Troino, Archivio générale de! regno
» ainsi que le s' de Telligny, lequel j'ay expressément choisy et » prié pour le vous aller faire entendre, vous pourra plus am-
> plement discourir, vous suppliant très humblement me faire » cest honneur de croire ce*qu'il vous en dira de ma part comme » feriez moy-mesmes. »
Téligny était muni d'instructioqs* dont voici les principaux passages :
> Fera le dit Téligny entendre au dit s' duc (de Savoie) que le » dit S' prince, ayant bien entendu que les s" de Guyse, connes- )> table, mareschal s' André et autres de leur conspiration, qui j> dès leur naissance ont assez démonstré avoir conjuré toute
> autre chose en leurs esprits que le bien et repos de ce royaul-
> me, ayans puis naguères usurpé d'une audace intolérable avec » force et violence contre le roy et la royne, lesquelz ils tiennent ^ environnez de leurs armes et réduitz en une indigne et hon-
> teuse captivité, ont jà commencé soubz le nom etauthorité de
> leurs majestez dont ilz abusent et de la facilité du roy de
> Navarre, de prévenir et remplir les oreilles du dit s' duc de » plusieurs calomnies, à rencontre du dit s' prince, il a, à ceste
> cause, bien voulu esclaircir le dit s' duc et le tenir adverly
> des bonnes, légitimes et nécessaires occasions qui Font con- » Irainct, pour le rang et dignité qu'il tient en ce royaume,
> estant de la maison de France et l'ung des premiers princes
> du sang, de s'opposer à leur tyrannie et s'employer de tout
> son pouvoir pour la conservation de cet estât, pour le service
> et liberté de leurs majestez et pour la défense de leurs subï jectz. — Entrera, à ce propos , au discours des violences » et estranges déportements desdits sieurs de Guyse..., déduira
> amplement la cruauté faite à Vassy et le sang respandu des
> femmes et pauvres enfans innocents...; la belle entrée de » tous les dessusdicts à Paris, à armes descouvertes...; n'ou-
1. Instructions da H avril 156i (Bibl, nat., mss. f. fr., vol. 10 190).
> bliera aussi à représenter la honteuse captivité de leurs dites s> majestez, le saisissement de leurs pei^sonnes, les logis que
> depuis on leur a faictz, les larmes du roy et la forme de son
> entrée à Paris, non auparavant ouye ne accoustumée, la façon i> dont ilz ont intimidé le conseil du roy... fera entendre que » le nombre des seigneurs, gentilzhommes et soldatz qui sont 3) en la compagnie dudit sieur prince, desplaisans de telles vio-
> lences et outrages faits à leurs majestez, est, grâces à Dieu, » si grand qu'ilz n'ont de besoing d'employer pour cest effect » Tayde d'aucun prince estranger; mais bien veull ledit sieur i> prince faire cognoistre par toute la chrestienté, mesme à y> l'endroit dudit sieur duc, sa bonne et juste querelle et inten- » tion et la justice de cette cause ; ensemble veult bien prier y> et conjurer ledit sieur duc pour l'affinité du sang dont luy et y> madame de Savoye touchent à la maison de France, de faire T> tous les bons offices qui luy sera possible pour garantir les » faibles ans de sa majesté de toute injure et de la violence de 2> ses propices subjectz. d
La gravité de la mission conférée par de telles instructions supposait chez celui qui en était investi de hautes aptitudes : telles étaient, en réalité, celles de Charles de Téligny, dès son début dans la voie des négociations.
Au moment même où il était envoyé à la cour de Savoie, un autre jeune homme, de l'une des premières familles de la Suisse, d'Erlach, que l'amiral avait paternellement accueilli et longtemps maintenu sous son toit \ était chargé de porter aux cantons évangéliques un message des chefs réformés *, dont ceuxci confirmaient, peu après, la teneur par des lettres ^ analogues
1 Coligny écrivait à son sujet c aux magnifiques seigneurs les syndics et ) advoyer de Berne : Je l'ay nourry longtemps et il donne espérance de faire » quelque jour, quelque bon fruit, à vostre contentement et de ceux à qui il
> appartient. » (Lettre dui5 avril 1563, Archives de Berne, Fl^nkreich, vol. 1.)