‹ Gaspard Gregoire et ses velours d'artChapitre 7 sur 12 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

Le Sieur Grégoire a eu l'honneur de présenter ses premiers essais en velours à M. le comte d'Angiviller qui a daigné les accueillir avec bon té ; il aurait dû sans doute s'assurer auparavant de pouvoir exécuter des objets en grand comme les seuls qui puissent intéresser M. le Comte, mais le Sieur Grégoire n'étant pas fabriquant, il n'a eu la permission de travailler nulle part ; c'est cette permission qu'il est venu solliciter à Paris ; ce n'est même qu'après beaucoup de peines et d'épreuves qu'il a pu réussir à Lyon à exécuter ses petits essais.

Le Sieur Grégoire s'est engagé à l'exécution du portrait de la Reine et d'un tableau de fleurs sans promettre un entier succès; le portrait de la Reine a mal réussi, cela est vrai et le tableau de fleurs en conséquence n'a pas été exécuté, mais il avait l'espoir de réussir et surtout la certitude défaire ces ouvrages en petit, mieux qu'aucun autre de ces ouvrages ; M. le Comte peut en juger d'après les copies qui sont entre ses mains.

C'est la première fois que le Sieur Grégoire a entrepris un ouvrage dans la largeur du velours ; le logement qu'il occupe n'étant pas disposé favorablement pour ses métiers, les opérations ont été pénibles et défectueuses, mais il est assuré du moins de pouvoir à l'avenir exécuter assez bien des ouvrages de cette grandeur, ce qui était incertain auparavant. Le Sieur Grégoire n'a cessé de faire des épreuves relatives à la perfection de ses ouvrages en velours ; il peut faire en ce moment l'expérience intéressante qu'il a eu l'honneur de proposer depuis très peu de temps à M. le Comte

PIÈCES JUSTIFICATIVES

et qu'il ne lui a point annoncée avant d'être assuré du succès. Si elle peut par cette raison lui donner quelque confiance pour d'autres recherches que le Sieur Grégoire a à faire, elle sera pour lui inappréciable.

L'ouvrage du Sieur Grégoire n'est pas comme ceux de toutes les manufactures dont les moyens assurés avant l'entreprise n'exigent plus qu'un travail de spéculation ; il ne peut lui-même compter solidement sur quelques moyens qu'il a en vue qu'après une exécution dispendieuse. Il doit paroître juste du moins qu'il soit assuré d'en retirer le fruit en cas de réussite. Un travail exclusif et un terme un peu long sont les faveurs essentielles qui peuvent lui faire espérer d'en être dédommagé.

M. le Comte a la bonté de lui proposer un brevet pour (en blanc) ans. Le Sieur Grégoire l'acceptera avec reconnaissance, espérant qu'il sera accompagné des titres qui le mettent à l'abri de tous risques et que Sa Majesté voudra bien se réserver de lui accorder quelque autre grâce qui assure encore mieux son établissement quand il présentera des ouvrages qui auront plus de succès.

M. le Comte veut bien lui accorder pendant ces {en blanc) années la somme de 3.000 livres sous des conditions relatives aux objets en grand dont le secret appartiendrait au Roi, etc., etc. Il est naturel que le Sieur Grégoire désire la très grande faveur et le très grand avantage que ses ouvrages soient agréés par Sa Majesté. C'est dans cet espoir qu'il a présenté ses premiers essais à M. le Comte qui a augmenté cet espoir en jugeant qu'ils méritoient d'être protégés, mais il permettra au Sieur Grégoire de lui observer que ne sachant point encore à quoi il réussira, l'engagement le plus simple peut devenir pour lui très dangereux ; aussi il espère que M. le Comte voudra bien lui accorder cette somme à titre d'encouragement et cependant pour être employée à des essais en grand.

Le Sieur Grégoire fera tous ses efforts pour mériter la continuation des bontés dont M. le Comte a daigné lui donner des marques distinguées jusqu'à ce jour, il espère qu'elles ne seront point infructueuses.

N°5. — Archives nationales 01 1919, p. 5.

8 août 1787.

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