GASPARO GOZZI, CRITIQUE LITTERAIRE ET DRAMATIQUE
« Gasparo Gozzi prese a difendere il suo poeta con quell’ arguzia urbana che teneva dell attico e del fiorentino. »
(TOMMASEO) I. Le critique littéraire. — 11. Le critique dramatique. I. — LE CRITIQUE LITTÉRAIRE.
Si nous voulons envisager Gasparo Gozzi sous cet aspect particulier de « critique littéraire et dramatique », il nous faut lire l’ensemble de ses journaux et non pas l’un plutôt que l’autre.
Gozzi parle tour à tour du « Style épistolaire » dont il loue les formules de politesse employées, avec quelques variantes, dans tous les pays du monde (1),
(1) «Pare a me che questi atti e queste cortesie sieno un effetto del buon terreno e dell’ottima qualità del cuore umano. » (Osserva-
tore, p. 108.)
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de l’ « Histoire » dont il déplore le peu de véracité, des diverses qualités de « l’Allégorie » (2), et de la « Satire » pour laquelle il donne de sages conseils. Après avoir cité Berni, qui dans ses « Rime Burlesche » avait écrit ce vers: « L’usanza mia non fu mai di dir male », il déclare que « la satire est un des genres littéraires qui renferme le plus de difficuités (3) », et il recommande aux écrivains qui veulent le cultiver d’éloigner de leur esprit toute ombre de colère ou de rancune personnelle et de faire montre d’une constante bonne humeur, malicieuse, mais sans méchanceté.
Gozzi flétrit les écrivains plagiaires: « Les œuvres de la plupart des auteurs sont comme un manteau en lambeaux; les couleurs sont prises çà et là, et, afin qu’on n’en dise point de mal, nous avons inventé ce nom « d’érudition >» qui couvre les menus larcins (4). »
Il parle longuement des poètes. Dans son dialogue entre Charon et Mercure, il fait dire au premier de ces personnages, que la poésie, quand elle n’a pas une utilité quelconque, n’est autre chose « qu’une articulation sonore qu’emporte le vent (50) ».
(2) «So io bene che questo modo ha in sè molte gravi difficoltà e che, non ‘è cosa agevole… ïl rendere l’argomento si chiaro alla udienza ch’essa se ne avvegga, e tenerlo d’all’altro lato si occulto, che il velo dell’allegoria non ne rimanga in alcuna parte squarciato.» (lbid., p. 332.)
(3) Ibid., p. 276.
(4) Osservatore, p. 106.
(5) Ibid., p. 245.
Ailleurs, c’est Thalie qui fait une description charmante du Parnasse (6).
Gozzi parle de la religion comme d’une « machine » poétique dans le poème épique (7).
Dans le dialogue intitulé « Gl Ingegni », il recommande aux poètes d’imiter la nature et de se laisser guider dans le « poétique voyage » par les auteurs anciens, favoris des Muses. Cependant, il les met en . garde contre une mauvaise imitation (8) et leur conseille de chercher le fond plutôt que la forme. « La correction du langage est nécessaire. maïs c’est un vêtement, et à quoi servent les vêtements si tu n’as pas de corps à y enfermer? Les nobles esprits que tu cherches à imiter pensèrent d’abord aux os, à la moelle, à la chair, puis ils les ornèrent (9). »
Dans un autre dialogue entre: « ia Poesia e il Cervello », Gozzi se révèle inconsciemment. Dans le poète distrait dont les oreilles n’entendent pas, qui répond hors de propos, qui n’aime que la solitude, nous voyons sa personne tacitune, absorbée. Quand il se refuse à publier des vers, parce que « le monde est si plein de poèmes, de chansons, de sonnets, de « terzine », de madrigaux, de satires, et d’autres fantaisies, que toutes les oreilles en sont assourdies et que ce serait jeter de l’eau dans la mer ».…, nous devinons
(6) Ibid., p. 480.
(7) Ibid., p. 558.
(8) «O imitatores, servum pecus.» (Horace.)
(9) Osservatore, p. 98.
(La «ædissection » paraît être une véritable manie chez Gozzi.)
toute la lassitude et le dégoût de l'écrivain dont la plume est le seul gagne-pain; quand la « Poésie » affirme que les poètes « acquièrent gloire et renommée au moins après leur mort (10) », nous sentons lPamertume de l’homme persécuté par le malheur.
C’est en 1758 que Gasparo Gozzi publia l’œuvre qui devait constituer un de ses plus grands titres de gloire : « Giudizio degli antichi poeti sovra la moderna censura di Dante, attribuita ingiustamente a Virgilio », mieux connue sous le nom de : « Difesa di Dante ». Il ne convient pas de l’analyser ici; toutefois, il faut observer que cette défense du grand poète toscan revêt à nos yeux une haute signification morale et prend une considérable valeur critique quand nous nous reportons au temps où elle a été écrite. Au xvre siècle, la « Divine Comédie > ne pouvait plaire aux esprits, trop superficiels pour apprécier une œuvre toute de profondeur, et trop différents aussi de ceux du moyen âge (11), Il leur aurait fallu se mettre « in istato di essere contemporanei a Dante (12) ».
Gozzi eut donc le mérite extrême de contribuer à renouveler le culte dantesque, non seulement par cette œuvre, mais aussi par des observations critiques placées, çà et là, dans ses journaux littéraires,
(10) Osservatore, p. 47-9. (Ce dialogue avait déjà paru en entier dans la Gazzetta Veneta, p. 50-2.
(11) «Per tutto il secolo scorso », dit très justement Foscolo », la poesia di Dante non trovô giudici competenti.» (Discorso sul
testo della « Commedia », ch. CXXIX.) (12) « Difesa di Dante ». (Préface.
TES en PR TAN ES ANRT EE
ou par des citations, qui montrent toute son admiration respectueuse pour l’Alighieri et pour sa doctrine. Virgile et Horace, dit-il, reconnaissent comme leur maître, Homère. Pétrarque salue en Dante un modèle inégalable. Ni les deux premiers écrivains, ni l’auteur du « Canzoniere », ne firent bénéficier le monde de la sagesse de leur enseignement ainsi que Vavaient fait : Homère en Grèce, et Dante en lialie (13).
Gozzi montre une juste compréhension de la poésie de la « Comedia » quand il parle « des tourments des damnés, de cette noble mélancolie du Purgatoire, et de ces consolations du Paradis (14) ».
Au sujet de la langue employée par l’Alighieri et que Bettinelli qualifiait injustement de dure et de barbare (15), Gasparo fait discourir dans l’Osservatore, Âristofane et Mantegna.
Les extraordinaires dons de puissance, de fantaisie, de variété dans l’invention, font de Dante un peintre merveilleux devant qui Mantegna s'incline (16).
(13) Osservatore. (N° LIX, a di 26 agosto 1761, p. 246.)
(14) Osservatore. (N° XXIII, a di 22 aprile 1761, p. 99.)
(15) «Barbaro e duro perpetuamente». Bettinelli. (Opere, vol. XIL, p.51.)
(16) Mantegna : «Le parole sue medesime hanno un colorito pieno di tanta forza, che tu diresti le cose sue essere più presto scolpite, che dipinte. »
Aristofane : « Quanto è alle parole, io ho sentito a dire che le sono dure, stiracchiate, e di quelle che non sono mai state al mondo altro che in sua bocca. >»
Mantegna : « Egli è il vero che de voci usate da lui sono oggidi antiche, ma non lo erano a’ tempi suoi, ne’ quali ogni scrittore
.contemporaneo le usava. »
Osservatore. (N° XX, p. 520.)
Gozzi compare les deux génies de Dante et de Pétrarque : le premier plus robuste, plus vigoureux, presque surhumain; le second, plus délicat, plus gra- : cieux. Tous deux durent leur gloire à une femme « l’étincelle qui alluma leur feu poétique ». L’harmonie du style est plus aisée dans le récit d’un amour, comme celui de Pétrarque pour Laure, que dans l'immense fresque de la « Divine Comédie ».
L'auteur du « Canzoniere » eût-il pu décrire l’Enfer ? (17).
Gasparo dit en quelques mots concis, que la manière de Pétrarque, jadis goûtée, paraissait un peu sèche aux fervents admirateurs du « pompeux style fleuri », sans doute à cause de ce qu’il appelle avec bienveillance: la versatilité humaine (18), plutôt, croyonsnous, à cause du mauvais goût de son temps.
Quand Gozzi parle de la « continua sonorità e del rovinoso rumore » de certains vers, il fait certainement allusion à Frugoni (19) dont il détestait la manière.
Dans le dixième dialogue de l’« Osservatore », quelques oiseaux chantent à qui mieux mieux devant un laurier qui se secoue et laisse tomber ses feuilles sur ceux dont il a apprécié les chants. Cependant, le
(17) Osservatore, cf. le dialogue : « Aristophane et Pétrarque ». (N° XXI, a di 14 aprile 1762, p. 521-524.)
(18) Gazzetta Veneta, p. 347, N° LXXXII : « Avviene delle forme dello scrivere quello che accade dei vestimenti; la gente se ne infastidice col vedregli a lungo. »
(19) Zbid.
pic ayant totalement manqué de naturel pour exprimer les passions humaines, l’arbuste demeure insensible (20). C’est encore une allusion à la faiblesse poétique de son époque. Nous en trouvons une troisième, également dans l’« Osservatore », quand la Poésie écrit à Aristophane dans les Champs-Elysées et qu’elle se lamente de voir les Muses délaisser le doux climat italien pour celui plus rude de l’Allemagne (21).
À diverses reprises, Gozzi donne des témoignages de son admiration pour les grands auteurs de l’antiquité : Platon, Aristote, Aristophane, Salluste, Tacite. Il loue longuement la « Divine Iliade » qui renferme « toutes les grâces et les beautés que peuvent contenir un poème », mais dont les qualités ont été déjà vantées si souvent, qu’en dire davantage serait aussi vain que de verser de l’eau dans la mer », ce qui ne l'empêche pas toutefois, d'ajouter une comparaison fort inattendue entre la diversité des images de l’Iliade et l’humeur changeante des femmes, tantôt joyeuses, resplendissantes de santé, amoureuses ; tantôt maussades, souffrantes, froides et sèches. Ces multiples aspects de l’être féminin ne font-ils pas songer à l’étonnante variété du poème homérique ? (22).
(20)Osservatore. (N° XCIV, a di 26 dicembre 1761, p. 394-397.)
(21) Pietro (Chiari est ici spécialement visé. « Nella Germania, in quei freddi e rigidi climi.…. si sono oggidi innalzati gl’ingegni € hanno adattato quel loro faticoso idioma alle dolcezze dellarte
mia» 1bid. (N° XX, p. 517-518.) (22) Osservatore. (N° LV, a di 12 agosto 1761, p. 229.)