‹ Gaspard de ColignyChapitre 84 sur 226 · De Bèze, Hist. eccL, t. II, p · texte numérisé non relu

De Bèze, Hist. eccL, t. II, p

y> fendre les pauvres oppressés contre la violence dudit de Guise i> et de ses adhérens, il les a tenus et poursuivis comme enne- » mis publics de Dieu, du roy et du repos de ce royaume; mais i> sur sa vie et sur son honneur, ne se trouvera qu'il ait api> prouvé qu'on attentast en ceste façon sur la personne d'icey> luy, jusques à tant qu'il a esté duement adverti que ledit de 3> Guise et le mareschal sainct André avoient attitré certaines 3> personnes pour tuer monsieur le prince de Condé, luy et le y> seigneur d'Andelot, son frère, comme ledit seigneur admirai 7> l'a naguères amplement déclaré à la royne, devant Paris, et y> depuis à M. le connestable, à Orléans. Quoy voyant il confesse 3> que depuis ce temps-là, quand il a ouï-dire à quelqu'un que, y> s'il pouvoit, il tueroit ledit seigneur de Guise jusques en son -» camp, il ne l'en a destourné : mais, sur sa vie et sur son hony> neur, il ne se trouvera que jamais il ait recerché, induit ni 3>, solicité quelqu'un à ce faire, ni de paroles, ni d'argent, ni par y> proûiesses, par soy ni par autruy, directement ni indirectey> ment. Et quant aux vingt escus, il reconnaît estre vray, qu'à 3> son dernier retour à Orléans, environ la fin de janvier dernier, » après que le seigneur de Feuquières luy eut dit qu'il avoit y> cogneu ledit Poltrot pour homme de service, il délibéra Temy> ployer à savoir des nouvelles du camp des susdits ennemis, y> et pour cest effect luy fit délivrer vingt escus, sans luy tenir y> autre langage ni propos, et sans jamais luy faire mention^ de » tuer ou ne tuer pas ledit seigneur de Guise *. »

« Le seigneur admirai jugea qu'on se pourroit servir de

:& Poltrot pom* entendre certaines nouvelles du camp (ennemi) : i> et, pour cest effect, lui délivra cent escus, tant pour le mieux ^ monter, que pour faire les diligences requises en tels adver-

:b lissemens Ledit seigneur admirai est bien recors mainte-

> nant que ledit Poltrot s'avança, luy faisant son rapport, jus-

1. De Bèze, HisL eccL, U 11, p. 296, 297. — Mém. de Condé, t. IV, p. 29i,

> ques à luy dire qu'il seroit aisé de tu^r ledil^ seî^eu^ (Je G^S6, » mais ledit seigneur admirai n'insista jamais suf ce propos, » d'autant qu'il Festimoit pour chose du tout frivole : et sur sa » vie et sur son honneur, n'ouvrit jamais la bouche pour l'inj^ citer à l'entreprendre ^ »

cr Si ledit Poltrot, ou pour crainte de la mort, ou par

i> autre subornation a persisté en ses confessions fau3ses et » controuvées, à plus forte raison ledit seigneur adnji^al et » ceux qui par icelles sont chargés avec luy, persistçnt eiji leurs » responses qui contiennent la pure et simpje vérité. Et d'au- » tant que la vérification de tout ce faict dépend de la confronî tation dudit Poltrot, ledit seigneur admirai avec les dessus- » dits, après avoir récusé les cours de parlemens et tous a^utres î juges qui se sont manifestement déclarés leurs ennemis en » ces présens tumultes, supplient très humblement §a majesté » ordonner que ledit Poltrot soit bien et seurement gardé en » lieu où il ne puisse estre intimidé ni suborné, jusques à tant » que Dieu octroyé la paix tant désirée et nécessaire en ce

> royaume, et que par ce moyen le tout puisse estre véi;*i^é et

> vuidé pardevant juges non suspects. Et, cas advenant qu'auï> cuns desdits juges de parlemens ou autres veuillent dès main- » tenant procéder au jugement et exécution dfidit Poltrot, et j> par ce moyen ester audit seigneur admirai et à tous autres

> le vray moyen de se justifier des susdites fausses accusations, » ils protestent de leur intégrité, innocence et bonne réputation i> contre les dessusdits juges et contre tous ceux qu'il appari> tiendra ^. y>

Il est à remarquer que plusieurs des seigneurs et gentilshommes, réunis par l'amiral pour entendre la lecture de sa déclaration « ne trouvèrent pas bon qu'il confe§sast quelque?

i. De Bèae, Hi$t. eccL, t. 11, p. 300, 301. — Uém, de Condé, t. IV, p, 295 2. Id., Ibid., p. 307. — M., p. 302, 303.

» poîncts si librement, d'autant que ses ennemis en pouvoient 3> prendre occasion de fonder telles conjectures qu'il leur plaij> roit, comme ils ne faillirent pas depuis. Mais l'amiral, homme y> rond et vrayment entier s'il y en a jamais eu de sa qualité, » répliqua que si puis après, advenant confrontation, il con- » fessait quelque chose davantage, il donnerait occasion de y> penser qu'encores n'aurait-il pas confessé toute la vérité, ï> voulut, quoy qu'il en deust advenir, que toute sa déclaration » fûst ainsi rédigée par escrit ^ d

Nous ne ferons pas à la mémoire d'un chrétien, d'un homme d'honneur tel que Coligny l'injure de discuter, un seul instant, les allégations mensongères de Poltrot J il nous suffira de dire : 1*" que la vie tout entière de l'amiral proteste contre l'odieuse accusation d'un assassin cherchant dans l'imposture, si ce n'est une chance de salut, du moins celle d'une atténuation de pénalité ; 2° que les réponses contenues dans la déclaration de l'amiral établissent péremptoirement le fait de sa complète innocence ; 3° que sa persistance à demander une confrontation la confirme; 4° et qu'enfin l'accusation, impudemment forgée, tombe devant le démenti formel que Poltrot s'est donné plus tard à lui-même par une rétractation volontaire.

Coligny, le jour même où il avait signé sa déclaration, l'envoya à la reine-mère, « par un trompette, » avec la lettre suivante * :

<c Madame, depuis deux jours, j'ay veu un interrogatoire qui » a esté fait à un nommé Jean Poltrot, soit-disant sieur de » Merey, du ^V du mois passé : lequel confesse avoir blessé T> monsieur de Guyse, par lequel aussi il me charge de l'avoir » sollicité ou plus tost pressé de faire ce qu'il a fait, et pour ce y> que la chose du monde que je craindroys autant, ce seroit

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