‹ Gaspard de ColignyChapitre 86 sur 226 · d.,IWd.,t. II, p · texte numérisé non relu

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Telle fut la déclaration expresse de Poltrot, à un moment où il jouissait de la plénitude de sa raison. Ensuite, au dire de de Thou* , « il parut effrayé et comme hors de lui-même et ne

> sachant ce qu'il disait, par l'appréhension du supplice ; il » déchargea l'amiral, puis le chargea de nouveau, dans le temps

> qu'on l'exécutait, de même que d'Andelot, son frère d. Si Poltrot en proie aux étreintes d'un horrible supplice, ne savaitplus ce qu'il disait, il le savait du moins avant d'être hvré à ses bourreaux; et dès lors subsiste dans toute sa force l'aveu spontanément fait par lui d'avoir faussement accusé l'amiral.

Ce dernier se plaignit du rejet de sa demande en confrontalion, comme d'un déni de justice caractérisé : c'en était un, en effet ; mais que pouvait attendre d'autre l'amiral, d'un parlement associé aux passions de ses pires ennemis !

Catherine voulait, à tout prix, éviter que Coligny ne s'immisçât dans les négociations qu'elle avait entamées, au sujet d'une pacification dont elle redoutait qu'il ne débattît les conditions, dans l'intérêt des réformés, avec une indomptable énergie. Aussi, profita-t-elle de ce qu'il était retenu en Normandie pour hâter une solution, en mettant en présence le connétable et le prince de Condé. Sûre du premier, elle se flattait, non sans raison, de circonvenir le second et de lui arracher des concessions que jamais elle n'eût obtenues de l'amiral.

Le lieu choisi pour l'entrevue d'Anne de Montmorency et de Louis de Bourbon fut l'île aux Bœufs, sur la Loire.

On convint d'une trêve pour toute la durée des négociati<>ns qui allaient s'ouvrir relativement à la paix.

Ordre fut donné de faire sortir du château d'Onzain le prince de Condé, que «Damville conduisit dans une coche avecq bonne ]^ garde et seure* 3> à Saint-Mesmin.

La reine mère était alors au camp, d'où elle écrivait, le

i.Hist.univ., t. Il, p. 403.

2. Dépêche de Ghantonnay, du 13 mars i56Z'(Mém. de Coudé t. U, p. 138).

4 mars, à de Gonnor *: c Je fais venir (le prince de Condé) îcy, » où il arrivera bien gardé, et le loge à Saint-Mesmin, accom- > pagné de dix enseignes de suisses, i

Dans quelles dispositions arrivait le prince ? Est-il vrai que depuis plusieurs jours, à la suite d'entretiens, dans sa prison^ avec divers agents de Catherine, et notamment avec le prince de la Roche -sur- Yon, il se fût désisté de ses réclamations quant au maintien de Tédit de janvier, et qu'il eût consenti à ce que de graves restrictions y fussent apportées, en se laissant séduire par cette considération, qu'une fois investi de la lieutenance-générale du royaume, qui lui était promise, il pourrait assurer à ses coreligionnaires le libre exercice de leur culte? Est-il vrai, ainsi que l'affirmait le prince de la Roche-sur- Yon* , que dans c sa grande envie de voir finir les troubles, le petit » homme, avec qui il avait parlé seul à seul, s'accommoderait à 1 tout i>? Est-il vrai enfin, ainsi que le prétendait Catherine le 4 mars ^, que ce même prince lui « eût mandé qu'il avoit » tiré de Condé, qu'il se contenleroit, pourvu que les gentils- D hommes eussent liberté de conscience en leurs maisons et î seureté de leur vie et bien et de passé et de l'avenir >, alors que rien de tel n'était énoncé dans la lettre que la Roche-sur- Yon adressa, le 3 mars, à la reine-mère *? Il est impossible de se prononcer avec certitude sur ces divers points. Toutefois, il n'est que trop présumable que Condé, au moment où il quitta le château d'Onzain, était déjà ébranlé dans ses convictions et placé sur la pente dangereuse des- faux calculs et des faux ménagemens. Un contemporain a dit de lui ^ c qu'assailli par

1. Le Laboureur, addit. aux Mém. de Gasteluau, t. II, p. 239.

2. Lettre du 5 mars 1563 à de Gounor (le Laboureur, addit. aux Mém, de Castelnau, t. Il, p.240).

3. Lettre à de Gonnor (le Laboureur, addit. aux Mém, de Castelnau, t. H, p. 239).

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