‹ Gasparo Gozzi, JournalisteChapitre 64 sur 69 · III. — OPINION DES CRITIQUES · texte numérisé non relu

III. — OPINION DES CRITIQUES

Ce sont ces extraits et quelques autres de même sorte qui permettent aux critiques modernes d’attribuer à Gozzi la paternité du Sognatore. Comme nous

(15) Ibid., p. 56-58.

l’avons djà dit, Tommasseo et Gamba ont eu, sur leurs successeurs, l’avantage de pouvoir lire le journal complet; il est donc particulièrement intéressant de constater la divergence de leurs opinions.

Le premier est sceptique, mais les raisons qu’il invoque ne sont guère probantes. Il relève d’abord dans le Sognatore certaines libertés de style que Gasparo ne se permettait pas. Evidemment la langue de l’auteur de la Gazzetta Veneta, du Mondo Morale et de l’Observatore est d’une grande pureté pour l’époque, mais elle n’est pas toujours exempte de certaines négligences de formes (archaïsmes, vénétismes ou galliscismes) que l’on trouve en plus particulière abondance dans le premier de ces périodiques. Puis, Tommaseo déclare que le gazetier vénitien étant, en 1768, pourvu d’une charge publique qui lui suffisait pour faire face aux nécessités de l’existence, n’aurait pas entrepris la rédaction d’un nouveau journal, quelques années après l’insuccès du Mondo Morale. N'est-ce pas mal connaître la manie d'écrire dont était affligé Gozzi? Tommaseo termine par une boutade à laquelle on ne doit accorder qu’un sourire amusé: « Pouvant imaginer deux nobles esprits au lieu d’un seul, je me plais à le faire (16). »

B. Gamba avoue manquer de documents pour élucider la question; cependant, il croit reconnaître la plume de Gasparo dans les brèves compositions mo-

(16) «Storia Civile nella letteraria». (Roma, Firenze, Torino, 1872, p. 244.)

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rales, empreintes de sereine philosophie, et dans les récits pleins de brio et de verve qui semblent porter la marque de son génie (17).

Passons maintenant aux critiques contemporaines. D’après Maria Gemma, le Sognatore aurait été rédigé par Gozzi aidé de quelques collaborateurs (18). Natali ne doute pas un instant que la Storia del Reame degli Orsi n’ait été écrite par lui (19). Enfin, Francesco Fattorello, l’érudit historien du journalisme, que nous avons consulté, n’ose répondre de manière absolument affirmative, bien qu’il soit plutôt de l’avis de ces derniers critiques (20).

Pour notre part, nous partageons résolument cette opinion: le contenu du périodique fait irrésistiblement songer à Gozzi: cela ressort à l’évidence des quelques extraits précédents qui sont bien de la manière de l’aimable gazetier vénitien, tant par le style (n’en déplaise à Tommaseo) que par le choix des sujets traités.

Il est néanmoins parfaitement possible et même probable, que le Sognatore Italiano n’ait pas eu pour unique rédacteur Gasparo Gozzi. Quoiqu'il en soit, l’on peut placer le mystérieux périodique près de l’Osservatore, dont il continue la fonction et la tradition.

(17) Prefazione ad un estratto del Sognatore. (Venezia, 1830.)

(8) Cenni sulla vita di Gasparo Gozzi. (Vicenza, 1907.)

(19) IT Settecento. (Milano, 1929, p. 1134.)

(20) Cf. du même auteur : «Un giornale ignorato di Gasparo Gozzi?» (Dans Rivista Letteraria, anno III, fasc. I, p. 20-21.)

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