De Bêze hisL, eccL, t. H, p
2. Voir (Bibl. nat. cabinet des titres, V. Goligny) divers tableaux généalogiques de la maison de Coligny, notamment celui qu'a dressé du Bouchet. On
y lit : < Gaspard II épousa Charlotte de Laval en 1547 Du premier lit
sortirent Gaspard de Goligny, accordé à Catherine de Parthenay, dame de SouhlzQf et mort avant Taccomplissement du mariage etc., etc., > — Le P. Anselme,
~ 131 — Un épouvantable fléau venait d'éclater à Orléans, au sein d'une population atterrée par le seul nom de peste, qui volait de bouche en bouche, lorsqu'un jour, se manifestent tout à coup, chez le jeune Gaspard, les symptômes non du mal régnant, mais d'une maladie aussi dangereuse, et qui se traduit, dès le début, par une fièvre ardente. Vainement les soins les plus énergiques, les plus assidus sont-ils prodigués à l'enfant bienairaé : la souffrance progresse, le consume; la mort s'avance; et cependant, tout affaibli qu'il est physiquement, il possède encore en son âme assez de force et de lucidité, pour témoigner de sa foi avec une angélique douceur, et pour adresser à ses parents, en chrétien confiant, en fils aimant et tendre, un suprême adieu! Seize jours se sont écoulés, et Dieu le rappelle à lui*. Peu après Une main amie trace, pour être inscrits sur sa tombe, les vers suivants ^ :
1 Gaspard de CoiUgny, à l'aage de neuf ans,
» Pour suyvre Dieu laissa le monde et ses parens,
> Fils aisné de Gaspard, admirai, Tespérauce
> Du père et de la mère, astres clairs de la France
> Par lesquels le chemin des cieux il entendit
» Et soudain au seigneur les bras foibles tendit. » La fiebvre sans cesser quinze jours le pourmeine,
> Le seizième jour Christ en sa gloire le meine, » Ayant fait de sa foi haulte confession,
> Par mort à vie alla, de grande affection. >
Survivre à son enfant, quelle inexprimable douleur! quelle croix pesante h porter! Sous cette douleur, sous cette croix se courbèrent un père et une mère, désolés, ce Coligny, cette Char-
hist., généal, t. VII, p. 153. — Haag, fr. protest. V. Larchevôque, t. VI, p. 341
i. Calend. of State pap. foreign. 27 juillet 1562. Occurences in France. — LeUrede Th. de Bèze à Coligny, du 27 juin 1568. (BibL, de Genève, vol. 117).
2. cÉpitaphe de Gaspard de Goliigny, fils aisné de M. Tadmiral de Châtillon, > qui mourut à Orléans, le 14 juillet 1562. — (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 22,560, f> 67).
lotte de Laval, si forts d'habitude, et désormais presque anéantis. Il eussent succombé à leur détresse, si Dieu ne se fût tenu près dé leurs cœurs pour les soutenir et les relever.
A l'aspect de ce deuil, dont une poignante expérience permet, seule, à l'âme humaine de mesurer la profondeur, écoutons Coligny,tout brisé qu'il est par une émotion indicible, exhorter, devant Dieu, sa femme à la résignation. Il l'a quittée récemment, il est au camp, sous sa tente, en face de l'ennemi ; c'est de là qu'il lui écrit * :
<c Encores que tu ayes raison de supporter avec douleur la 3> perte de notre fils bien-aimé, si pourtant suis-je obligé de 3> te remémorer qu'il estoit plus à Dieu qu'à nous : et puisqu'il a i> voulu le retirer à soi, c'est à toi et à moi à obéir à sa saincte
> volonté. Il est vrai qu'il estoit déjà amateur du bien, et que y> nous pouvions espérer grande satisfaction d'un fils tant bien :» né; mais remémore toi, ma bien-aimée, qu'on ne peut vivre
> sans offenser Dieu, et qu'il est bienheureux d'estre mort dans
> un âge où il estoit exempt de crime. Enfin, Dieu l'a voulu; y> je lui offre encore les autres, si c'est son vouloir; fais-en de 3> même, si tu veux qu'i. te bénisse, car c'est en lui que nous y> devons mettre tout notre espoir. Adieu, ma bien-aimée ; j'es-
> père te voir dans peu, qu* sera toute ma joie. y>
Quels que fussent les ravages exercés à Orléans par le terrible fléau, Charlotte de Laval et la princesse de Condé demeurèrent constamment dans cette ville. Seuls, les enfants de l'amiral et ceux de d'Andelot en sortirent après la mort de leur frère et cousin, pour être conduits au château de Châtillon-sur Loing, où l'on espérait qu'ils seraient à l'abri de la contagion; mais l'un d'eux, la fille aînée de d'Andelot* qui, sans qu'on s'en doutât, portait en elle le germe du mal dominant, succomba bientôtà ses atteintes meurtrières. Les enfants des deux frères, qui avaient été
i. Vie de Coligny. Cologne, 1686, p. 258, 259. 2 De Bèze, hist, eccl t. II, p. 461.
confiés à la garde du capitaine François, furent après un séjour de trois semaines à Châtillon, ramenés à Orléans par cet officier * qui les remit aux mains de Charlotte de Laval •et tf Éléonore de Roye.
Pendant quatre mois et demi, de juillet à novembre 1562, Orléans fui le théâtre de scènes de souffrance et de deuil au mir^ lieu desquelles se déploya, dans une sphère d'activité incessante, la charité chrétienne. Au premier rang des femmes qui, sous son inspiration, prodiguèrent leurs soins et leurs consolations auxmalades, aux mourants, figurèrent madame Tamirale, laprincesse, sa nièce, et plusieurs dames haut placées dans la société.
La généralité des femmes et des jeunes filles d'Orléans répondant à un sérieux appel adressé par Condé, en juillet, fit preuve d'abnégation et de courage, en concourant, dans la mesure du possible, aux travaux de défense de la place, alors que la peste se propageait dans des proportions redoutables et qu'elle faisait de nombreuses victimes. « Le prince, raconte-t-on à cet égard*
> fil continuer à bon escient le labeur des fortifications, sans
> qu'aucun fust exempt, non pas mesme les dames et damoi-
> selles qui y portèrent la hotte comme les autres, croissant
> cependant tousjoui^s la peste, dont mourut une grande partie >des soldats et grand nombre de peuple de toutes quahtés. ^ Entre autres moururent de ceux de la noblesse, le vidasmë >de Ghâlons, frère du sieur d'Ésternay, homme doué de plu- ) sieurs grandes et singulières vertus, le sieur de Toury et un ]>sien fils... Deux personnages de la ville entre autres furen*
> aussi emportés et très grandement regrettés à bon droict,
1. De Bèze, hisL.eccL, t. II, p. 458, — Haag. fr. prot. t. V, p. 170. 1 De Bèze, hisL, eccl.y t. II, p. 110. — Voir, entre autres documents se rattachant aux travaux de défense dont il s*agit ici une < réquisition faite par Bri-
> qnemaut, au nom du prince de Condé, à ^es habitants de diverses localités
> voisines d'Orléans, de fournir des fascines et autres objets pour subvenir à ï rérection ou réparation des fortifications, en date, à Orléans, du 22 juil-
> lel 1562. > (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 10, 190). ,
» pour estre personnages des plus doctes et des plus gens de :p bien de leur estât, assavoir Guillaume Maillard, lieutenant T> particulier d'Orléans, et Jean Gaillard, docteur régent es loiz. >
Vers la fin d'août, se répandit dans la ville et au dehors le bruit de la mort de la princesse de Gondé *; bruit qui, heureusement, ne reposait que sur de simples conjectures. Éléonore de Roye, bien qu'exposant à chaque instant sa vie pour le salut des autres, à l'exemple de sa tante, madame lamirale, fut ainsi qu'elle providentiellement épargnée. Elle eut même, à force de dévouement et de sollicitude, la joie de soustraire à la mort Tune de ses filles d'honneur, mademoiselle des Fossez, que la maladie régnante avait gravement atteinte K
Relevé sur sa demande, de ses fonctions d'ambassadeur d'Angleterre, Trockmorton qui, en quittant Paris, avait trouvé, grâce à l'armée des réformés, un refuge à Orléans et une bienveillante hospitalité sous le toit de Goligny, écrivit à Elisabeth et à Gecil pour les informer des derniers événements et des progrès du fléau ^. « La peste, disait-il, sévit ici avec une intensité » qui, journellement, diminue le nombre des défenseurs de la » cause évangélique. La princesse de Gondé, son fils aîné et 1^ madame l'amirale sont toujours dans la ville. »
Le courage et le dévouement de ces deux femmes héroïques et charitables ne faiblirent pas un seul instant; loin de là: ils s'accrurenj avec la grandeur même des épreuves qu'elles traversaient.
Goligny et Gondé, de leur côté, demeuraient inébranlables, « pourvoyant à toutes choses nécessaires, tant par le dedans 3> que par le dehors \ »
1. Dépêche de Chanlonnay du 28 août 1562 {Mém. de Condé, t. H, p. 67. — ém. de Cl. Hatton, 1. 1, p. 285.