ET ARE OT TR EN
Mt
d’elle, et la goutte délogée de là, alla se cacher dans le pied d’un grand seigneur, lequel était un fin gourmet et buvait les vins les plus capiteux que produisaient les vignes du monde entier. Il ne l’avait pas plus tôt sentie dans ses articulations qu’il commença de rester au lit et qu’il se mit à la caresser avec des emplâtres et des onguents et mille galanteries, si bien que la vie de la goutte devint la plus agréable et la plus douce que l’on eût jamais vécue (50). » Et Gozzi de conclure par un conseil aux goutteux, qui révèle son peu de foi en la médecine (51): « L’exercice est l’unique remède à ce mal. Et si vous ne vous imaginez pas avoir les talons d’un vilain et que vous vous fiiez aux médicaments, vous resterez la plus grande partie de l’année dans le même état que celui où vous vous trouvez en ce moment (52). »
La Fable de l « Osservatore », qui commence ainsi:
« Vengon dall’alto ciel, dal bel soggiorno Dove han luogo gli Dei, l’api gentili (53). » traduit, quoique très librement, celle que La Fontaine a intitulée « Le Cierge » (54).
(50) «La goutte, d’autre part, va tout droit se loger Chez un prélat qu’elle condamne À jamais du lit ne bouger.
Cataplasmes, Dieu sait! Les gens n’ont point de honte De faire aller le mal toujours de pis en pis.» (Ibid, vers 38-45.) (51) Cf. à ce propos: Osservatore, p. 508-511, où Gozzi fait une amusante satire des médecins.
(52) « Osservatore Veneto», p. 310.
(53) Ed. cit., p. 292-93. (64) La Fontaine : Fables, L. IX-XII.
« C’est du séjour des dieux que les abeïlles viennent. »
Gozzi s’est aussi certainement souvenu du « Rat et de l’Huître » (55) en nous contant les mésaventures d’un rat qui, sorti du panier où il était né, commença par jouir profondément du vaste espace qui l’entourait.… < mais, peu à peu, il se mit à ressentir un tourment qu’il n’avait jamais éprouvé dans sa première petite maison; car, se comparant aux autres animaux dont les uns étaient cajolés par les hommes et dont les autres étaient plus grands que lui, il fut bientôt rongé par le ver de l’envie et il aurait voulu égaler tantôt celui-ci, tantôt celui-là ». La pauvre bête devait finir entre les pattes d’un chat (56). De semblables malheurs arrivèrent au brochet.. Les eaux du Piave lui ayant paru indignes de lui, il voulut entrer dans la mer, mais hélas! un poisson plus grand que lui le rencontra sur son passage et n’en fit qu’une bouchée. Et voici maintenant la moralité de ces deux fables: « Certains, sortis par orgueil de leurs paniers ou de leurs ruisseaux pour courir ou nager dans un plus vaste espace, n’en ont jamais éprouvé aucun bien sur la terre. Et si je voulais considérer la manière dont la Nature nous a créés, je pourrais presque prouver que nous sommes nés, plus pour rester tranquilles, que pour nous agiter (57). »
(55) Ibid., L. VIII-IX.
(56) «Osservatore Veneto », p. 180.
(57) Voici la moralité de da fable de La Fontaine :
«Cette fable contient plus d’un enseignement : Nous y voyons, premièrement, Que ceux qui n’ont du monde aucune expérience
Dans son « Eloge de la Convalescence », Gozzi fait allusion au « Chêne et au Roseau » d’Esope (qu’il connaissait par l’adaptation qu’en fit La Fontaine (58) et compare le convalescent au roseau lequel. « cédant à l’impétuosité du vent et se pliant, demeura seul, tandis que le chêne fut déraciné (59) ».
L'influence d'Antoine Houdart de la Motte se manifeste nettement dans trois fables en prose: celle où l’on voit Mercure conduire les quatre Ombres dans les Champs-Elysées (60) reproduit « Mercure et Îles Ombres » (61). « Il Guïidizio, la Memoria e la Fantasia » (62) ne diffère guère du « Jugement, de la Mémoire et de l’Imagination » (63), enfin, la « Berretta >» (64) est une transformation du « Bonnet » (65) mais qui apporte un peu de nouveauté sous la forme de colloque entre l’homme, à qui son précieux talisman permet de savoir ce que pensent ses semblables, et son avocat d’abord, puis, son adversaire ensuite.
Sont, au moindre objet, frappés d’étonnement ; Et puis nous y pouvons apprendre Que tel est pris qui croyait prendre. »
(58) La Fontaine : Fables, L. 1-22.
(59) « Osservatore Veneto », p. 103.
(60) Zbid., p. 255-256.
(61) A.-H. de la Motte: Fables nouvelles dédiées au Roy, Paris, 3 fr 5 0 Pt PNA EPA CPE € D
(62) « Osservatore Veneto », mp. 260-262.
(63) A.-H. de la Motte : Fables, L. III, F. 13.
(64) « Osservatore Veneto >, p. 278-280.
(65) A.-H. de la Motte : Fables, L. V, F. 20.