‹ Gaspard de ColignyChapitre 5 sur 226 · Mém. de CL Haton, t, I, p. 211 à · texte numérisé non relu

Mém. de CL Haton, t, I, p. 211 à

5. Un judicieux historien a parfaitement caractérisé l'organisation et les tendances de ce parti (voy. Appendice, n* 6).

bret. Enlacé dans les liens d'une intrigue ourdie, de concert avec les Guise, par le légat du pape, l'ambassadeur d'Espagne, le cardinal de Tournon et d'autres affidés du saint-siège * , il avait ouvert à Rome et à Madrid des négociations au cours desquelles il promettait, pour prix du royaume qui lui serait accordé, de faire prévaloir en France la religion catholique, et menaçait, en cas de refus de la concession sollicitée, d'engager contre les sectateurs de cette religion une lutte sérieuse. Payé par Philippe II de promesses illusoires, il rompit peu à peu avec les hommes dont il s'était dit jusqu'alors le coreligionnaire et le soutien^ ; puis, sans plus de conscience comme catholique improvisé que comme transfuge de la réforme, il mit au service du triumvirat, instrument intéressé des desseins de la papauté et de l'Espagne, son autorité de lieutenant général du myaume.

1. f Scachezque lé pape, voyant le remuement de mesnaj^e qui se faisoit

> entre nous, a envoyé M. le cardinal de Ferrare, légal en France, avec très ) amples facuUez!... Aussi avons-nous pardeça le seigneur de €hantonnay. 1 Cestuy ambassadeur du roy Philippe est, ainsi que Ton dict, gaigné par quel- 1 ques grands princes des nostres, ausquels ne plaisoit ceste diversité de reli- 1 gion. Luy, suivant la capitulation prise entre eux, se transporte trois ou

> quatre fois en habillement desguisé pardevers le roy de Navarre, Tasseurant ) de la part de son maistre que là où il voudroit prendre la protection

> de rÉglise romaine, il luy rendroit son royaume de Navarre, ou bien Téqui-

> valent en assiette de pays souverains, aussi riches et plantureux. Ceste

> tresme commençant d*estre tissue, le légat se met aussi de la partie, luy

> promettant de la part du Saint-Siège le comté de Venisse, et encores luy

> moyenncr envers le roy catholic le pays de Sardaigne, que le pape érigeroit ) en royaume, là et au cas qu'il ne luy voulust rendre le pays navarrois. > (Est. Pasquier, liv. iv, lettre U.)

2. € Le roy de Navarre, bien qu'il ne tienne aujourd*huy le gouvernement

> que par la faction de ceux de la religion, si semble-t-il avoir tourné sa robe

> et favoriser Tancienne religion. » (Est. Pasquier, liv. iv, lettre 13.) — c Things are come to a strange issue. The cardinal of Ferrara bas assurcd to

> bis dévotion the king of Navarre, the constable, marshal S. André, the car-

> dinal of Tournon, and others, inclined to retain the Romish religion; ail of

> whom are bent to repress the protestant religion in France, and to fiud means

> either to range the queen of NavaiTe, the prince and princess of Gondé, the

> admirai, and ail others wbo faveur that religion, or to expel tbem from the

Dans l'espoir de rendre cette autorité capable de contre-balancer, si ce n'est même d'infirmer celle de la régente, qui continuait, au moins extérieurement, à protéger les réformés * , il s'attacha à priver cette princesse de l'assistance éclairée que lui prêtait Jeanne d'Albret et à l'isoler de celui de ses conseillers dont l'appui lui était le plus nécessaire, en d'autre§ termes, de Goligny, Pour complaire à Philippe II et à ses adhérents, Antoine de Bourbon ne pouvait rien faire de mieux que de se poser en ennemi déclaré d'hérétiques endurcis tels que Jeanne et l'amiral ^ . Aussi s'as50uplil-il vis-à-vis d'eux aux exigences d'un double antagonisme par lequel il déshonora simultanément sa vie privée et sa vie publique.

D'une part, en effet, il n'y eut sortes de tortures morales que la reine de Navarre,- si fermement chrétienne et si française de cœur, ne dût subir au foyer domestique de la part de son indigne époux, devenu l'esclave de honteuses passions et le triste jouet des Guise, ainsi que des cours pontificale et espagnole. Vainement le prince et la princesse de Condé, témoins des angoisses de leur infortunée belle-sœur, s'efforcèrent-ils de ramener Antoine au sentiment de ses devoirs conjugaux et paternels : sourd à leurs exhortations, cet homme inconsistant et

» court willi ail the ministers and preacliers. > Throckmorton to the queen. -16 février 156^ {Calend. of State pap. foreign),

1. Coligiiy se portait garant des bonnes intentions de Catherine, en s'attachant à dissiper les doutes que l'ambassadeur d'Angleterre avait conçue. — € Throckmorton asked what proof the queen could bave tîiat the queen raother

> wasspeakiiig sincerely, seing that she and the king of Navarre were but to

> advance papistry and overlhrow the prolestant religion... the admirai answered

> that he supposed the king of Navarre hoped to compound with the king of 1 Spain for his kingdom of Navarre; but he assured him that the queen 1 molher was well inclined to advance the true religion, although sheis forced j to show a good face lo the adversary. » (Throckmorton to the queen, 6 mars 1562 (Calend. of State pap. foreign).

2, « The king of Navarre persists in the house of Ghâtillon retiring frora the

> court, and it is believcd the queen of Navarre and they will not tarry long there.» Throckmorton ta the queen, 16 février 1 562 (Ca/enrf. of State pap. foreign).

déprimé, qui naguère s'érigeait en protecteur de la religion réformée et qui maintenant se tournait contre elle* , s'obstina à froisser sa noble femme dans les plus chers intérêts de son àme, dans ses plus vives affections, et. prétendit lui arracher, afec la liberté d'exercice du culte auquel elle demeurait fidèle, la direction religieuse de son fils * . Trop fière pour plier, un seul instant, sous le joug d'une oppression brutale, Jeanne se dégagea résolument des étreintes de l'épreuve^ : abandonnant Antoine aux conséquences de sa lâche défection, elle se retira, lèle levée, et prit le chemin de ses États.

Affranchi de la présence de sa femme à la cour de France, l'ingrat Antoine* travailla, d'une autre part, à en éliminer Coligny, et pour atteindre son but il n'eut pas honte de s'engager dans une voie perfidement frayée par Philippe IL

Ce monarque, espérant discréditer l'amiral dans l'esprit de Catherine de Médicis, l'avait représenté comme cherchant à se venger du traitement rigoureux qu'il avait subi durant sa captivité à rÉcluse et à Gand en favorisant des déprédations commises sur mer au préjudice des Espagnols, et comme s'appliquanl, dans l'égarement d'une animosité personnelle, à^bVouiller entre elles les cours d'Espagne et de France.

Fort de sa conscience, Coligny pressa S. de l'Aubespine, ambassadeur de France à Madrid, de repousser les odieuses imputations dont il était l'objet. Le 5 janvier 1562, il lui écrivit^ :

1. N. de Bordeaave, Hist. de Béarn et Navarre, 1873, in-8 , p. 109. — Ifém. de Condé, t. III, p. 190.

1 Bèze, HisL ecel., p. 688, 689. — Throckmorton lo Cecil, i4 mai-s 1562 [Cakni. of State pap. foreign),

3. € Uxorem tibi afûrmo duplô forliorem esse, (juàni unquàm antea. > (Beia Calvino, 26 février 1562, ap. Baum, app. p. 165.)

4. c Miser iUe jàin prorsus est perditus et omnia secùm perdere constituit : > uiorein amandat, Posidoniuni (Coligny) oui omnia débet, vix inlueri suslinet. > (Beza Calvino, 1" février 1562, ap. Baum, app. p. 161). — Voy. aussi : litt. Bezae ad Turicenses et Bernâtes, 12 avril 1562, ap. Baum, app. p. 178.

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