Hist. de cinq rots, p
Le jour même où s'était terminée la seconde conférence, il se rendit à Orléans, tandis que le connétable restait au camp de Saint-Mesmin avec la cour et les principaux représentants du parti catholique.
Api*ès tant d'angoisses subies, Éléonore de Roye revoyait enfin son mari. Accueilli avec les douces effusions de la tendresse par sa noble femme, le prince ne pouvait recevoir et ne reçut d'elle que de précieux conseils, inspirés par la foi, l'honneur et le sentiment du devoir; mais tout en les écoutant avec une apparente confiance, était-il fermement décidé aies suivre? Pouvait-il, en présence de sa tante/Charlotte de Laval, dont la délicatesse d'impressions et les pensées viriles égalaient la piété, /se sentir le cœur au larçe, alors qu'il se montrait à elle pressé de conclure la paix sans attendre la venue de l'amiral, à qui non moins qu'à son neveu appartenait le droit d'en débattre les conditions? Ces questions se posent d'elles-mêmes, et leur solution paraît devoir se dégager de l'ensemble des faits qui viennent d'être retracés et de leur liaison avec ceux dont l'exposé va suivre.
Le prince ne tarda pas à recevoir à Oriéans, comme délégués par leur collègues pour s'entretenir avec lui, trois ministres, Desméranges, Pierius et Laroche Chandieu, auxquels « il pro- » posa deux points : le premier, s'il feroit selon Dieu et sa con-
> science de protester à la royne que, s'estant armé pour l'ob-
* servation de l'édit de janvier, il estoit raisonnable qu'avant que » poser les armes, il fust entièrement restabli selon sa forme et
> teneur; le second, si, ne pouvant obtenir ce que dessus, il » pourroit demander à la royne qu'elle proposast ce qu'elle ver-
> roit estre bon et convenable pour la pacification des troubles.
> Les ministres ayant descouvert par le discours du prince,
> qu'on estoit après à rongner de la liberté de l'exercice de la
* religion octroyée par l'édict de janvier par tout le royaume
> sans exception, luy remonstrèrent vivement, autant que le
Go^lc
» temps le permettoit, le tort qu'il se feroit et à toutes les j> églises, admettant aucune telle exception, et les inconvéniens 2> manifestes qui en adviendraienl/et notamment luy protes-
> tèrent, tant en leur noms que de leurs compagnons, qu'estant
> obligés aux lieux ausquelz ils avoient esté envoyez pour près- 1 cher la parole de Dieu, ils obéiroient en cest endroit à Dieu » et non pas aux hommes. Bref, ils luy déclarèrent que laroyne
> ne luy ne pouvoient selon Dieu et raison déroguer tant soit peu )> à un édict tant solennellement faict à la réquisition des estais }> par une si notable assemblée de tous les parlemens de France, ^ et, qui plus est, émologué et juré. Ce prince respondit qu'aussy » ne le feroit-ii pas ; leur enjoignant cependant de communi- » querles points que dessus à toute leur compagnie pour Yen if résoudre le lendemain 9 ^ >
Le 9, les ministres, au nombre de soixante-douze, ayant délibéré, remirent au prince leur avis par écrit. Ils demandaient notamment : 1** que Fédit de janvier fût maintenu, confirmé et exécuté sans restriction ni modification ; 2** que les athées, les libertins, les anabaptistes, les servétistes et autres hérétiques ou schismatiques fussent frappés de peines sévères; 3** qu'on informât contre les auteurs des massacres deVassv, de Sens et d'autres lieux, et qu'on les punît * .
Que devait faire Condé? Sans s'arrêter au second chef de demande, qui méconnaissait le principe de la liberté religieuse, et en réservant l'accueil à faire, en temps opportun, au troisième, il devait sans hésitation faire droit au premier, qui était parfaitement fondé, et demeurer de la sorte fidèle à ses engagements dans la lutte par lui soutenue au nom de l'édit de janvier. Que fit-il au contraire? Porteur des articles couchés dans la conférence du 8, qui contenaient de funestes dérogations à cet