‹ Gaspard de ColignyChapitre 47 sur 226 · Mém, de Condé, t. I, p. 91 à · texte numérisé non relu

Mém, de Condé, t. I, p. 91 à

3, De Bèze, hist, eccL, t. II, p. 111 à 127. - - Mém. de Condé, t. IIÏ, p. 583

y serviteurs du roy, et d'une autant bonne et saincte compagnie » qui ait jamais esté assemblée en ce royaume. — A céste cause

> estant asseuré et devant Dieu et devant les hommes; que leur :» innocence est telle que toutes les menteries et calomnies des 2> meschaus ne pourroient faire demeurer une seule tasche de i> désobéissance et rébellion, tant sur ledit seigneur prince que y> sur ses associés, il désire avoir mesme condition avec ceux

> qui sont conjoincts en mesme bonté de cause, mesme religion D et mesme volonté d'employer leurs vies pour le bien du roy,

> conservation de son estât et estàblissement du pur service de

> Dieu, en son royaume. Et tout ainsi que ledit seigneur prince

> ne peut et ne doit estre désavoué de ceux par le commany> dément desquels il a pris justement les armes, aussi ne se » voudroit-il départir de ceux qui se sont à sa requeste armés » avec luy et avec lesquels il a mesme intention et volonté. » Davantage il a assez expérimenté ces ruses de ses ennemis :p pour cognoistre ce qu'ils luy brassèrent sous la couverture et i> prétexte d'une telle exception : comme aussi il est bien aisé à ï> juger par les lettres missives envoyées par les bailliages, » ésquelles il est compris en général avec les autres. »

Dans la partie finale de sa protestation, Condê n'hésite point à dire : a Combien que jusques ici ledit seigneur prince ait dify> féré d'appeler les étrangers au secours du roy et de ceux aus-

> quels il luy a pieu permettre de vivre selon la réformation de 3> l'Évangile : toutesfois, puisque ses ennemis ont commencé de 3> les appeler en leurs mauvaises causes, il proteste ne faire plus, y> à l'advenir, aucune difficulté de s'en ayder pour maintenir son i> bon droit, et ce, d'autant plus qu'il est asseuré que la con- 3) servation du roy et de ce royaume est conjointe avec la cony> servation de son innocence.

Le 18 août, jour où l'armée catholique mettait le siège devant Bourges, et où l'amiral et Condé exprimaient une pleine confiance dans la fermeté de leurs troupes, pour repousser

toute agression qui serait dirigée contre Orléans *, le parlement de Paris, à l'instigation du cardinal de Lorraine et des triumvirs, rendit un arrêt ^ par lequel une prise de corps était décernée contre Tamiral, d'Andelot, de Larochefoucault, le prince de Portien, Montgommery, Rohan, Genlis, Grammont, Piennes de Soubize, Ivoy, Morvilliers, Mouy, et un grand nombre de gentilshommes étant à Orléans, de même que contre plusieurs conseillers^' juges, officiers, échevins et magistrats. Tous devaient être jetés dans les prisons de la conciergerie du palais, à Paris ; à défaut de quoi ils seraient ajournés à trois jours sous peine de confiscation de corps et de biens, et d^être convaincus, d^ cas à eux imposés etc. y etc.

La publication de cet arrêt devint le point de départ de nombreux excès commis contre les réformés par des hordes de fanatiques, à Paris et dans les provinces.

Sur ces entrefaites, arrivèrent à Orléans des nouvelles rassurantes du séjour de la comtesse de Roye et de d'Andelot à Tétranger.

En quittant la Picardie avec les enfants de sa fille, la comtesse ne s'était pas fait illusion sur la longueur et les difficultés du trajet qu'elle entreprenait, à. travers la France. Le 20 août, on s'étonnait, à Strasbourg, de ne psts la voir déjà arrivée. Th. de Bèze, appelé dans cette ville, au cours d'une mission à remplir en Allemagne et en Suisse, s'inquiétait, à cette date, du défaut de nouvelles récentes de la noble voyageuse ^ Le 29 août, le crédule cardinal de Bourbon, se disant bien in-

1. Holman à Tavoyer et au conseil de Berne, 30 août 1562 (archives de Berne. Frankreich. vol. II, ann. 1551 bis 1569) : c Quant à la ville d'Orléans, les der- » nières lettres étaient datées du 18, et sembloit que messeigneurs 1er prince 3 de Condé et admirai fussent fort résolus d'attendre le siège veii les propos » qu'ils nous escrivoient pleins d'espérance et confiance, après Dieu, en la » loyauté de leurs soldats. »

2. Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3 176, fo 4. — De Bèze, hist., eccL, t. II, p. 128, 129.

3. Beza ad Calvinum, 2 août 1652 {ap. Baum, append. p. 189, 190) : < So

formé, prétendait * que a: madame de Roye estoit allée à Stras- ^ bourg mener ses petits neveux en ostaige pour avoir gens;

> qu'ils y avoient esté reffusez et qu'elle s'en estoit revenue. > Ce qui est certain, c'est que dans les demiersr jours d'août madame de Roye atteignit enfin ^ la grande cité hospitalière d'Alsace. Là un accueil sympathique lui était réservé, ^ ainsi qu'aux frêles créatures confiées à ses soins, dont Calvin devait plus tard rehausser la condition, alors précaire, par ces louchantes paroles adressées à leur aïeule * : « Dieu, madame, a hpnoré y> vos petits enfants, en les faisant pellerins en terre estrange. >

La comtesse de Roye, au moment de son arrivée, se trouvait réduite, par la rigueur des circonstances à un état voisin du dénûment. Les premières ressources nécessaires lui furent spontanément fournies par un généreux ami des réformés français, le vénérable Jean Sturm ^, qui, plus d'une fois encore, vint à son aide.

Fidèle à la double mission qu'elle avait à remplir dans sa nouvelle résidence, la comtesse sut, tout en s'occupant avec sollicitude de ses petits-enfants, saisir habilement chaque occasion qui s'offrait à elle de seconder les intérêts de la cause au service de laquelle se consacraient ses frères et son gendre.

> crus principis nondum advenit, ut certe valdé metuo ne quid illi incommodi

> accident in via, quanqaam non placet malé ominari. >

1. Bibl. nat. mss. fr. vol. 3 187, f. â3. Lettre du ^ août 156âà de Humières gouverneur de Péronne.

2. Beza ad GalWnnm i*^ septembre 1562. (Baum, append. p. 192) : » Prîo* cipis socrus salva tandem eo pervenit nbi à magistratu est perhonorificë excepta. »

3. y. Documents historiques tirés des archives de la ville de Strasbourg par M. Ant. de Rentsinger. Strasbourg, 1818, 1. 1, p. 55, lettre du 9 septembre 1562 de d'Andelot, remerciant c messieurs les consuls et seigneurs du principal

> conseil de Strasbourg > de l'accueil qu'ont reçu d*eux la comtesse de Roye et ses petits-enfants.

i. Lettres françaises, t. U, p. 498, lettres d'avril 1563. 5. La vie et les travatix de Jean Sturm^ par Gh. Schmidt. Strasbourg, 1855, in-8op. 131.

Ce fut ainsi, notamment, que pour justifier la prise d^armes de Condé, elle produisit, en temps voulu, les originaux mômes des lettres que Catherine de Médicis avait adressées, en mars 1562, à ce prince, originaux que ce dernier avait confiés à sa belle-mère, en la priant de les tenir à la disposition de Spifame, afin qu'il les utilisât officiellement. Spifame, en effet, ne manqua pas de s'eç prévaloir, dans une circonstance solennelle, ainsi que l'atteste le passage suivant de la harangue qu'il adressa à Ferdinand I", lorsque se tint la diète de Francfort* : <i Du commany> dément que la reine a fait à monsieur le prince de Condé de

> prendre les armes pour la liberté du roy et la sienne, outre ce » que dessus, il y a témoignage de plusieurs chevaliers.... Aussi

> il y en a lettres... lesquelles sont pardevers mondit sieur le * prince, qui n'a voulu les hasarder au danger des chemins, » mais nous a recommandé, sire, recouvrer de madame de Roye, j> sa belle-mère, estant avec messieurs ses enfans à Stras- » bourg ', quatre lettres escrites et signées de sa main, que nous

> exhibons, sire, à vostre sacrée majesté ^.

D'Andelot avait devancé sa sœur à Strasbourg. Le 17 juillet, on l'avait vu traverser cette ville, alors qu'il se rendait auprès

1. Harangue de Jacques SpifamSy seigneur de Passy, envoyé en Allemagne par le prince de Condé pour justifier ses armes envers V empereur et les princes de la Germanie {ap. le Laboureur, addit. aux mém. de Gastelnau, t. II, p. 28 et suiv.).

2. V. lettre de Goodé, du 3 octobre 1562, aux magistrats de Strasbourg» relativement au passage de Spifame dans cette ville. (M. A. de Kentzinger, docum. bist. 1. 1, p. 64.

3. La Popelinière, bist. de Fr. t. 1, f> 333. — De Bèie, hist., eccL, t. U, p. 178 : < Spifame exbiba les quatres lettres... esquelles il requit que le

> sceau de la cbancellerie de Tempire fut apposé... afin qu'on ne pût dire

> puis après qu'elles eussent esté contrefaites et falsifiées par quelque artifice.

> Ce qu'il obtint de Tempereur après qu'il luy en eust donné copie et quel'ori-

> ginal eûst esté lu et collationné. > — Voir mém. de Condé, t. II, p. 112, 113, ce que raconte l'ambassadeur d'Espagne, Perrenot de Chantonnay, de l'entretien qu'il eut avec Catherine de Médicis, au sijyet des quatre lettres dont il s^agit,

des princes protestants d' Allemagne *. Ses démarches vis-à-vis d'eux avaient été, en quelques jours, couronnées d'un premier succès; car Hotman qui correspondait avec lui, de Strasboui^, où il résidait pour les affaires du prince de Condé, écrivait le 8 août, à l'avoyer de Berne^ : « desjà monseigneur d'Andelol a > trouvé telle faveur, qu'il a promesse de trois mil reistres pour JD le moins, et de quatre mil lanskenets, qui s'assemblent main- D tenant au pais de Hessen, près Cassel. >

De son côté, d'Andelot annonçait, d'Eslingen, à Calvin, le 11 août ^, « que son voyage pardeçà n'avoit point, grâces à Dieu

1. Calend. of State pap. foreing, 17 juillet 1562, d'Andelot to the queen. — Ibid. 21 juillet 1562, Mundt to Ceci]. — Frédéric 111 à Christophe, duc de Wurtemberg le 20 juillet 1562 (Kluckhohn, Briefe Friedrich des Frommen, erste Band, p. 318, n© 187) : c M. d'Andelot, frère de l'amiral, est arrivé à Heidel-

> berg, le 19 juillet avec une lettre de créance adressée à tous les élecleurs

> et princes de la confession d'Augsbourg, etc. , etc. >

2. Archives de Berne Frankreich,vol. 2, ann. 1551 bis 1569. — La correspondance, qu'en Allemagne, les princes protestants entretenaient, soit entre eux, soit avec les cours de France et d'Angleterre, contient diverses traces de leurs efforts en faveur de Condé et de Coligny, en 1562.

Voy. Kluckhohn, ouvr. cité, erst. Band, lettres 1® de Frédéric Ili au Landgrave Philippe, du 5 juillet 1562. p. 316, n« 185; — 2© du Landgrave Philippe à Frédéric Hl, du 9 juillet, id. ibid. noie 2; — 3» de Frédéric Jil au Landgrave Philippe, du 19 juillet id. p. 317, n» 186. 4° de Frédéric III au duc de Wurtemberg, du 31 juillet 1562, p. 320, no 190; 5** du même au comte p. du Rhin, du 31 juillet id. p. 320, nM91 ; 6*> du duc de Wurtemberg à Frédéric III, du 31 juillet id. p. 319, n" 189; 7° de Frédéric III à d'Oisel, du 3 août id p. 322, n* 192; 8* de Frédéric III aux envoyés Anglais, du 1«' septembre id: p. 335 à à 337, n*» 200.

3. Bull, de la soc. d'hist. du prot. fr. t. XVI, p. 162, 163, et op. Calvim", vol. 19, p. 494, n® 3 833. — Calvin avait fini par admettre que le droit de légitime défense autorisait les réformés français à prendre les armes, et il écrivait aux églises (leltr. franc, t. Il, p. 475) : c II est question de trouver argent pour

> soustenir les gens que M. d'Andelot a levés... Dieu nous a réduits à telles

> extrémités que, si vous n'estes secourus de ce costé là, on ne voit apparence,

> selon les hommes, que d'une piteuse et horrible désolation. Je scay bien, » quand tout sera ruiné et perdu, que Dieu a des moiens incompréhensibles

> de remettre son église au-dessus, comme s'il la ressuscitait des morts..., et

> que, quand nous serions abolis, il saura bien créer de nos cendres un peuple 1 nouveau. Cependant nous avons à bien penser si nous ne voulons, à notre

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i> esté inutile, et qu'il avoit grande occasion de le louer et re-

> mercier. 3>

Le27août, neuf jours aprèsavoir conclu un traité définitif relalivefnent à la levée desreistres et lansquenets *, il écrivait encore à Calvin^ : « Monsieur Calvyn, j'ay reçeu deux de voz letres

> par le cappilaine Fontaine, Tune du dernier de l'autre moys, 1 et l'autre du 5" du présent, me faisant entendre la peine et

> diligence que prenez pour satisfaire à ce qui vous a esté mandé

> tant par messeigneurs le prince de Condé (et) admyral, que par ï moy pour le recouvrement des deniers, et combien il est ma-

> laysé pour les grans frays qu'il a fallu soustenir par le passé, et

> fault encore maintenir le présent. C'est chose à quoy il ne se

> fault point lasser, et tousjours estre importun à chercher les

> moyens de recouvrer argent, car c'est de cela de quoy avons

> extrêmement affaire, ayant, Dieu mercy, trouvé tant de faveur

> pardeça envers les princes, que j'espère mener trois mille che-

> vaux et autant de lansquenets, et si je les vois tous dispo- » sez à se bien et diligemment employer, j'ay esté ung temps

> que je m'en voyois fort eslongné, et quasi désespéré ^. Toutefi> fois, à la fin, les princes en ont si bien usé, que et les hommes

> et les moyens de les entretenir quelque peu de temps m'ont esté i> administrés. J'espère que nostre bon Dieu se veut encore servyr ï des moyens humains pour favoriser son église. Efforçons-nous ï de toutes parts de irouver le moyen d'avoir de quoy entretenir » noz hommes. Il seroit bon de recouvrer les douze mil escuz

esdeat, fermer la porte à sa grâce, de nostre part, ne point défaillir à nostre

debvoir. >

. i. c Capitulation des Reytres et Lansquenetz levez pour monseigneur le

> prince de Condé, du xviu d'aoûst 1562. > (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 6 618, f* 136, 137, 138). — Nous avons inséré le texte de cette capitulation dans le bulletin historique et littéraire de la société de Thistoire du protestantisme français, tome XVI, 2« série, 2* année, 1867, p. 116, 117, 118.

2. Op. Calvini. vol. 19, p. 505, n» 3 841, et Bull, de la soc. d'hist. du prol. fr. t. XVJ, p. 163.

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