‹ Gaspard Gregoire et ses velours d'artChapitre 8 sur 12 · DÉPARTEMENT DES ARTS · texte numérisé non relu

DÉPARTEMENT DES ARTS

Le Sieur Grégoire, père de celui qui étudie et qui a avancé jusqu'à un certain savoir l'art d'exécuter des tableaux en velours, demande que les essais de son fils soient présentés au Roi.

Le même jour. Répondre en déduisant avec honnêteté et même complaisance les considérations qui combattent les vues de son fils sur ce qui est grâces à obtenir du gouvernement qui ne peut et ne doit en accorder qu'à des découvertes utiles et vérifiées.

Monsieur le Comte,

L'accueil favorable que vous avez fait à mon fils lorsqu'il a eu l'honneur de vous présenter son nouveau genre de tableaux en velours, la bonté que vous avez eue de lui accorder un logement aux Galeries du Louvre et de lui faire donner un encouragement en argent, l éblouirent si fort qu'il se décida de quitter le commerce pour se livrer entièrement à ce travail et à des découvertes ultérieures, d'accord avec moi et toute ma famille qui heureusement ne fait qu'un tout.

Persuadé que ces ouvrages seraient présentés à Sa Majesté ainsi que vous l'avez toujours fait espérer à mon fils, j'en ai attendu la réussite pour n'avoir qu'un remerciement à vous faire. Deux ans se sont écoulés, sans que j'aie eu cette flatteuse satisfaction.

J'ai la douleur d'apprendre aujourd hui, après ce long espace de temps et après les dépenses particulières que j'ai faites qui sont immenses (pour un père qui a huit enfants) que toutes ces espérances sont évanouies, au point que le logement de mon fils doit être occupé sous peu par M. Lagrenée.

Gela étant, Monsieur le Comte, que doit devenir ce cher fils,

PIÈCES JUSTIFICATIVES

auquel je n'ai aucun reproche à faire ? Ses dépenses excessives étant de première nécessité pour sa nourriture et celle de son frère, celle des ouvriers qu'il a encore en grande partie, celles pour le prix des soies achetées à Lyon et en Piémont, des métiers, des petits meubles et généralement pour l'entretien le plus simple, etc., etc.

Je ne peux pas douter, Monsieur le Comte, de la beauté des ouvrages de mon fils, par l'estime que vous en avez faite vous-même, par celle de M. Boutin, du Conseil royal des Finances, de M. le Comte de Thiers, du fils de M. de Miromesnil, de presque tous les membres du Parlement et de la Gourdes comptes de Provence, et généralement par l'approbation de tous les amateurs d'Aix, de Marseille, de la Province et d'un nombre infini de seigneurs Anglais qui me sont tous adressés par tant de maisons de banque, etc. On n'en a même vu que les premiers essais qui ont été admirés par toutes ces personnes si recommandables qui sont venues les voir chez moi.

J'ai voulu que mon heureuse famille, mon fils et moi ne dussions qu'à vous seul, Monsieur le Comte, la jouissance de ces découvertes inattendues, fruits du génie, de l'application et de l'éducation la plus soignée. La plus grande grâce que nous demandions est que les ouvrages soient présentés par vous à notre souverain ; nous vous supplions de nous l'accorder ; l'accueil qu'il recevront décidera ensuite d'un privilège qui ne pourra jamais choquer en rien les manufactures royales ni celles de Lyon, puisqu'il n'y sera jamais question que d'ouvrages en velours de médiocre grandeur.

Ces découvertes utiles et j'ose dire admirables, appartiennent en propre à mon fils, vous trouverez juste, M. le Comte qu'il en jouisse pendant quelques années comme étant son propre bien. Elles seraient perdues pour la société si ce cher enfant venait à mourir.

Vous êtes le protecteur né des Arts, et je ne saurais trop vous assurer du profond respect avec lequel je suis

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Grégoire père.

A Aix, le 31 juillet 1787.

N° 6. — Archives nationales 0 1919, p. 5.

7 novembre 1787.

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