‹ Gaspillages des sociétés modernes [microform]; contribution à l'étude de la question socialeChapitre 20 sur 41 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Confusion de la richesse avec la propriété

et übutendi^ en un mot, alors qu’ils nous appartiennent. Depuis des milliers d années 1 homme a éprouvé un accroissement de bien-être par suite de 1 appropriation de certains objets. Une association d’idées s’est formée, par conséquent, entre la propriété et la jouissance. Or, comme tout objet qui contribue à accroître notre jouissance est une richesse, une association d idées non moins puissante s’est formée, également, entre la richesse et la propriété. Ces deux termes sont devenus presque

synonymes. L homme, qui ii’arien, est appelé pauvre ; celui qui possède beaucoup, riche.

Evidemment, la richesse n est qu’un moyen, la jouissance est le but. Mais, quand l’association d’idées entre la propriété et la richesse s’est formée, elle s’est étendue du moyen au but et les hommes se sont imaginé que propriété et jouissance sont deux termes svnonvmes. aussi bien mie nmm'îefA

L’erreur ctésohédonique est peut-être encore plus profondément ancrée dans nos esprits que l’erreur crysohédonique. Des associations d’ide'es, qui ont duré pendant des milliers d’années, acquièrent une puissance énorme. Il faut de nombreux et de persévérants efforts pour nous en débarrasser.

L’erreur ctésohédonique est cependant très grossière. C’est facile à démontrer. En effet :

P Toute jouissance ne vient pas d’une chose appropriable ;

Le plus grand nombre de nos jouissances ne viennent pas des choses appropriées.

Ce qui contribue le plus au charme de notre existence, c’est le climat et la beauté du pays dans lequel nous habitons. Or ces deux choses peuvent-elles être appropriées ? Quand le soleil éclaire la campagne en plein janvier, quand je peux me promener sans qu’une bise glaciale me coupe la figure, je suis content. Mais est-ce que le soleil et la chaleur sont à moi ? Les personnes qui vont à Nice en hiver, jouiraient-elles davantage de la clémence de la température si Nice leur appartenait? Quant à la beauté du pays, elle est certes un des plus grands éléments du bonheur humain. Les fonctionnaires russes, envoyés dans les sables de l’Asie centrale, se considèrent comme des condamnés. Par contre, les innombrables touristes qui vont visiter la Suisse tous les ans, y éprouvent les plus vives jouissances. Ils n’ont pas besoin pour cela de posséder la Jung-Frau ou la vallée de Zermatt.

Passons aux œuvres humaines. Rouler sur une route bien empierrée, au lieu de rouler sur un chemin caillouteux est une jouissance. Passer des rivières sur des ponts commodes, est plus agre'able que de les traverser à gué au péril de sa vie. Parcourir une route balayée, au lieu d’une route poudreuse, est un plaisir. Cependant cette route ne nous appartient pas. Dans les villes, les belles promenades, les jolis squares, les beaux édifices publics constituent déjà des éléments de bonheur très importants. Des milliers de gens viennent à Paris, soit temporairement, soit pour s’y fixer à demeure. Qu’est-ce qui les attire ? Dans une certaine mesure, ce sont les Champs-Elysées, les boulevards, le Bois de Boulogne, le Louvre, Notre-Dame, bref, toutes les splendeurs de cette ville qui, cependant, ne deviendront jamais leur propriété.

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