‹ Gaspillages des sociétés modernes [microform]; contribution à l'étude de la question socialeChapitre 22 sur 41 · LE VOL ET LE DOL · texte numérisé non relu

LE VOL ET LE DOL

travail, en général, qui leur est odieux*. Maintenant il y a encore des individus, qui doivent se livrer à un labeur, dépassant de beaucoup leurs facultés physiques et mentales ; il les épuise, il les mène prématurément au tombeau. Mais, encore ici, c’est l’excès, et non la chose, qui produit le mal.

Quoi qu’il en soit, ces deux erreurs combinées, le ctésohédonisme et la confusion du travail avec la souflrance, ont engendré une série d’actions humaines qu’on peut classer sous quatre catégories : le vol, le dol, le parasitisme, la conquête.

On croit devoir être plus heureux, quand on se sera emparé des objets appartenant à d’autres hommes. De là une série d’efforts pour leur arracher ce qu’ils possèdent, par la violence (brigandage), par la violence combinée avec la ruse (vol) et enfin par la ruse (dol). Quand il s’agit des groupes sociaux, l’appropriation violente des objets appartenant à une autre communauté prend le nom de conquête ; elle est une forme spéciale du brigandage.

Les voleurs, les fraudeurs et les conquérants s’imaginent qu’à partir du moment où certains objets convoités, qui appartiennent maintenant à d’autres, leur appartiendront à eux, ils auront une plus grande somme de jouissances. Il suffit de comprendre la véritable nature de la richesse, pour voir qu’il n’en est pas ainsi. La richesse est l’adaptation du milieu aux besoins de l’homme et il est facile de voir que cette adaptation n’augmente pas d’un atome par le déplacement de la propriété.

Ramenée à ses éléments les plus simples, cette vérité devient d’une entière évidence. Soient seulement deux hommes sur la terre : A et R. D’abord, pour que A puisse s’emparer, de quelque façon, du bien de B, il faut, de toute nécessité, que B produise de la richesse. Si, lui aussi, n’a d’autre occupation que de dérober celles de A, A n’aura rien à prendre à B, puisque B n’aura rien produit.

Mais, dans l’hypothèse que B travaille, on a ceci. Si A et B font de la besogne, l’adaptation de la planète à leurs besoins s’opérera deux fois plus vite que si B travaille et que A lui dérobe le produit de ses peines. Si donc A vit soixante-dix ans, en travaillant

(1) Il y a des exceptions, sans doute ; mais ce sont des cas pathologiques, comme la folie ; nous parlons de l'homme normal.

comme B, il arrivera à voir une adaptation égale à a;; en ne travaillant pas, il verra seulement, une adaptation égale cà . La somme de ses jouissances sera donc juste la moitié de ce qu elle aurait été s’il avait travaillé aussi. Depuis l’apparition de notre espèce sur la terre il y a eu des hommes qui ont produit la richesse et d’autres qui ont vécu en dérobant celle de eurs voisins. Si tous avaient travaillé, il est évident que la face tlu globe serait actuellement bien différente. Il aurait aujourd hui 1 aspect qu’il aura dans cent ou deux cent mille ans >os descendants verront en i)008!14 ce que nous verrions

aujourd hui, s’il n’y avait pas eu de vol, de dol, de brigandage et de conquête. ®

L homme se trompe très grossièrement quand il s’imagine que appropriation du bien d’autrui demande moins de fatigue et de travail que la production directe. Certes les voleurs, les escrocs, les brigands, les conquérants dépensent une activité physique et mentale qui dépasse, dans une très grande mesure, celle des agriculteurs, des ouvriers, des entrepreneurs, des né<^ociants, des avocats, etc. Non seulement le vol, le brigandage^et la conquête demandent plus d’efforts que les occupations productives, mais encore elles comportent aussi plus de risques.

es escroqueries, les coups de bourse, les razzias, les pillages, les invasions ne réussissent pas toujours. Bien des entreprises

c e ce genre se terminent par le bagne ou l’extermination entière ue ceux qui les ont risquées.

Depuis des siècles les hommes ont méprisé le travail et honoré e metier des armes. Mais la guerre a toujours été un moyen: la conquête, c’est-à-dire la richesse, a été le but. Evidemment on préférait les combats à la production, parce qu’on s’imaginait

que c était un moyen moins pénible d’acquérir le bien-être.

D était une pure illusion.

Inutile de parler des souffrances atroces, endurées par les combattants, pendant la guerre. Mais, même en temps de paix, e metier de soldat est des plus rudes. De nos jours, comme on doit rester très peu de temps sous les drapeaux, l’instruction militaire doit marcher rondement. Il n’y a pas une heure à perdre. Aussi les conscrits sont levés avant l’aube ; ils apprennent la marche, le maniement des armes, le tir; ils font de la gymnastique. Tous ces exercices sont si fatigants que, le soir, ces mal-

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