‹ Gaspard de ColignyChapitre 29 sur 226 · Ardiives nationales de France, K. ii · texte numérisé non relu

Ardiives nationales de France, K. ii

» avons de la continuation de sa bonne et saincte volonté, nous y> debvons avec grande occasion espérer de voir bientost en ce » dict royaulme toutes choses en repos et tranquillité ; ne vou- 3> lant aussi, sire, faillir de vous dire, que par les propoz que » sa dicte majesté nous a tenuz et ce qu'elle nous a déclai^é des » choses passées, nous avons certain tesmoignage qu'avec bien y> grand regret elle a jusques icy différé l'exécution de ce qu'elle » ha toujours plus que nulle autre chose désiré. Sire, après avoir i> présenté nos très humbles recommandations à la bonne grâce y> de Vostre Majesté, nous supplions le créateur lui donner en 3> parfaite santé très longue et très heureuse vye. De Paris, ce » xxf jour d'avril 1562, vos très humbles et très obéissans » serviteurs, François de Lorraine, Montmorency, Saint-André. » — Monseigneur, avecques l'assurance de ces seigneurs qui y> vous escrivent, j'ay bien vouUu vous tesmoigner pour vérité y> le contenu en ceste lettre comme celluy qui a la principale )) connaissance et des elTects et de.l'intention d'iceulx. Vostre y> très humble et très obéissant serviteur, Antoine. »

L'attitude des puissances étrangères auxquelles s'adressaient alors les communications et les démarches des réformés français et des chefs catholiques empruntant le nom du roi ou celui de Catherine, se diversifiait vis-à-vis des uns et des autres.

Philippe II, le duc de Savoie, la papauté, et quelques États d'Italie, applaudissant aux excès commis par le triumvirat et ses suppôts, se montraient, divers documents en font foi, prêts à saisir l'occasion de lancer des troupes sur le territoire français pour y concourir à l'extermination des hérétiques.

En Allemagne, a: les princes protestans étaient tellement y> abreuvés des bruits que le triumvirat avait fait courir, qu'ils y> ne vouloient entendre à donner secours ; bien accordoient-ils i> d'envoyer ambassadeurs en France pour traiter de la paix ; et y> s'il leur apparoissoit que le roy et la reyne fussent captifs, 3) comme on disait, alors ils adviseroient à tous nouveaux

) moyens de procéder. Suyvanl doncques celte conclusion,

> un gentilhomme fut dépêché par eux à la cour afin d'obtenir

> passeport pour leurs ambassadeurs ; mais il fut tellement j promené et entretenu, que tout cela s'en alla en fumée *. y>

En Suisse, les cantons évangéliques, quelle que fût leur sympathie pour les réformés français, croyaient ne pouvoir rien faire de plus en leur faveur que mettre obstacle, en ce qui dépendait d'eux, aux levées provoquées, sous le nom du roi de France, par les triumvirs. Les appréciations de ces cantons sur ce point se reflètent dans ces lignes ^ adressées, le 20 avril, aux magistrats de Genève par l'avoyer et le conseil de Berne :

it Nobles, magniffîcques seigneurs, singuliers amys, très » chers et féaulx combourgeois, à vostre bonne grâce très ) affectueusement nous recommandons. Nous avons entendu » le contenu de voz lettres et de mesmes la charge du commis ï de M. le prince de Condé et les pièces qu'ils nous a présenté

> de la part de Son Excellence, contenant en -soubstance trois » poincls sur lesquelz avons deslayé lui faire responce jus- » quesad ce que noz alliez de Zurich, Basle, Schaffouze et

> Saint- Gall (aulxquelz la charge dudict commis est adressée ï comme à nous) se seront déclairés de leur intention. Cepen- » dant et sans vous cacher la nostre (synon que la résolution

> de noz ditz alliez nous face changer propos) délibérons faire

> responce, quant au premier chef, de prier Dieu pour la con- ) servation de ses églises affligées, nous y avons desjà donné

1. Bèze, Hist, eccLy t. II, p. 82. — < The eleclor palatine, the dukes of Wur-

> lemberg and Neuburg, the Landgrave, and Charles marquis of Baden will

> scnd an embassy into France in the name of the protestant princes to allay the

> dksentions there, and to ask that thesame Hberty of religion may be allowed

> as was granted by the edict of january. The envoys will assemble hère by the y 8of june. > Mandt to Cecil. Strasburg, 19 mai 1562 {Calend, of State pap. foreign). — Mundtto Cecil, 23 juin 1562, ibid.

2. Archives de la ville de Genève, no 1716. — Voy. aussi une lettre deBullinger à Calvin, du 3 mai 1562 (Op. Galvini, vol. 19, p. 401 à 403, n« 3781).

1 ordre et le ferons dâdvantage. Quant est de ne favoriser aux

> adversaires et ne leur donner passage, nous avons faict très

> estroictes deffences à nos subjectz de se laisser persuader i> d'aller au service d'aulcun prince ny cappitaine sans nostre

> commandement, et qu'empescherons tant que possible nous

> sera les esmotions de nos alliez qui sont suspects de volonté

> contraire. Touchant le tiers point, de l'ayde et assistance » requise par ceulx de nostre religion en France, nostre j excuse est telle et sy raisonnable que nous espérons que Son

> Excellence s'en contentera, assçavoir est que la grande dîs- * tance et incommodité de passages, les troubles mesmes qui

> pour le jourdhuy sont en ce pays des Ligues, à cause de la

> religion, et mesmes les dangiers à présumer du costé de mon- 1 sieur de Savoye nous gardent et empeschent de gratifier à

> Son Excellence, attendu, comme dict est, les factions et

> craintes assez apparentes de quelques troubles domestiques, t priant Son Excellence de prendre nostre excuse en bonne part, » et se contenter de la très bonne affection qu'avons à la pros-

> périté du royaulme de France en général, et de son estât, en

> particulier, imputant aux difficultés du temps ce qu'en nostre

> endroict deffisiut à son contentement. >

Lorsque, quelques jours plus tard, se discuta, dans une assemblée extraordinairement convoquée à Soleure, la question d'une levée de nombreuses enseignes, que réclamaient, au nom du roi de France, Frœlich et Pasquier *, dont la ténacité contrastait avec les vues modérées et pacifiques de l'ambassadeur Coignet ^ les représentants des cantons évangéliques appuyèrent les agents de Condé dans leur opposition à la levée dont il s'agissait, c II y en eut, en ceste journée (de Soleure), qui rc- 3 monstrèrent de la part du prince que ce que les ligues mal

> informées penseroient faire pour le roy et sa couronne serait

i, Béze, Eist. eecLy t. H, p. 81.

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