Bibl. nat., mss. f. fr., vol
y> Pour ce que par delà on faict de grandes plaintes à cause des y> déprédations qui se commectent par la mer, et que quand à j> celles qui ont esté commises par ceulx de ce royaulme, je y> pense que, à la court du roy d'Espagne, on voulust présumer )) qu'il y a de la connivence ou dissimulation de mon costé, D j'ay faict dresser un mémoire dumoyen que j'entends de tenir ]i> pour obvier à telles déprédations de nostre costé, et l'ay comy> muniqué à la royne et au roy de Navarre, vous asseurant que j> l'on me feroit grand tort par delà de m'estimer homme ^e y> vengeance et qui se voulust ressentir des choses qui m'ont y> eslé faictes durant le temps de la guère, car je n'eus oneques y> lelles pensées. »
De son côté, Catherine, voulant que justice fût rendue à l'amiral au delà des Pyrénées, tint, dès le 6 janvier, ce langage à S. de l'Aubespine * : «... L'autre point est touchant l'opinion en » quoyj'ay entendu qu'est entré le roy mon beau filz de M. l'ad- » mirai, lequel il estime faire tout ce qu'il peult, tant du faict » de la navigation que aultrement, pour la diminution de nostre » commune amytié, et pour mectre, malgré que nous en ayons, i) à la guerre. Sur quoy, je vous prie, mons. de Lymoges, partiy> culièrement de ma part luy faire entendre que le dit S' admiy> rai, pour lui faire cognoistre combien ceste impression est » hors de toute raison, a faict dresser ung mémoire de la façon y> qu'il luy semble qu'il se fault conduyre au faict de la navigay> tion, pour la conservation du commerce, à la liberté et trafic 3) des subjectz du roy mon filz et du roy mon beau-fils, lequel i> estant veu par luy, j'estime luy debvra satisfaire, et oultre » cela estant l'amytié * et bonne intelligence telle qu'elle est y> entre nous, a tant de volonté de luy faire service qu'il se peult y> asseurer n'y avoir une seule personne de deçà qui en une y> bonne occasion lui en fait meilleure preuve. Et pour ceste
1 Bibl. nat., mss. f. fr., voi. 6620, f» i33.
ï raison je le prie de oster ceste mauvaise opinion et croyreque j tant s'en fault que cela soyt vray, qu'il doibt croyre avecques » vérité qu'il faict tout ce qu'il peult pour nous maintenir et 3 entretenir en ceste bonne intelligence, comme il cognoistra » par ses efFets, ce que vous luy riionstrerez vifvement affin qu'il 1 ne deme.ure en ceste oppinion où j'aurais regret de le veoir, 3 pour l'amytié que je porte au dit S' admirai et la cognoissance 9 que j'ay du contraire pour le zèle qu'il a au bien du service
> du roy mon fils et à la tranquillité de ce royaulme, dont vous
> me manderez des nouvelles par la première dépêche. »
La double protestation de l'amiral et de Catherine n'eut d^autre effet que de pousser Philippe II et Antoine de Bourbon à conclure entre eux un pacte aux termes duquel Chantonnay, ambassadeur d'Espagne en France, demanderait au nom de son maître que Coligny fût expulsé de la cour, et Antoine, au nom du parti catholique, appuierait en séance du conseil la demande d'expulsion* .
Informée de l'existence de ce pacte par le vigilant de l'Aubespine, la régente en conçut une vive indignation : elle se montra prête à repousser par un refus dédaigneux la. sollicitation que Chantonnay oserait formuler et à rompre avec Antoine.
Loin de chercher à tirer parti, ainsi que cela lui eût été facile, des dispositions dans lesquelles il voyait Catherine, Coligny n'eut d'autre pensée que de la délivrer de ses perplexités.
Il lui annonça qu'il était prêt k prévenir par une retraite volontaire toute démarche tendant à obtenir qu'il fût banni de la cour. Acceptant l'offre de son fidèle conseiller, dont l'abnégation la sauvait d'une situation difficile, Catherine lui accorda,
1. € The king of Navarre being againsl the admirai and house is one of ihe
> causes why the admirai and d'Andelot retire from the court. Another cause
> proceeds from the kingof Spain. > (Throckmorlou to the queen, 6 mars 15G2 {Calend. of State pap. foreign).
avec les ménagements d'une faveur ostensible* ,1a permission de se retirer momentanément à Châtillon-sur-Loing, afin qu'il pût, disait-elle, vaquer à ses affaires domestiques; mais ce ne fut pas sans lui avoir formellement déclaré « qu'elle le con- » noissoit tant fidèle serviteur du roy et tant affectionné aussi i> envers sa majesté, que, si le besoin l'y rappeloit,:il ne seroit » paresseux à employer tous ses moyens pour la garantir de la 3 conspiration des Guise ^ ».
A peine, dans les derniers jours de février, l'amiral, pour se rendre à son château, quittait-il celui de Saint-Germain par une porte, que Ghantonnay y entra par une autre et y reçut de Catherine le sévère accueil qu'il méritait^ .
Le 48 de ce même mois de février, partit du Havre, en exécution d'ordres émanés de l'amiral de France, ime expédition maritime organisée par ses soins. Elle était destinée à la fondation d'une colonie française au sein d'une contrée de l'Amérique du nord, la Floride, que depuis quelque temps les Espagnols avaient été contraints d'abandonner, à la suite d'effroyables excès dont les indigènes avaient tiré vengeance. Un marin expérimenté et énergique, appartenant à la religion réformée, Jean Ribaut, avait été choisi par Goligny pour diriger cette expédition. Il emmenait avec lui sur sa flottille des gentilshommes, des soldats, des ouvriers qui presque tous étaient ses coreligionnaires. L'insuccès d'une première tentative de colo-
4. f In Posidonio (Goligny) et aJtero ejus fralre (d'Andelot) nihil est quod
> requiras. Uterque cessil illius insani (Ant. de Bourbon) furoribus, sed cerlo
> consilie quod nobis utile fore spero, quàinvis maluissem ad extreniuiii invictos
> sese opponere. Sed aliter judicant faciendum fuisse, quibus arcana ista 1 notiora sunt quàm mihi. Hoc quidem scio, et régi et reginse gratissimos » discessisse... tertius fraler (Odel) in aulâ remansil, homo, si quisquam in
> eo ordine alius, plané inleger : adeo effusa est Dei benedictio in lotani illam
> familiam. > (Heza Calvino, 26 février 15(52, ap. Daura, app. p. 105).
2. Bèze, Hist. eccL, t. Il, p. 115. — Mêm, de Condé, t. III, p. 587.
3. Voy. une longue dépêche de Ghantonnay au conseiller Tisnacq, du 23 février 15G2 {Mém. de Condé, t. Il, p. 22 à 27).
Digiti
zedbyG00gle
nisation au Brésil, en 1555 et 1556, n'avait pas découragé l'amiral : il poursuivait, au contraire, en 1562, avec une vigueur nouvelle son projet d'assurer une possession coloniale importante à la France et un refuge aux victimes des persécutions religieuses qui pourraient renaître.
Nous reviendrons plus loin sur le sort des deux expéditions de 1555-1556 et de 1562.
Au moment où Coligny faisait preuve d'abnégation par sa retraite et acte de patriotisme par l'envoi de Ribaut en Amérique, deux des Guise, sans souci des intérêts supérieurs de la France, sans respect pour la royauté, n'écoutant que leur ambition insatiable, et tenant désormais à leur dévotion le connétable, le cardinal de Tournon, le maréchal de Saint-André et Antoine de Bourbon* , aspiraient plus que jamais à écraser la réforme et à élever sur ses ruines leur omnipotence dans le royaume. Pour atteindre leur but, ils s'étaient proposé en dernier lieu d'affaiblir les réformés français, d'un côté, en incitant contre l'édit de janvier les parlements, le clergé, les fonctionnaires de tout rang, le peuple, et, d'un autre côté, en privant ces mêmes réformés de l'appui de leurs coreligionnaires à l'étranger. Laissant à d'autres, pour le moment du moins, la charge d'attaquer l'édit, charge qui ne fut que trop ardemment remplie, François et Charles de Lorraine s'étaient réservé le soin de peser personnellement sur les princes luthériens de l'Allemagne.
Alors se consomma, au delà de la frontière française, les 15, 16, 17 et 18 février 156:2, l'exécution d'un plan dont la con-
i . € Cette amitié et confédération de ceux de Guise, du connestable et ma-
> reschal de Saint-André avec le roy de Navarre, fut si sagement conduite,
> qu'en peu de jours ils ne furent tous qu'une mémo chose. Et quelques-uns
> pour lors eurent opinion qu'ils eussent bien voulu que la reine mère du roy
> n'east pas eu le gouvernement, laquelle néanmoins Ta tousjours prudemment
> conservé. » Castelnau, Mém., liv. m, ch. vi.
ception, qui remontait à plusieurs mois, était le fruit d'une insigne astuce et de la pire des hypocrisies, l'hypocrisie religieuse.
Les faits, à cet égard, parlent d'eux-mêmes.
Mécontents de l'influence que Coligny, par ses sages conseils, exerce sur l'esprit de Catherine de Médicis et de l'intention que cette princesse m^iriifeste d'accorder aux réformés l'exercice public de leur culte, François et Charles de Lorraine, de concert avec le connétable, ont quitté la cour en novembre 1561 et se sont retirés, l'un àNanteuil et à Joinviile, l'autre à Reims* . Ils n'y demeurent point inactifs; car, par leurs lettres et par leurs émissaires, lancés dans des directions diverses, ils entretiennent des intelligences avec les ennemis intérieurs et extérieurs de la réforme française, dont ils attisent les haines. Souples dans leur tactique, ils ont soin en même temps de rompre, pour la forme, avec leurs habitudes altières et de faire preuve d'obséquiosité, là où ils espèrent que cela pourra leur être profitable. C'est ainsi que le duc de Guise, tant en son nom qu'en celui du cardinal de Lorraine, son frère, ravive une correspondance qu'il a entamée, au mois de juillet précédent, avec Christophe, duc de Wurtemberg. Exploiter la diver-
1. Voici ce que, concernant Reims, le cardinal de Lorraine écrivit au cardinal de Tournon, au connétable et au maréchal de Saint-André, la veille mAme du jour où fut signé redit de janvier : « Messieurs, je fais mon compte repren- » dre mon chemin à Reims, y passer ce caresme el faire le peu de debvoir
> que je pourray à enseigner mes parrochiens, et pour ce que me scroit un
> grand regret, ayant laissé ma ville bien entière, d'y trouver à mon retour
> chose qui peusleslre cause d'y engendrer trouble et sédilion, comme il pour- » roit advenir sy, en mon absence, ou tandis que j'y seray, il y estoit introduit
'» quelque prédicant..., je me suys advisé, pour obvier à tel inconvénient..., » vous en escripre et prier, messieurs, autant affectueusement qu'il m'est pos- » sible, faire que je puisse obtenir (une leUre de cachet), ou aulre provision,
> pour empescher que aucun des prédicanls entrepreigne de se venir meslcr
> parmy ceulx qui sont soubz ma charge,... car il n'y a chose en ce monde » dont je me sentisse plus offensé que de voir en ma ville qu'il y eust prédi-
> cant et que je n'osasse prendre Tauctorité de le chasser ou faire chastier. » (LeUre du 16 janvier 1562, Bibl. nal., msg. f.fr., vol. 3 197, f 7.)
gence de vues des luthériens et des calvinistes sur la question sacramentaire, comme devant porter Christophe et les princes allemands, ses coreligionnaires, à retirer leur sympathie et leur appui aux réformés français : tel a été le but de cette correspondance, dès son origine, et tel il est encore.
Le 2 juillet 1561, François de Lorraine est entré en matière par ces paroles significatives, visant les sectateurs de la réforme en France* : c Tels séditieux ne font non plus de cas
> de vostre confession et forme d'église, que de celle du pape. y> En lui répondant le 25 du même mois,* , Christophe le prémunit contre les abus du clergé, l'exhorte à étudier la sainte Écriture et ajoute : « Je vous envoie aucuns exemplaires, en La-
> tin et François, de ma confession, qui est un vrai compen- 1 dium de la confession d'Augsbourg. y>
Le 19 octobre, François de Lorraine écrit^ : « J'ay fait voir » par personnes d'estime et bien renommez ce que vous m'avez » envoyé de vostre confession, conforme à celle d'Augsbourg,
> mesme en ce qui touche le Saint-Sacrement; ce qui a esté » fort bien vu par les catholiques de ce royaume. ]^
En novembre, des lettres de François sont apportées par l'un de sesagents,Rascalon*, à Christophe, qui accueille cette nouvelle communication en déclarant^ c que ce luy a esté une grande
> joye d'avoir entendu par là, qu'en matière de la foy, le duc de
> Guise ne désire autre chose plus que sa conscience soit bien
> instruite... — Quant au fect de la religion, dit-il, le désir que » vous avezd'y estreinstruict pour pourvoir à vostre conscience,
> nonobstant la nourriture et institution que vous avez prise dès » vos jeunesses, m'a esté fort joyeux d'entendre. Je ne sçay,
> de ma part, autre moyen plus commode d'appaiser vostre
1. Slullgart, Staats. Archiv. Fraftikreich, cap. 16; a. no 76.