SCENE PREMIERE
VISCONTI, Un Garde, puis FABRICIO.
VISCONTI , sortant de son ahattement. Riccardo n'a pas encore reparu?
LE GARDE. Pas encore, mon prince...
VISCONTI. Il tarde bien î... et le capitaine Fabricio ?
LE GARDE , apercevant le capitaine. Le voici . . .
VISCONTI , se levant, et allant à lui. Eh bien I capitaine?
FABRICIO. Mauvaises nouvelles , monseigneur !... les rues sont pleines de Milanais qui courent se joindre au commandant Francesco.
VISCONTI. Et le connétable?
FABRICIO. Est maître de l'arsenal, qu'il défend en personne.
VISCONTI. Il prend lai-même part à l'action ?
FABRICIO. Il vient de sortir à la tête de ses gardes.
VISCONTI. Ecoutez bien, capitaine, ce que je vais vous dire... et exécutez ponctuellement mes ordres.
FABRICIO. J'écoute.
VISCONTI. Vous abandonnerez la lutte' avec le commandant... moins redoutable., et vous conduirez deux compagnies de
mes gardes à l'arsenal vous attendrez
que le connétable se livre , et vous commanderez le feu sur lui... sur lui seul... Qu'il tombe, et tout doit s'écrouler avec lui...
FABRICIO. Seigneur... le peuple entier voudra venger sa mort...
VISCONTI. Il a fait naître aujourd'hui la guerre civile, Fabricio ; l'occasion est belle, et je veux la saisir.
FABRICIO. La mort du connétable n'aurai peut-être pas le résultat que son altesse en attend.
VISCONTI. Votre souverain vous a donné des ordres, capitaine Fabricio ! . .
FABRICIO. Je les exécuterai, duc... v»« pères ont fait la fortune des miens... et mes pères se sont toujours bravement battus pour les vôtres... Duc ^e veux vous
obéir aveuglément... et je pars... Dieu veuille que vous n'ayez pas à vous en repentir !
VISCONTI. Toujours des mots de repentance... partout de tristes présages!... { Apei celant Riccardo qui entre.) EIi bien ! que t'ont dit... les devins astrologues?
RICCARDO. Rien de bon pour nous,., monseigneur; ils assurent voir poindre une étoile auprès de celle des Visconti... ils m'ont remis à demain pour l'explication positive de ce pliénomène... qu'ils disent d'avance redoutable pour vous...
VISCONTI. Encore!... que leur science soit maudite!... Si Fabricio peut réussir, je la ferai bien mentir. A-t-on enfin arraché quelques aveux à Gaspardo ?
RICCARDO. Nous avons essayé sur lui nos tortures douloureuses, deux fois il s'est évanoui, deux fois les soins du frère Raphaël l'ont rappelé à la vie... et le patient n'a rien révélé. {On entend des coups de feu plus rapprochés.) Les arquebusades approchent.
VISCONTI. Il assure peut-être de nouveau ma force... Va, Riccardo; descends au caveau de mes ancêtres , va brûler l'encens au pied de leurs statues... en demandant à leurs âmes une prière pour le maintien de la couronne qu'ils m'ont laissée. . .
RICCARDO. Oui, mon prince... {A part.) La lutte est maintenant trop chanceuse, Visconti... Je vais songer à moi.
(Il sort.) VISCONTI , au garde qui est près de lui. Toi, cours aux environs de l'arsenal, où Fabricio se bat contre le connétable, et tu reviendras de suite m'apporter des nouvelles, quelles qu'elles soient...