‹ Gaspard de ColignyChapitre 30 sur 226 · Id., Ibid · texte numérisé non relu

Id., Ibid

> tout au contraire, requérant que, s'ils doublaient de la jus-

> tice et bonne cause que maintenoit le prince pour le bien du » roy et du royaume, outre ce qu'on leur en feroit apparoir par » les propres lettres de la royne et par gens dignes de foy, il 1 leur pleust envoyer de leurs députés en France, aux despens

> du prince, pour en savoir la vérité sur les lieux. Davantage les

> ambassadeurs des cantons de Zurich, Berne, Bâle, Schaffoaze,

> Claris et Appenzel leur remonstrèrent qu'il falloit plutost

> esteindre le feu qu'y mettre du boys ; mais Frœlich, voulant

> tenir la promesse qu'il avoit faite inconsidérémment, à savoir

> de faire incontinent ceste levée, et les persuasions dont usèrent

> les ambassadeurs du pape et du roy d'Espagne donnèrent à

> entendre aux cantons de Lucerne, Uri, Schwiz, Underwalden lelZug que leur repos et grandeur dépendoit de la défaite

> des huguenotz en France, comme ils les appeloient, empes- ^ ch^'ent le fruit de ces remonstrances K 3

1. Bèie, flM^ ecd^ t. II, p. 81. Zerkintes Cahiho, ^ april. i56â (Op. CaJvini, ?oJ. 19, p. 394, n» 3775). — Bullingerus Calvino, 20 april. 156!2 (Ibid., p. 393, n« 3774) : < Legatus Solodori (Coignel) omnem movet lapidem ne Hel-

> ïetii miltant milites ad occidendum, sed paciûcatores ad pacem componen-

> dam. Quin tamen régis nomine jabetur railitem postuJare a legatis Helveticis

> qui conrenient 26 aprilis, non potest régis Ikeras epprimere , maxime qaùm

> Frœlicbius missus ex au! à mirifk^é satagat et mittat per cantones, horteturque

> Ht fiestinest Coignetius hâc in re suspectus mihi non est. > — Bullingerus

Galfino 23 april. i56â(lbld.,p. 395» no3776) : c Scribe. Basiliam, Scbaffuziom,

> sangallom et ad Rhœtos. Hortor, obstent ne concedatur postulatis regiis i. I Guisianis miles. Commnnico illis omnia qu» aecepi commonkanda. Theobal-

> doft ab Erlacbs Bernas hùc non venit. Sed magistratus Bernensis scripsit ad

> amplissinum senatum urbis hujus, communicant invicem consilia , ac satis

> certo scio iUos in hoc consentire ut impediant Frœlichii consilium. Festinat is

> et cupit miiitem abducere Guisianis et conjuratis. i ^^ Bullingerus Calvino, 12 maii 1562 (Ibid., p. 400, no 3784) : < D. Coignetius literas nostras optime

> carat. Is etiam se optime in hâc oausà gessit et gerit adhuc, régi et condensi

> fidelis. Qood fadtjussus literis adulterinis ac Guisianis frigide facit qui-

> dam arbitrantur omninô legionem ducendam fore. Ita urget et satagit Fra^-

> chius capilanens, quo nomise invisissimus est Goîgnetio. *Ac dickur Fi*œlichio 1 diziase, meminerit benafidorum acceptorum ex GalMa, et qood Navarreos,

> Conestabilis, Guisius et mareschaldus (Saini-André) non sini (iallia, Md

L'Angleterre, quoique portée autant par calcul que par sympathie religieuse en faveur des réformés français, se contenait, pour le moment, dans les limites de la réserve et de l'expectative; se bornant à adresser, ici au gouvernement, là à Condé et à ses compagnons, des conseils et des vœux tendant à l'apaisement des troubles qui agitaient alors la France * :

Coligny, entrant sur ce point en relation directe avec Elisabeth, dont il ignorait les secrets desseins, lui expédia d'Orléans, le 20 mai 1562, une lettre- portant, en substance, ce qui suit : « L'amiral a vu la bonne volonté qu'a j> laroyne d'Angleterre d'apaiser les troubles de ce royaume » et la bonne démonstration qu'elle fait pour le roy et pour j) ceux qui sont icy. De leur costé, ils n'ont tendu à autre » but qu'à voir le repos establi en ce royaume, comme on ]^ a pu clairement en juger par le manifeste du prince de y> Condé. Tant s'en faut pour lui qu'il ne recherche les moyens i> de pacification, que tout le monde sçait à quel debvoir il » s'est tousjours mié ; mais de tant plus on a essaie de faciliter y> les choses, de tant moins ceux qui en sont les autheurs y

» potior pars sit ex parte ad versa. » — Bullingerus Câlvino, 18 maii 1562 (Ibid. p. 409, no 3791) : < Legatas Goignetius graviter conqueritur de Frôli-

> chio. Is unicè urget hoc negotiani. Scriptae sunt in aulam litterae Soloduro,

> quibus accusatur legatus quasi ipse impediverit quomious hactenùs miles

> missus sit. At dicit spe bonâ ipsum sustentari et expectare auxiliarem dei

> maniim. Proderit si scriptis lileris coofirmaveris ipsum, quod et ego facio. » — Bullingerus Calvino 5junii 1562 (Ibid., p. 429, n» 3 799) : c. Audio ipsi coig-

> nitio malum strui ingens. Si vicerit Guysius, quod avertat potens Dei nostri » manus, factum erit cùm coignetio. >

1. Voy.: l'histructions for sir Henry Sidney, 28 avril 1562 {Calend. of State pap. foreign), — 2° Sidney and Throckraorton to Ihe queen, 8 mai 1562. {Ibid.), — 3o Throckmbrlon to Gecil, 8 mai 1562 {Ibid,). — 4» The queen to Throckmorlon and Sidney, 10 mai 1562 {Ibid.), — • 5» The queen to the prince of Gondé, 10 mai 1562 (Ibid.), — 6» The queen to the Admirai, 10 mai 1562 ilbid.).

2. Record office, StcUee papers, France, vol. 22, — De Laferrière, le xvi« Siècle et les Valois, p. 68-69. - Voy. aussi une lettre de Goligny à Throckmorlon, du 30 mai 1562 {Calend. of State pap. foreign).

> ont voulu entendre. Il remercie la royne de ses bons offices 1 pour la pacification et l'engage à y persévérer. »

Des faits qui viennent d'être sommairement retracés résulte la preuve d'une position nettement prise dès le début par Condé et par les chefs réformés, en France vis-à-vis de leurs coreligionnaires et à l'étranger vis-à-vis des puissances, dont les unes leur étaient hostiles, et les autres, tout en inclinant Tsrs eux, ne leur assuraient cependant encore aucun concours direct.

A la netteté de la position ainsi prise devait correspondre le sérieux des efforts à faire pour la consolider. Ces efforts furent simultanément dirigés en un double sens : ils tendirent . d'un côté à l'accroissement et à l'organisation des forces nécessaires au succès de la défense entreprise, et de l'autre à l'élimination des entraves au moyen desquelles les adversaires espéraient retarder la mise en jeu de ces forces et même les paralyser.

Et d'abord, en ce qui concernait l'accroissement de leurs forces, les chefs réformés adjoignirent en quelques semaines, aux gens de guerre qu'ils avaient amenés à Orléans, les contingents que leur fournirent diverses localités voisines de cette ville et plusieurs* provinces. Ils réunirent des approvisionnements,des munitions, et obtinrent, çà et là, des Églises certains subsides, à l'insuffisance desquels quelques-uns d'entre eux cherchèrent à remédier par les prélèvements volontaires qu'ils firent sur leur propre fortune. Il était difficile, du reste, que cette source spéciale d'allocations se renouvelât, à raison, tant de la perte désormais inévitable des émoluments attachés à leurs fonctions ou dignités, que de la saisie imminente de leurs revenus et du fond même de leurs biens par le gouvernement, qui les désavouait.

Au surplus, la réunion à Orléans d'un effectif de quelques milliers d'hommes généralement aguerris constituait déjà dans

les pramiers jours de mai mi noyau de forces d'autant [dos consistant, que son organisatkm, due en grande partie à l'amiral, s'appuyait sur la fermeté d'une discipline à la fois militaire et religieuse ^ De là «ette observation fort juste de de Lanoue^ : € Il faut entendre que si M. le prince de Ckmdé » se feust trouvé alors avec peu de forces, il eust esté accablé <m » assiégé. Mais quand on vit qu'il estoit puissant pour tenir la j> campagne en sujétion et qu'il parloit un langage aussi brave y> à ses adversaires que doux au roy, on ne le pressa pas beaii- » coup, et par ce moyen il eût temps de se prévaloir de plu- > sieurs choses. Voilà le profit qui lui revint de s'estre trou^ » fort, au commencement. »

Les réformés, dans les provinces, se montrèrent en ce qui . dépendait d'eux ses imitateurs.

La nouvelle du massacre de Yassy, promptement répandue d'une extrémité de la France à Tautre, avait été partout le point de départ d'une série d'entraves apportées aux réunions religieuses et de persécutions exercées au mépris, de l'édit de janvier, par la partie fanatique des sectateurs du catholicisme ^ . Sous le coup de ces persécutions, les réformés, invoquant, àl'exemplede Gondé et de ses associés, le droit de légitime défense *, se comptèrent, prirent les armes et s'emparèrent des villes dans lesquelles ils avaient pour eux la supériorité soit

i . Voy. Appendice, n» 14.

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