Disc, polit, et milU.., p. 670 à
3. < Le prince s'en retourna en son camp avec les siens, comme lui estoit
:» riant, mais entre les dents, avec les principaux de sa noblesse, :» qui avoienl entendu les discours. Les uns se grattoyent la ^ teste, qui ne leur démangeait pas; les autres la bransloyent.
> Cestui-ci estoit pensif, et les jeunes gens se mocquoient les
> uns des autres, s'attribuant chacun un mestier à quoy ils
> seroient contraints de vaquer, pour avoir moyen de vivre en 3 pays estrange. On arresta, au soir, que le lendemain on 3 assemblwoit les chefs pour prendre avis sur ce faict si impor- 3 tant. — Le matin venu, on entra au conseil, où M' Tad-
> mirai dit, pour ce que le fait touchoit à tous , -qu'il lui 3 sembloit qu'on le devoit communiquer à tous; ce qu'on fit. 3 Et envoya-l'on les colonnels et capitaines pour tirer les avis 3 tant de la noblesse que de l'infanterie. Mais incontinent tous 3 respondirent que la terre de France les avoit engendrez et 3 qu'elle leur serviroit de sépulture : et tant qu'ils auroyent une 3 goutte de sang qu'ils ne l'espargneroyent pour la défense de 3 leur religion; au reste, que M. le prince se souvint de 3 la promesse générale qu'il leur avoit faite de ne les abandon- 3 ner. — Ceci estant rapporté au conseil hasla la conclusion 3 de ceux qui y deslibéroyent, qui voyant la disposition publique, 3 furent encore plus fortifiez en leurs opinions, qui se confor- 3 mèrent à icelle. Mesmes il n'y en. eut que trois ou quatre qui 3 parlèrent, veu que le fait estoit si clair. Et me ressouvient 3 encore aucunement de quelques particularitez qui furent 3 dites. — M. l'admirai remonstra à M. le prince , encore 3 qu'il pensast que la roine en l'acceptation de son offre n'y 3 procédoit point de mauvaise intention, ains que le désir qu'elle 3 avoit de tirer l'Estat de misère la faisoit recercher tous expé- 3 diens, toutesfois qu'il estimoit que ceux qui avoient les armes 3 en la main la circonvenoyent pour le circonvenir; qu'il ne
> loisible de foire, attendu qu'il s' estoit mis en son devoir comme il estoit porté
> par l'article de la consignation de sa personne, sans limiter le temps de sa
> demeure. » (De Bèee, Hi$t. eccl., t. II, p. 94.)
y> devoit ni ne pouvoit effectuer ce qu'on lui uvoit proposé et D qu'il avoit promis de faire ; car il s'estoit lié auparavant par 3> plus estroites obligations, et que, s'il s absentoit, il perdroit }> entièrement sa réputation, et condamneroit la cause qu'il j> avait embrassée, laquelle, outre sa justice, estant autorisée par i> édict du roy, devait être maintenue, etn'y faloitespargnerlavie. » — M^ d'Andelot parla ainsi : Monsieur, l'armée des ennemis » n'est qu'à cinq petites lieues d'ici, si elle void peur, des- D membrement ou autre altération entre nous, elle nous mènera 3> jusques dedans la mer Océane, à coups de lances et à coups y> d'espée. Si vous nous abandonnez maintenant, on dira que y> c'est par crainte, laquelle, comme je sçay,- ne logea jamais » dans vostre cœur. Nous sommes vos serviteurs, et vous nostre y> chef. Ne nous séparons donc point, veu que nous combattons 3> pour la religion et pour nos vies. Tant de parlemens qui se » sont faits ne sont que piperies, veu les effects qui apparoissent 3> ailleurs. Le meilleur remède pour estre bientost d'accord est
> qu'il vous plaise nous mener à demie lieue de ceux qui désiy> rent que nous sortions hors du royaume : et par avanture y> qu'une heure après on en verra sortir quelque bonne résolu-
> tion, car nous ne serons jamais bons amis que nous n'ayons i> un peu escrimé ensemble. — Le sieur de Bourcard s'avança
> après, qui estoit un des plus braves gentilshommes de ce 3> royaume, et qui avoit du feu et du plomb en la teste. Mon-
2) sieur, dit-il, qui laisse la partie la perd, et qui la remet :
3) laquelle reigle est encores plus vraye au faict que nous ma- » nions, qu'au jeu de la paume. J'ay desjà cinquante ans sur la
> teste, qui est pour avoir acquis un peu de prudence : voilà y> pourquoi il me fascheroit fort de me voir, en païs estrange, 3> me proumener avec un cure-dents en la bouche, et que cepen- 3> dant quelque petit affetté mien voisin fist le maistre dans ma » maison et s'engraissast du revenu. Qui voudra s*en" aller s'en » aille; quant à moy, je mourray ça. ma patrie, pour la défense.
> des autels et des foyers. Parquoi, Monsieur, je vous sup- >• plie et conseille de n'abandonner tant de gens de bien qui ]ft vous ont esleu, et de faire vos excuses à la roine, et nous
> employer bientost, cependant que nous avons envie de mordre. -p — Il y eut après cela peu de langage, sinon une approba- -p tion de tous. Mais M* le prince prit la parole, et pour la î justification de son offre, dit qu'il Tavoit faite, voyant qu'on 1 le vouloit tacitement taxer d'eslre cause de la guerre, et que ï si son absence pouvoit apporter la paix , qu'il l'estimeroil
> bienheureuse, car il n'avoit point son particulier en recom-
> mandation; toutefois qu'il apercevoit bien, voyant les forces
> ennemies si prochaines, et la résolution qu'ils avoient prise, î que son humilité seroit prise et réputée d'eux à lascheté, et ^ qu'elle n'apporteroit aucun repos, ains plustost ruine à la » cause qu'il maintenoit ; et qu'il estoit délibéré de suyvre leur
> conseil et de vivre et mourir avecques eux. — Cela dit, cba-
> cun se toucha en la main pour confirmation. — Au sortir
> du conseil. Th. de Bèze et quelques-uns de ses compagnons p lui firent une très sage et belle remonstrance pour le conforter
> en sa résolution, lui alléguant les inconvéniens qui s'ensuy-
> vroyent de se séparer ; et le supplièrent de ne laisser point p l'œuvre encommencée à laquelle Dieu donneroit perfection,
> puisqu'il y alloit de son honneur.
> Au mesme temps, arriva au camp, de la part de la roine,
> M. de Fresne, Robertet, secrétaire des commandemens, pour
> remporter les conditions que ledit sieur prince demanderoit
> pour son issue. Auquel il respondit que l'affaire estoit de
> poids et qu'il n' estoit encore résolu, d'autant que plusieurs j murmuroyent, et, la conclusion prise, on la feroit sçavoir à la
> roine, ou lui-même la lui porteroit. Robertet connut au lan- ^ gage de quelques particuliers qu'il y avoit du changement : et
> s'en retourna trouver la royne pour l'avertir qu'il falloit autre
> chose que du papier, pour le mettre dehors. y>
La réponse de Condé suivit de près le retour de Robertet. Elle portait que ni lui, ni ses associés n'acceptaient les conditions qu'on prétendait leur imposer, attendu qu'elles étaient contraires à la gloire de Dieu, comme entraînant l'abolition du culte en esprit et en vérité, contraires au service du roi, dont elles compromettaient le nom en l'associant à des actes de tyrannie, et contraires au bien de l'État qu'elles priveraient de ses plus fermes défenseurs.
Le prince envoya en même temps à Catherine une lettre, interceptée, du duc de Guise au cardinal de Lorraine *, dans laquelle se décelaient les desseins et les espérances des triumvirs en ce qui concernait les réformés.
Avec l'entrevue de Talsy s'épuisa le régime des correspondances, des pourparlers et des négociations, que la cour avait astucieusement prolongé pour se ménager le temps de recevoir les renforts qu'elle faisait venir de l'étranger.
Des écrits et des paroles on passa à l'action.
Une camisade, à laquelle s'attachaient de sérieuses chances de succès, fut tentée contre les troupes catholiques : elle n'échoua que par la faute de guides inexpérimentés, à la suite desquels, dans une marche de nuit, l'armée de Condé s'égara \
Bientôt après cette armée reprit possession de Beaugency; mais elle rompit tout à coup avec la discipline qu'elle avait observée jusque-là et se livra à de graves désordres \
Les troupes catholiques, opérant sur la Loire, s'emparèrent de Blois. Condé, dont l'armée était plus faible, se replia sur Orléans.
Lorsqu'on vit autour de lui « que la guerre s'en alloit tirer » à la longue, l'ardeur première commença à s'attiédir. Aussi
1. Voy. le texte de cette lettre daus Th. de Bèze, Hist. eccl.yi. II» p. 96, et dans les itfém. de Condé, t. III, p. 509.