‹ Gasparo Gozzi, JournalisteChapitre 50 sur 69 · VI. — JUGEMENT SUR L’Osservatore Veneto · texte numérisé non relu

VI. — JUGEMENT SUR L’Osservatore Veneto

L’Osservaiore Veneto recueillit bien plus de suffrages que les deux autres périodiques de Gozzi. Pour nous, lecteurs du vingtième siècle, la Gazzetta Veneta est plus attrayante. Sa fidèle peinture des mœurs locales nous permet d’évoquer la ville charmante et indolente, souvent calomniée, et nous préférons sa brillante et spirituelle chronique aux allégories et aux allusions mythologiques de l’Osservatore. Mais, il est bien évident qu’au point de vue strictement littéraire, ce dernier journal marque un réel progrès sur les précédents et donne à penser que le génie de Gozzi, au lieu de se disperser dans d’aussi brèves

(79) Etudes italiennes, 1928-29, p. 193-221.

compositions, eût été capable de créations plus importantes.

Certes, on peut reprocher à Gasparo Gozzi, une certaine prolixité, quelques répétitions et de nombreuses négligences de style. On ne saurait lui en tenir rigueur, quand on songe qu'il était obligé de composer en hâte pour la date de parution du journal. Lui-même se rendait parfaitement compte de ces défauts puisqu’il s'excuse de suivre « le feu de son esprit ».

L’Osservatore, plein de bon sens, n’est pas l’œuvre d’un génie supérieur, mais celle d’un génie équilibré et mesuré. Foscolo en recommandait la lecture aux Anglais. Gaetano Sangiorgio, dans sa « Diceria agli

-scolari >» (80), en faisait le plus grand éloge.

Quant à nous, lecteurs du vingtième siècle, en parcourant ce périodique dont la morale est de tous les temps et de tous les pays, nous nous représentons la personnalité de l’auteur, ce gentilhomme qui observait les choses d’un regard perpétuellement calme et digne. Sans doute, manque-t-il à l’Osservatore quelques accents brusques et passionnés : il y rêgne une sérénité, une atmosphère limpide et lumineuse dans laquelle toute l’œuvre semble baigner.

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(80) « Nell’ Osservatore, con vena mai seccata a Jlanci e a salti, col pennello castigato e corretto del Correggio, e co ’tratti arditi del Veronese a furia di baje vi difese e v’insegné la verità derise corbellerie e malvagità senza riuscire pettegolo e ridesté la buona morale.» (Gaetano Sangiorgio, Diceria agli scolari, estratto dalla

Favilla, Assise, 1877).

De ce qui précède, il apparaît que Gasparo Gozzi n’écrivait pas pour le peuple, mais pour un de ces salons vénitiens où tout devait être gracieux, aimable, et où le moindre mot de remontrance était corrigé d’un sourire.

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