‹ Gasparo Gozzi, JournalisteChapitre 29 sur 69 · TERRE · texte numérisé non relu

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lequel ayant peint un homme dans une attitude de combat l'avait non seulement parfaitement imité.…., mais encore, en le découvrant, fait sonner de la trompette et battre du tambour; grâce à quoi les concurrents tous animés d’un esprit batailleur, voyant le tableau le jugèrent fort beau » (48).

Dans un autre feuillet de la Gazzetta Veneta (49), Gozzi vante le talent d’Alessandro Longhi, fils du grand peintre vénitien Pietro Longhi; puis il disserte longuement sur les beautés de la nature et sur les imitations qu’en font les artistes, qui ne la voient pas tous de même, ce qui est cause de la diversité de leurs manières. Et il constate toute la différence qui sépare Tiepoletto (50) de Longhi : le premier présentera un fait d’armes, une assemblée de hauts personnages, un débarquement; le second, un bal, une bonne fortune, une élève musicienne et cette imitation ne sera pas moins parfaite que l’autre, car l’on retrouve dans la nature aussi bien la grandeur que la grâce et tel voit l’une êt tel voit l’autre. »

Le portrait, si ressemblant, qu’Alessandro Longhi a fait d’un hôtelier sera exposé le jour de St Roch à l’école du même nom. C'était un usage, parmi les jeunes artistes, de montrer ainsi leurs œuvres au public,

(48) Gozzi écrivit par erreur dans la «Gazzetta Veneta » (p. 425), et dans le « Proemio al Mondo Morale » : Terone. Il s’agit en réalité de Theon.

(49) Ed. cit., p. 243, n. LV.

(50) Tiepoletto ou «Chiepoletto» étaient les diminutifs familiers donnés à Giambattista Tiepolo. (Cf.: Molmenti: « G.-B. Tiepolo, la sua vita e le sue opere », Milano, 1909, p. 22.)

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usage que ne dédaignaient pas les peintres consommés qui pensaient ainsi contribuer à l’accroissement de la renommée de leur belle école vénitienne. « Je ne sais, ajoute Gozzi, si je dois placer il Sig. abate Longhi parmi les jeunes peintres ou parmi les vieux, puisque sa réputation a été établie auparavant déjà, par d’autres œuvres » (51). |

A propos des artistes que cite Gasparo, il ne faut pas oublier le paysagiste Jacopo Marieschi, dont il loue un tableau représentant Saint Jean l’Evangéliste, entouré d’anges, qui ornait depuis peu l’église dédiée à ce grand saint (52).

Guido Reni et le Tintoret sont aussi mentionnés, non pas tant à cause de leur génie, qu’à cause de leur originalité d’esprit (53). La critique musicale tient un peu de place dans la Gazzetta Veneta. Ce sont presque uniquement des comptes rendus d’auditions d’oratorios ou d’opéras, et des. distributions plus ou moins généreuses d’éloges décernés aux cantatrices, aux musiciens, et aux compositeurs. « À l’asile des Incurables, dimanche, lundi et mardi fut chanté un Oratorio sacré intitulé : « Virgines prudentes et fatuae ».… La musique est du signor Vincenzo Ciampi qui mérite beaucoup de louanges. Chacune des chan-

(51) Ed. cit., p. 244, n. LV.

(52) Gazzetta Veneta, p. 222.

(53) «I pittori hanno sempre dello strano e del fantastico Chi nol sapesse quasi per proverbio, legga le vite del Vasari, quelle che scrisse il Ridolfi e altre”siffatte che ne sono molte, e vedrà se ‘o dico il vero.» (Ed. cit., p. 181.)

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teuses fut applaudies, mais celles qui eurent le plus de succès furent Mmes Regina Rossi, Laura Raiïimondi et Francesca Rubini. Les deux premières se firent particulièrement remarquer dans un duetto qui plut à tous les auditeurs. Très remarquée aussi, parmi les musiciennes, une violoniste qui accompagna un air à Mme Rubini (54).

Quant aux lettres qui étaient, avec l’observation morale, le domaine propre de Gozzi, la Gazzetta leur faisait une large place. Elle leur consacre des chroniques de critique littéraire et théâtrale et des rubriques d’information. Nous nous en tiendrons ici à ces dernièes, désirant étudier systématiquement l’œuvre de Gozzi comme critique littéraire et dramatique dans l’ensemble de ses journaux.

La rubrique « Nouvelles théâtrales » était assez semblable à ce qu’elle est dans nos journaux modernes. En voici deux exemples : « Mardi soir, dernier jour de Carnaval, au théâtre St-Samuel, à 5 heures précises, commencera la représentation d’une brève « mais ridicule comédie », qui se terminera par un feu d'artifice dont les différentes pièces représenteront diverses figures et des fontaines d’une iñvention nouvelle et charmante qui surprendront. Le « bouquet » représentera le Triomphe de Bacchus... Le billet d’entrée sera vendu 15 sols » (55). « Ce soir et

(64) Ed. cit., p. 83-84.

(55) Ed. cit., p. 23, n. IV.

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demain, au théâtre St-Moïse, changement de spectacle. On jouera le drame : «La Buona Figliuola ». Lundi sera repris le drame intitulé : « Philosophie et Amour », avec de nombreux ballets… » (56).

Parmi les «livres nouveaux » (« libri sotto il tor-

chio ») figurent en grand nombre ceux des Jésuites

(57). On était alors au plus fort de la guerre contre ces religieux. Déclarée un an auparavant au Portugal, par le marquis de Pombal, elle devait amener leur expulsion, mais la suppression de l’Ordre n’eut lieu qu’en 1773.

On annonce aux curieux du moyen âge la publication imminente des «Memorie del beato Enrico morto in Trevigi l’anno 1315 (58) » et à ceux de l’antiquité, une nouvelle édition des sonnets de «Caton d’Utique », traduits en vers latins et munis de la clef des énigmes. Comme, ajoute-t-on, « c’est une œuvre divertissante, non moins qu’une œuvre de valeur, elle pourra également servir de studieux exercices pour les beaux esprits et d’agréable pâture aux conversations journalières » (59).

Les amateurs de poésie sacrée ne sont pas oubliés. Antoniô Bianchi, « servitore di gondolo », annonce à

(66) Ed. cit., p. 23, n. IV.

(57) Ibid., p. 152, n. XXXIV.

(68) Ibid., p. 35, n. VI.

(59) Ed. cit., p. 274, n. LXIIT. Dans le n. LXXX, p. 338, il est aussi question de la publication <«d’una versione della Commedia di Plauto, fatta da persona di grande intelligenza del teatro, con una prefazione in cui si ragionerà lungamente e con molta dottrina intorno al teatro antico e moderno. »

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leur intention, une réédition de son DOtTRE « Davide, Re d’Israele » (60).

Dans le numéro du 27 décembre, l’éditeur vénitien Antonio Zatta recommande aux lecteurs « l’Histoire de l'Eglise depuis le commencement du monde jusqu’au xvurr° siècle », de Mgr. Godeau, d’abord évéque de Grasse, puis de Vence (l’un des habitués de la Chambre Bleue de l’Hôtel de Rambouillet), traduite en italien par le Père Arnaldo Speroni, bénédictin, directeur du noviciat de S. Giorggio Maggiore (61).

Gozzi publie peu de poésies dans la Gazzetta Veneta : un sonnet de Frugoni (62), quelques autres, bien médiocres et deux fragments, d’une veine meilleure, traduit de Perse (63) et de Gessner (64).

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