‹ Gaspard de ColignyChapitre 41 sur 226 · Bibl. nat., mss., f. fr., voL 661J, ^ 92. 24 juin · texte numérisé non relu

Bibl. nat., mss., f. fr., voL 661J, ^ 92. 24 juin

) consigner et constituer entre les mains de la reyne et du roy D de Navarre pour plegeet garant de nostre foy; promectant à 1 Leurs Majestez, en nostre nom, que nous obéirons promple- 1 ment à tout ce qui nous sera commandé, de leur part, pour 1 le service du roy, le salut de ce royaume, la conservation de » nos biens et vies, le tout à la gloire de Dieu et liberté de nos

> consciences. Faict à Vaussoudun, le 24* jour de juing 1562. » (S'^é) Chastillon, Andelot, Larochefoucault, Genly, Piennes,

> Soubize, de Grammont, Mouy, Briquemault (et sept autres » signatures). >

Briquemault fut chargé d'aller trouver le roi de Navarre, la reine mère et de leur remettre des lettres dans lesquelles le prince leur disait * : « Je vous envoyé le sieur de Briquemault

I pour vous porter la requeste que toute cette compagnie vous

* présente, par laquelle je m'asseure que vous serez tous deux

> contens et satisfaits. Et si cognoistrez clairement comme ils

II ne désirent tous autre chose que vous obéyr, et n'ont autre » but proposé que la pacification de ces troubles et une seure

> et commune tranquillité de ce royaume, comme vous enten- » drez plus au long dudict sieur de Briquemault. Vaussoudun,

• 24 juin 1562. »

Les triumvirs, qu'on disait partis pour se retirer dans leurs maisons \ s'étaient arrêtés à Châteaudun et manquaient ainsi à un engagement formellement pris. Condé, dans l'ignorance où

i.Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 6607, f*» 4042.

1 Déclaration de la reine mère et du roi de Navarre, du 27 juin 1562. (Bibl. M.mu. f., fr., vol. 3194, f>5.— Bullingerus Calvino, 17 juillet 1562 (op. Calvini, vol. 19, p. 487, n» 3827) : c Commonstrantur mihi literae allât» ex

> castris Helvetiorum qui subFrôlichio militant, ex quibus intelligo, dolo malo

> discessisse Guysium et prsBtendisse pacem, quùm aliud conatûs sit efficere, » adeoque Helvetios vocari Lutetîam, mandarique ut festinent. Quod si vera » sont, ut metuo, Dominum oro ut Condensi oculos aperiat, videatque nihil

> penitùs agendum ease cùm versutis intis îatronibut, nihîl denique lis esse

> fidendum. >

il était de leur mauvaise foi, se rendit comme otage auprès de la reine mère et du roi de Navarre.

Sa bonne foi était telle, qu'il écrivit alors à l'église réformée de Lyon * : « Dieu a mis au cœur de messieurs de Guyse, con- :» nestable et mareschal de Saint-André de quitter le camp et

> s'en retirer en leurs maisons, suyvant ce que nous avons tous-

> jours requis; de sorte que les troubles qui ont duré jusques à » ceste heure sont sur le point d'eslre pacifiez, et pour cest effect i> me suys acheminé pour aller trouver la royne, le roy mon » frère, pour adviser des articles et conditions de la paix, en quoy ^ je ne passeray rien que par l'advis et consentement des che-

> valiers de Tordre et seigneurs de ma compagnie, espérant que

> le tout retournera à la gloire de Dieu et au repos et conten- 3 tement de nous tous. Cependant je laisse mons' l'admirai

> chef de l'armée, auquel je vous prie rendre telle obéyssance

> que vouldriez faire à moy mesmes. >

A peine Condé fut-il entré en pourparlers avec Catherine et Antoine, qu'ils lui notifièrent leur résolution de ne se départir d'aucune des conditions déjà repoussées par lui dans la précédente entrevue. Le prince, disant ne pouvoir conclure quoi Que ce fût sans le concours de ses associés, obtint qu'ils fussent appelés et entendus. En les convoquant au village de Talsy, où allait s'ouvrir la conférence à laquelle ils prendraient part, il les informa, par une lettre confidentielle, de ce qui venait de se passer entre lui, Catherine et Antoine, et il leur recommanda de se faire suivre à distance par un corps de troupes.

Fidèles à la recommandation qui leur était adressée, les principaux chefs réformés arrivèrent bientôt à Talsy, laissant derrière eux une masse armée assez imposante pour parer aux éventualités.

Le roi de Navarre, qui, dans l'étroitesse habituelle de ses

1, LeUre du 28 juin 1562 (archives de Berne, Frankreich, 2« vol., aim. 1551 bis 1159).

vues, s'était promis de ne se rencontrer, en aucune circonstance, avec les Châtillons, s'abstint de paraître à la conférence et laissa Catherine s'y donner pleine carrière.

« On alla trouver la royne en une grange. Elle avoit mal au 3r pied et portoit un baston. Là entrèrent encore mondit sieur le jo prince et messieurs Tadmiral, d'Andelot, de Larochefoucault 1 et de Soubize; et s'il y en avoit quelque autre, c'étoit fort 1 peu*. »

Catherine commença par remercier les chefs réformés d'avoir pris les armes pour sa défense, puis leur dit qu'il dépendait d'eux d'assurer la paix du royaume en se désistant d'exigences intempestives et en se contentant de ce qui pouvait leur être accordé sans préjudice pour Tordre public. Sortant des généralités et abordant le vif des questions, elle leur déclara qu'il fallait tenir pour non avenu l'édit de janvier, attendu que le peuple l'avait en horreur; et que tout ce qui pouvait être concédé aux réformés, c'était l'exercice de la religion nouvelle dans l'intérieur de leurs maisons.

Répondant à la reine mère, l'amiral appuya fortement sur la nécessité de maintenir en son entier l'édit de janvier, et sur la possibilité d'en assurer l'exécution, pour peu que les détenteurs du pouvoir suprême se montrassent impartiaux et qu'ils fussent assez attachés à leur devoir, assez soigneux de leur propre dignité, pour dominer par la fermeté de leur attitude les clameurs d'une tourbe de fanatiques et le déchaînement de masses populaires qui dans leur isolement ne représentaient, à aucun point de vue, le vrai peuple français.

« Voyant la rôyne qu'on ne vouloit pas suyvre sa proposition, > elle estoit fort en cholère, et parla deux grandes heures à eux,

i . Mém. de la vie de Soubize, p. 58. — De Bèze {Hist. eccL, t. II, p. 93) cite, en outre des noms ci-dessus mentionnés, ceux du prince de Portien, de Rohan de Genly, de Grammont et de Piennes, comme assistant à la conférence de Tàlsy.

» sans seulement se desmasquer, combien qu'ils fassent assis, :> voulant tousjours sommer monsieur le prince de la promesse y> qu'elle prétendoit qu'il luy avoit faicte-.. Enfin quand elle )) vit qu'elle ne le pouvoit faire consentir à ce qu'elle vouloit, elle » se leva et frappa plusieurs fois parterre de son baston, disant : j> Ah! mon cousin, vous m'affolez, vous me ruinez! A quoy le » sieur de Soubize voyant que ledict sieur prince ny les autres » ne luy respondoient rien, luy dit : Comment, Madame, est-ce » cela que vous nous disiez, maintenant que vous estes si libre, » et ^ue nous avons tort de dire que vous soiez captive? Si vous ï> avez toute puissance, comme vous dictes, qui est-ce qui vous

> peut affoler? Sur quoy elle demeura estonnée K y>

De Lanoue nous fournit quelques détails intéressants sur le dénouement de la conférence de Talsy et sur certains faits qui le suivirent immédiatement ^.

« Après plusieurs longs propos, dit-il, enfin M' le prince » fit à la roine l'offre de sortir du royaume pour luy rendre tes* » moignage du zèle qu'il avoit à la voir tranquille. Mais sa der- 2) nière parole ne fut pas sitost achevée, qu'elle le prit incontiy> nent au mot, luy disant que c'estoit le vray moyen pour

> remédier aux maux qu'on craignoit, dont toute la France luy » en seroit redevable, et que, la majorité du roy estant venue, » il remettroit toutes choses en bon estât, tellement qtie chacun

> auroit occasion de s'en contenter; et combien que ce prince y> ne fùst pas aisé à estonner, ni sans réplique, si fut-il estonné à 3> ce coup, ne pensant pas qu'on le deust prendre au pied levé, t> comme l'on dit. Et d'autant qu'il commençoit à se faire tard, y> elle luy dit qu'elle renvoyeroit le lendemain vers lui pour y> sçavoir les conditions qu'il deraanderoit. — Elle se départit » avec bonne espérance, et le prince se retira en son camp ^

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