of Condé to ihe protestant
> princes, to induce tbem to prevent aid being sent from them to the Guises.
> They were received ai Heidelberg by the palatine, and iheir request was
> readly granled... The princes take good care tJiat no soldiers go out of 1 Germany... The Lantgrave lately aiTested an officer of cavalry" \vho was 1 secretly enlisttng horsemen in Hesse, and wo said that he was doing so for
> du roy leur voisin et bon amy, qui pourra recognoi^re le se-
> cours et bienfaict, quelque jour, estant venu en aage. Et si D lesdits seigneurs, princes de la Germanie trouvoient bon » d'envoyer ambassadeurs notables à la court, pour paciffier y> les grands troubles qui sont en ce royaume, mesdits seigneurs » princes de Condé et de Porcien, messieurs Tadmiral, d'Andey> lot, Soubize, Genly, Piennes, Rohan, et autres en seront » très aises; et supplient leurs Excellences de ce faire, comme » ceulx qui ne désirent rien tant, après l'honneur de Dieu et de ^ la liberté du roy et de la royne, que le repos public d'iceluy. >
L'agent envoyé en Angleterre fut de Séchelles, gentilhomme profondément dévoué à la cause de la réforme, pour laquelle il avait beaucoup souffert * .
Coligny l'appuya auprès du premier ministre d'Elisabeth, par une lettre du 11 avril, portant en substance^ : « Le prince de 1^ Condé dépesche le sieur de Séchelles vers la royne d'Angleterre, y> pour lui faire entendre les légitimes et nécessaires occasions » qui Tout contraint de venir en ce lieu (Orléans), avec ceux 2> de sa compagnie, pour maintenir l'honneur de Dieu, la liberté » et autorité de la royne contre la violence de ceux qui tiennent y> leurs majestez environnées de leurs armes et réduites en y> une honteuse captivité, et avec cela veulent exterminer tous » ceux qui désirent purement servir Dieu. — Il m'a semblé, . > ajoutait l'amiral, ne devoir faillir ceste occasion d'escrire » pour vous prier de faire tous les bons offices qu'il vous sera
> Rockendorf, oneof Guise's party... Thé duke of Wurtemberg also lakescare
> Ihat no volunleers shall march Ihrough Montbeliard into France, etc., etc. > Mundt to cecil. 3 mai 156:2 Calend of slale pap, foreign).
i. Throckmorton to the queen, 2iapr. 1562 {Calend. ofstatepap. foreign : € M. de Séchelles is one of the kings's privy chamber. He is of a great house
> iu Picardy, and bas suîfered persécution for hiszeal in religion... Tbis gentle- 1 man bas letters to some of the Lords of the council from the prince and the
> admirai. — Ibid. Throckmorton to Cecil, 24 april. 1562.
2. Record office, statepap. France, vol. XXVUl.— De Laferrière. le xvfsiécle et les Valois. Paris', 1879, in-8. p. 66.
1 possible vers sa majesté pour favoriser la cause de Dieu que 1 nous soustenons, comme nous l'attendons de votre vertu et » piété* . 3) ,
Actif instrument d'une politique d'intervention intéressée, qu'Elisabeth inaugura ^ , dans ses rapports avec la France, et même avec les réformés, sans jamais s'en départir ultérieurement, Throckmorton insista, en correspondant avec son gouvernement, sur les avantages pouvant résulter, pour l'Angleterre, de faccueil favorable qui serait fait à de Sechelles. Le plus grand de ces avantages consistait, selon lui, dans la chance d'occupation amiable par les forces britanniqiies, d'un ou de plusieurs points du territoire français, en échange du secoui's que ces forces apporteraient aux réformés ; chance qu'il fallait se ménager soigneusement. Throckmorton se prononça nettement sur ce sujet, vis-à-vis de Gécil, dans l'une de ses plus importantes dépêches.
c 11 peut arriver, lui écrivit-il, le 17 avril ^\ que sa majesté » puisse faire ^on profit de ces troubles, comme le roi d'Espâ-
> gne fait et se propose de faire. Car si ceux d'ici et le duc de
1. V. aussi Brit. mas. add. 4 160 : c Uottomanas magnifico et spectatissimo viro
> Domino Cecilio, magno Angliae CanceUario. Aureliis, 13 apr. 1562. — Magni-
> fice Domine, nobilis hic vobis,ul opinor, non ignotus, domiiiusde Sechelles
> niittitur ab illustriss principe. Coadensi et caeteris proceribus <|ui hùc in
> armis convenenint, ad serenissimam reginam vestram, ut ipsius majestati
> eipooatpartimchristianissimi régis et reginse matris suaBcaptivitateni,partim
> ecclesiarum nostrarum calamilatera et pericula... Et quia scio magnifî-
> centiam vestram optinio ergà ecclesîas nostra^ animo semper fuisse, opti*
> mèqué ellam régis nostri pueritias eonsullum esse capere,officionieo déesse
> noiui, et banc tui rogandi occasionem prœtermiUere ut pro éâ gratiâ atque
> aucloritate quà pluriinùm apud serenissimam majestatem reginœ vestrae
> polies, causam banc nostram commendatam habeas, neque sinas nos his
> taotis œrumnis et calamitatibus quœ sine dubio nobis impendent opprimi. » 1 Un écrivain anglais (M. Stevenson, Calend. of State pap, foreign, 1861,
> 1862, introd.) nous paraît avoir judicieusement caractérisé la politique d'Éli-
> sabeth, à cette époque, en ce peu de mots : c A covert interférence iti the
> affairs of foreign states, for the purpose of exciting internai disturbances. > 3. State paper office. — Hisl. des princes de Gondé, t. I, p. 35i, 355.
» Savoie viennent à se jeter de son côté, sa majesté la reine ne 3> doit pas rester oisive ni être prête la dernière. Je sais assii- 3> rément que le roi d'Espagne tient l'œil ouvert e[ manœuvre j> pour mettre le pied dans Calais. Il faut, de notre côté, pta- » tiquer et flatter nos amis les protestans de ce pays. Dans le j> cas où le duc de Guise, le connétable, le maréchal de Sainty> André, et toute cette secte penseraient comme je le crains, » à faire entrer le roi d'Espagne dans ce pays et à le mettre en » possession de quelque port et forteresse, il faudrait alors que » les protestans, soit pour leur propre sûreté et défense, soit » par dépit et désir de vengeance, ou par bon vouloir et affec- » tion pour sa majesté la reine et sa religion, pussent être » poussés et amenés à mettre sa majesté la reine en possession y> de Calais, Dieppe ou le Havre, des trois places ensemble si 3> on peut, ou au moins d'une des trois, n'importe laquelle, » pourvu que nous l'ayons. Mais cette question ne doit être tou« » chée ni directement, ni indirectement avec aucun d'eux ou de ))' leurs ministres, quel que soit celui qui viendpa traiter avec » vous, parce que l'occasion s'en présentera plus naturellement » et convenablement d'elle-même lorsqu'ils nous demanderont 3> assistance, soit d'argent, soit d'appui, et le plus à propos y> quand le prince de Condé et les protestans s'appercevront » que les papistes pensent à introduire les étrangers dans ce » royaume, et à donner un intérêt au roi d'Espagne dans toutes » les afl'aires. J'aimerais ^ieux que cela se passât de cette raa- » nière, que le prince où les protestans off^rissent à sa majesté y> rentrée ou la possession d'une de leurs places, et que la de- » mande ne vint pas de nous. Sou venez- vous, je vous prie, 3) quel bien les discrets et sincères procédés de sa majesté ont :& fait en Ecosse. Or, nous avons cet avantage, que nous aurons » affaire à des gens vrais et fidèles, je veux dire les protestans, et y> nos adversaires à des gens doubles et rusés, je veux dire les paj> pistes. — Je pense qu'avant peu un gentilhomme de gi*and bré-
> dit, trèshonnête, qui vous connaît bien, sera envoyé à sa ma-
> jesté la reine par le prince de Condé, Tamiral et M. d'Andelot,
> et aura commission et instructions pour traiter avec sa majesté 1 la reine plus à fond sur ces matières. Il faut que vous son-
> giez où vous pourrez le recevoir secrètement quand il arrivera
> pour qu'il puisse ainsi faire son affaire, car elle doit être tenue
> secrète. Harry Myddlemore, à son arrivée, vous en donnera
> connaissance, c'est un gentilhomme de la chambre du roi, et 1 le même que Tévêque d'Orléans et M. de Cy demandèrent h
> la reine Marie d'envoyer au roi de France ; il était alors réfu- 1 gié en Angleterre pour cause de religion. Sir Peter Meantes
> l'avait recueilli lorsqu'on faisait des perquisitions dans Lon-
> dres pour le trouver. Il pourra vous dire son nom, mais il 1 dit qu'il a de bonnes raisons pour connaître le vôtre. y>
Throckmorton, lorsqu'il expédia cette dépêche, songeait à se rendre à Orléans. Coligny, voulant obvier aux difficultés que la présence de l'ambassadeur d'Angleterre dans cette ville n'eût pas manqué de créer, lui écrivit, le 24 avril* : <c Mon-
> sieur, j'ay reçue la lettre que m'avez escripte par ce gentil-
> homme, présent porteur, par laquelle j'ay esté bien aise d'en-
> tendre que vous n'ayez pas pris la peine de venir en ce lieu,
> tant parceque je sçay bien que vous estes nécessaire là où
> vous estes, que aussy parceque vostre venue eùst engendré
> une trop grande jalousie non seulement contre nous mais
> aussy contre la royne vostre maistresse, que nous ne doutons 1 point avoir très grand zèle et dévotion au service de Dieu et
> à l'advancement de sa gloire, comme par toutes ses actions 1 et ses bons effectz elle a tousjours faict paroistre. y>
La mission à remplir auprès du duc de Savoie fut confiée à un jeune homme, éminemment distingué, Charles de Téligny, dont
i. Calend. of StcUe pap. foreign. — De Laferrière, le xvi® siècle et les Valois, p. 61.
Il G
le nom detneure indissolublement uni, dans lliistCHre, à celai de TaniraL
Fils de Louis de Téligny et d'Arétuse Vernon, cousiifê de la maréchale de Ghâtillon, Charles se trouva placé, dès sa plus tendre jeunesse, sous le bienveillant patronage de Goiigny, qui portait à son petit cousin une affection particulière, tant celui-ci c estoit de douce nature^ i>. L'amiral présida à son éducation, favorisa son développement religieux, et, tout en lui frayant la carrière des armes, l'initia à la connaissance des affaires publiques, au contact desquelles il devait, dans de graves circonstances, se signaler, à titre d'habile et loyal négociateur. Formé à une école aussi saine et fortifiante que celle de son généreux protecteur, Charles de Téligny dut au crédit de celui-ci d'être introduit à la cour et d'y obtenir, à une époque de peu antérieure à l'année 4562, le titre de gentilhomme de la chambre du roi, auquel il associa bientôt le grade de lieutenant dans la ccHupagnie de Goligny.
L'efficacité de la direction imprimée par l'amiral à son filial élève est attestée par un contemporain * en ces termes : « M. de Téligny (Charles), s'estoit rendu un si accompli jeune i> gentilhomme et en lettres et en armes, que peu de sa volée y » a-il eu qui l'ont surpassé; et fût parvenu en grades, comme j> plusieurs de ses compagnons, sans qu'il se mit des plus avant ]» en la religion réformée : et pourtant ce fut tout son plus grand i> bien, car encore qu'il fust fort honneste homme, M. l'admirai i> le voyant tel, le prist en main et l'enseigna si bien, qu'il de- 3 vint un très bon maistre passé en tous affaires, tant de guerre
> que de Testât > Ce témoignage est confirmé par celui d'un
> autre écrivain catholique : « Entre plusieurs seigneurs de y> France qui se signalèrent dans le party de la religion, dit le
1. Mémoires de Testât de France sous Charles IX. lii-8% Middelbourg, 1576, 1. 1, p. 39G.
± Brantôme, éd. L. Lai., t. II, p. 420.
3 Laboureur * , il n'y en eut pas un qui méritast plus d'estime
> que Charles s* de Théligny, pour estre le cavalier le plus Y accompli en toutes les qualités nécessaires pour la cour et 3 pour les armes. II avoit, avec le bonheur d'une valeur hé- » réditaire, le don d'une prudence et d'une expression si forte et
> si agréable tout ensemble, qu'il estoitle mercure de Testât et
> le perpétuel négociateur de tous les traités de paix. Le prince
> de Condé et Tadmiral, ausquels il avoit l'honneur d'estre allié, 1 luy confioient tous leurs intérêts, et la royne le voyoit de bon
> œil et l'escoutoit très volontiers comme celuy qu'elle sçavoil 5 estre fort sage et fort éloigné encore des conseils violens. > De Thou * parle de Charles de Téligny comme d'un jeune € homme en qui se trouvaient les qualités les plus estimables,
> et qui joignait beaucoup de valeur à une naissance illustre ». L'auteur d'une émouvante narration ^ mentionne « sa beauté, sa ]> bonne grâce et son savoir ». J. de Serres * le qualifie c de
> gentilhomme bien prudent et advisé y> ; Davila ^, de « jeune
> homme politique et pénétrant » ; Brantôme ^ <t de sage et brave
> gentilhomme qui estoit bien accomply de toutes vertus » ; l'auteur d'intéressants mémoires "^ , <t de gentilhomme fort
> aimé de tous, pour beaucoup de vertus qui le rendoient ad- . 1 mirable, etchéry du roy mesme entre tous autres gentilshom-
1 mes français ® >•