‹ Gasparo Gozzi, JournalisteChapitre 31 sur 69 · PRET · texte numérisé non relu

PRET

mettaient de dessiner les petits tableaux de mœurs où il excellait). Mais en donnant une grande importance aux chroniques littéraires et morales, il s’inquiétait de savoir quelles seraient les réactions de son public. Cette préoccupation, si naturelle chez un journaliste, se trahit dans les essais qu’il fait pour établir un échange d'idées avec ses lecteurs. L’exemple lui en était donné par le Spectator et l’on peut trouver là une imitation fort nette de la feuille anglaise. Il est possible que cette correspondance fût pour la Gazzetta Veneta, comme pour le Spectator, un artifice littéraire destiné à varier la forme des chroniques. Mais elle répondait trop bien, pour ne pas avoir une grande part de réalité, à deux nécessités qui s’imposaient au rédacteur; savoir ce que désirait son public et l’avoir comme collaborateur. Dès le début, il avait quêté l’avis de ses lecteurs. Ceux-ci étaient bien difficiles à contenter si l’on en juge par la lettre suivante : « Al Stimatissimo Sig. Osserv. il Sig. Vene Gazzettiere ». « Celui qui écrit se plaint de ce qu’à Venise, il y ait plus de maisons à louer que celles qui sont énumérées dans le premier feuillet de la Gazette ». — « Je réponds que je n’indiquerai jamais que celles qui m'ont été signalées. Les autres peuvent être louées sans que je le sache. » — « On se lamente de l’inexactitude du prix des marchandises. » — « Je réponds qu’ils sont exacts. Des personnes particulièrement expérimentées me l’affirment. Il est entendu que les prix donnés sont

ON

toujours des prix de gros. >» — « On gémit de ne pas trouver le récit des événements les plus notables, comme on les trouve dans les Gazettes de Londres, de Paris et de Hollande. >» — « Je réponds que, quand il arrivera quelque chose d’important, je l’écrirai ; mais, n'étant pas le Destin, je ne puis faire que cela arrive. >» — « L’on vous menace de vous remplacer à la rédaction de la Gazzetta Veneta. Tous ces avis émanent d’une personne qui vous veut du bien. >» — « Je lui en suis extrêmement obligé et je la compterai désormais au nombre de mes plus chers amis (bien que je ne la connaisse pas) parce qu’elle parle franchement et qu’elle m’a donné l’occasion de noter ce petit événement » (76).

Ce lecteur, vrai ou supposé, était un homme précis, qui exigeait avant tout de son journal des renseignements exacts.

Gozzi demandait à ses lecteurs d’être aussi ses collaborateurs à la Gazzetta Veneta… « Le public, écrit-il, doit spontanément me fournir de quoi l’engraisser, comme il a fourni, pendant un temps, la matière des gazettes à Addison, à Swift, à Steele... sur les traces de qui, bien que de loin, à cause de mon peu d’habileté, j’ai intention de marcher » (77). Cette collaboration ne devait pas être très importante et se réduit à quelques lettres, le plus souvent anony-

(76) Ed. cit., p. 13, n. 2.

(77) Ed. cit., p. 317, n. LXXV.

Page 1