‹ Gaspard de ColignyChapitre 35 sur 226 · Ib., Tbid,, p · texte numérisé non relu

Ib., Tbid,, p

3. Bibl. nat. mss. Vt Colbert, vol. 24, P»« ilMi2. — JWem^ de Condé, 1. !::, p. 441 à 443.

y> endroict ce que je ferois en d'aultres, voire quant j'aurais tout 3) le droict de mon costé; je suys content, entre vous et moi, de » me donner le tort plus tost que de venir en contestation. Si, » vous suppliré-je, monsieur, de vous proposer les troubles qui y> sont aujourd'hui en ce royaulme et les inconvéniens en quoy j> nous alons tomber, si Dieu n'y met la main. Qui en est la

> cause, je m'en rapporte à' toutes les personnes de sain jugey> ment; mais, en ce qui vous touche, je vous supply vous sou- » venir entre les mains de qui vous estes, et si ceulx de qui j> vous vous estes alié ne sont pas ceux qui ont juré et pour- » chassé vostre ruine et celle de toute vostre maison. Je m'en )> rapporte à l'expérience que vous en feistes durant votre priy> son, en tout le règne du feu roy dernier et du commence- 7) ment de cestuy-cy, et ce que vous m'en avés par plusieurs D fois dicl. L'on tient que le plus habile homme du monde D peult estre trompé pour une fois; mais, de l'estre davany> tage, c'est pour estre moqué. Je vous supply aussy, monsieur, » vous souvenir si* toute la haine que ceulx-là portent à mes i> frères et à moy n'est pas pour vostre seul respect, car l'on D sçait assés, qu'au commencement du règne du roy Henry, i> combien nous estions bien ensemble, et qu'il eûst esté aisé de

> nous y entretenir; mais les malcontentemens que vous aviez » d'culx et les maulvais offices que ordinairement vous nous y> disiés qu'ils faisoient contre vous, nous en ont faict eslongner, 3> avecques ce quedepuys ils nous ont faict assés congnoistre la y> maulvaise voulunté qu'ils nous portoient à tous. Et mainte- » nant, je ne sçay, monsieur, si vous estes seul à vous apercey> voir que de ce qui se faict on se prendra à vous de tout le mal, y> et que de tous estais et principalement de la noblesse vous » nijttés une haine pour héritage en vostre maison, pour agran- » dir voz ennemys qui ne peuvent avoir cette grandeur que par y^ la* ruine de voz plus proches parens et de 1^ plus grande part » de la noblesse de ce royaulme. Mais, premièrement, il fault

3> avouer que ce sera l'entière ruine de tout ce royaulme, car

> toute la compagnie qui est icy n'est pas délibérée de se laisser 5 pi'endre au piège; et tout ainsy que Ton ne veult point donner

> la loy à ceulx de l'Église romaine, aussy ne veult-on point re-

> cevoir la loy d'eux; et ce qui nous fait à tous plus de mal,

> c'est que l'on abuse de l'autorité du roy et de la royne. Les 3 moiens pour pacifier tous ces troubles avoient esté envoyés

> par l'abbé de Sainct- Jehan, mais la response qu'il en rapporta

> hier monstre assez que c'est la ratouère de quoy parlait le 3 cardinal de Lorraine avant la mort du feu roy dernier, en

> ceste ville. Dieu sera juge, à la fin, de toutes nos intentions ; j mais je proteste devant Dieu que toute la trouppe qui est en 1 ceste ville n'avons point pris les armes contre le roy et son j auctorité, ni contre ceulx qui tiennent la religion de l'Église

> romaine, mais au contraire que nous les avons paur maintenir

> le roy et son auctorité et empescher les forces et violences » dont l'on usoit à l'endroit de ceulx de notre religion contre

> la voulunté et intention du roy, de la royne et de leurs édicts. » Pour conclusion, je vous supply, penssés qu'il n'est pas rai-

> sonnable de recepvoir la loy de ceulx qui sont directement i parties, et que l'on ne la veult ny ne peult-on recepvoir que du

> roy. Monsieur, vostre sage jugement pourra aviser à se résoul-

> dremieulxqueje ne le vous sçaurais conseiller, mais je vous

> supply, penssés que l'un des plus grands regrets que mes

> frères et moi ayons, c'est de vous voir de ceste partie; et

> quant à moy, n'ayant que le service de Dieu et du roy devant

> les ieulx, il m'est aisé de me résouldre. Monseigneur, je me

> recommande très humblement à vostre bonne grâce, et pry » noslre seigneur vous donner en santé très bonne vie et lonï gue. D'Orléans, ce 6 de mai 1562. — Votre très humble et ï très obéissant neveu, Chastillon. 3>

Les respectueuses instances de Coligny ne purent détourner le connétable de la voie funeste dans laquelle il s'était engagé :

La réponse de Fonde au neveu ^ fut celle d'un homme aveuglé par les préjugés et par la passion.

Catherine avait chargé l'abbé de Saint-Jean de remettre à Coligny une lettre par laquelle elle le pressait de faire des concessions, auxquelles elle devait cependant pressentir qu'il accéderait d'autant moins que, dans leurs deux requêtes du 4 mai, connues de lui, les triumvirs venaient de se démasquer complètement, à ses yeux, en insistant pour que l'édit de Janvier fût mis à néant. Coligny connaissait, en outre, ces paroles que Catherine avait adressées, le 5 mai, aux ambassadeurs d'Angletene, Sydney et Throckmorton : c Le prince de Condé étant * le propre parent du roi, et l'amiral étant son conseiller et son 2> bon serviteur, ils seront, j'en ai confiance, assez bien avisés )> pour entendre raison sur ce qu'on leur a offert, et pour ne D pas persister avec opiniâtreté dans des opinions et une conî) duite capables de causer des troubles dans le royaume de X» mon fils, et leur propre ruine et deshonneur. Le roi leur a » envoyé dernièrement des conditions qu'ils ne peuvent qu'ac- » cepter, s'ils sont bien avisés *. i> L'amiral tint alors à Catherine le ferme langage que voici ^ : j> Madame, Vostre Majesté auroit peu entendi'e par l'abbé de

> Saint-Jean pourquoy dernièrement je n*avois point faict de

> réponse à la lettre qu'il vous avoit pieu m'escripre par hii, ]i et, pour y satisfaire maintenant, je vous supplie très humble-

> ment de penser qu'il n'y a gentilhomme en France qui plus ^ désire vous voir contente et ce roïaume en repos, que moy, et

> n'auray point de besoing d'user de persuasion à l'endroict de ]i monseigneur le prince de Condé pour l'inciter à cela, car, » comme je vous ay )desjà mandé, tout le but de ses intentions ) ne tire que là, ny de tous ceux qui sont en ceste compagnie;

i. Voy. Appendice, n^ 16.

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