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européens. Mais, si les particuliers s’emparaient des travaux publics, Messieurs les fonctionnaires de l’Etat perdraient le plus clair de leurs bénéfices. Aussi cherchent-ils à contrecarrer de toute façon l’initiative privée. Une commission a été nommée dernièrement, à Saint-Pétersbourg, pour étudier les moyens propres à développer la marine de commerce russe. Elle s’est occupée aussi de l’amélioration des ports et elle a décidé oc que les entreprises privées devaient être absolument écartées ». Combien d’individus, en Russie, n’ont pas pu obtenir l’autorisation de construire des chemins de fer et de creuser des ports, même sans demander aucune aide et garantie au gouvernement !
En fait de travaux publics. Messieurs les fonctionnaires causent trois dommages : 1" ils entreprennent des travaux inutiles ;
ils augmentent dans une immense mesure le prix des travaux utiles; 3" ils empêchent une masse d’entreprises lucratives.
Comment évaluer ces gaspillages en argent? Pour les travaux inutiles, on sait qu’il faut les chiffrer par milliards. Le fameux plan de M. de Freycinet a trouvé; hélas! des imitateurs dans toute l’Europe. Quant à la majoration produite par la sul)stitution de l’Etat à l’initiative privée, elle coûte aussi des sommes prodigieuses. Enfin les entraves mises à l’initiative privée, causent un ralentissement énorme du taux d’accroissement de la richesse. Par malheur, il est bien difficile de donner des chilfres. Faute de posséder des données certaines ' nous nous contenterons d’enregistrer un milliard de francs par an pour toutes ces pertes. La modération de notre chilfre sera appréciée par le lecteur, surtout s’il songe qu’il faut y comprendre les intérêts des capitaux engagés dans les travaux publics inutiles.
C’est ici l’occasion de parler d’un autre gaspillage des deniers publics : les garanties payées aux compagnies de chemin de fer. Dans un pays riche et peuplé comme la France, les lignes vraiment utiles pourraient grandement rémunérer les capitaux. Cela ne fait l’ombre d’un doute pour personne. En Russie, le kilomètre de chemin de fer revient, au maximum, à 100 000 francs. Dans ces conditions, il doit pouvoir donner un bénéfice. Les
(Ij On pourrait les obtenir, à coup sûr, mais il faudrait une légion de travailleurs.
garanties sont donc absolument superflues. Ce qui le prouve, d’ailleurs, c’est qu’à l’époque de l’établissement des premières lignes, vers 1840, on s’en passait complètement. Elles absorbent, cependant, rien qu’en Russie au delà de 61 millions de francs et en France 116 millions *. G est de l’argent tout simplement confisqué aux contribuables pour l’avantage de certains particuliers. Les garanties ont encore un autre eflet des plus funestes. Les compagnies ne se soucient en aucune façon de réduire leuis frais d’exploitation et d’augmenter leur trafic. Aussi ne fontelles presque rien pour satisfaire le public. Que leur importe? L’Etat pavera la différence. L administration de certaines lignes de chemin de fer est un pillage et un gaspillage organisé^. Ici encore on peut compter les pertes par millions.
Il faudrait également ranger sous cette rubrique les subventions accordées aux compagnies de navigation. G est de 1 aigent jeté à l’eau.
Pour tenir entre leurs mains toutes les fibres de la vie nationale, les gouvernements ne se sont pas contentés de s emparer de l’instruction publique, ils se sont aussi immiscés dans les croyances religieuses et dans l’activité mentale des citoyens.
Le nombre des règlements édictés sur la presse, 1 impiimerie, le colportage composerait des bibliothèques. Songez à ce qu il a fallu de temps pour rédiger, discuter et promulguer tout ce grimoire. Puis pour le mettre en application, il faut des légions de fonctionnaires. Que de temps gaspillé, grands dieux ! Et si c’était seulement celui des administrateurs, mais c est aussi celui des administrés. En Russie, pour établir une imprimerie, même pour avoir une machine à écrire, il faut 1 autorisation du gouvernement. Songez à la masse de requêtes et de démarches que suppose une réglementation aussi étroite I Et la censure préalable! Souvent, pour publier un livre en Russie, il faut des allées et des venues qui durent cinq à six mois. Un journal,
(1) Les garanties payées aux chemins de 1er indiens^ dépassent déjà l 175 millions de francs. A'oir Pearson, Nalional Life and Character, p. 98.
(2) Au Brésil certaines compagnies de chemins de ter sont gai*anlies par IJÈtat. « Elles font circuler un train par semaine entre deux slation^ désertes et cela sul'iit pour qu a la fin de l'année les propriétaires touchent leur dividende dûment servi par le trésor de lEtat. » E. Reclus.
Géofjv. Univ.j t. XIX, p. 478.
pour donner le compte rendu des se'ances d’un conseil général, doit soumettre son texte à la révision du gouverneur de la province. Alors il faut le copier en double exemplaire : envoyer Tun à l’imprimerie, l’autre à l’approbation de l’autorité !
Mous n'en finirions pas si nous voulions énumérer toutes les tracasseries auxquelles sont soumis les mallieureux contribuables. Ils sont pris dans un filet aux mailles Innombrables. X chaque pas se dresse un obstacle. Eh bien ! chacune de ces formalités inutiles est une perte de temps, donc une soustraction à la fortune publique. Mais, non contents de prétendre guider nos esprits, les gouvernements se mêlent aussi de sauver nos âmes. Dernièrement une jeune Israélite se présenta chez fauteur. Elle le pria d’ètre son parrain. Elle désirait se faire baptiser pour épouser un chrétien (on sait que les mariages sont prohibés en Russie entre chrétiens et non chrétiens). 11 est clair qu’après avoir accompli les cérémonies rituelles qui donnent la qualité de chrétienne, cette jeune femme sera exactement ce qu’elle était auparavant. 11 y aura seulement une formalité de remplie, voilà tout. Or, il faudra faire perdre du temps pour cela à quatre personnes : au prêtre, au parrain, à la marraine et à la néophyte. Et ces gaspillages de temps se renouvellent tous les jours. L’immixtion des gouvernements dans la production mentale et dans les croyances religieuses fait perdre des centaines, des milliers de journées de travail tous les ans.
Les hommes se sont fait trois conceptions d’un chef d’Etat : ils l’ont regardé comme un propriétaire, comme un père ou comme un justicier. La troisième est la seule bonne. Malheureusement ce sont les deux premières qui ont dominé jusqu’à nos jours.
Le chef d’Etat n’avait d'abord qu’un unique souci : pressurer le peuple jusqu’à la dernière limite du possible, obtenir le maximum de revenu de ses domaines, tout comme un agriculteur tâche de retirer la plus forte récolte possible de son champ.
Mais, quand les dynasties souveraines duraient un certain nombre de générations, il s’établissait une solidarité entre les
ainsi la vigueur et l’initiative.
L’État se croit obligé de venir maintenant au secours des populations, sitôt qu’il se produit quelque grande calamité sociale. Ainsi la famine désola la région du Volga, en 1891. Le gouvernement prit à sa charge l’entretien d’un million de familles environ. Gela lui coûta 7o9 millions de francs, ail aura dépensé pour le pain de chacune d’elles, pendant six ou huit mois, de 3o0 à 400 roubles, c'est-à-dire cinq ou six fois plus que ne coûte habituellement le grain qu’elle consomme en une année et plus de deux fois la valeur de son budget total an-
nuel *. »
Abandonnés à l’initiative des autorités locales, les secours n’auraient certes pas coûté plus de :2o0 millions de francs. Peutêtre moins. C'est donc oOO millions de francs qu’on a gaspillés en pure perte, grâce à l’intervention du gouvernement central. Or qui payera cette somme ? Le peuple russe. On aura donc pris l’argent de Paul pour le donner à Jean. N’avons-nous pas raison de dire qu’en dernière analyse, le paternalisme devient le petit cousin du socialisme ?
A partir du moment où les paysans ont vu que l’État les nourrissait pour rien, ils ont refusé le travail. A un gaspillage funeste des finances s’est ajoutée une démoralisation des populations. Tous les gouvernements, comme celui de la Itussie, se croient obligés de secourir les populations en cas de calamités. Une très grande partie de ces secours sont gaspillés en pure perte. Nous pouvons donc inscrire de ce chef deux cent millions de francs par an au chapitre des pertes du groupe européen, sans être taxés d’exagération.
(l) Journal des eVoao/m’sIes, juillet 1893, ji. 70.
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Lu autre ellet désastreux du paternalisme est l’excès de protection à l’égard de l’individu.
Il y a deux ans, un journal d Odessa imprima l’avis mortuaire d’une personne qui jouissait de la santé la plus parfaite. C’était une plaisanterie sinistre ou une vengeance personnelle. Depuis cette époque, un arrêté a défendu aux journaux d’imprimer des avis mortuaires, sans la présentation d’une attestation de la police constatant le décès. Ce petit fait montre la génèse du paternali>me, il fait voir comment se forme cet amas de mesures vexatoires et incohérentes que sont nos codes modernes. Ainsi, parce (ju’un homme a commis, une fois, un acte préjudiciable à un autie, on en infère que ce fait va se répéter tous les jours, bien ' que l’expérience de nombreuses années démontre juste le con-
tiaire. .\lois on fait des ordonnances obligeant de nombreux individus, pendant des siècles, à subir des formalités qui font perdre le temps le plus précieux. On ne s’apenjoit pas que celte pei te fait dix lois plus de mal à la société qu’un dommage accidentel causé à quelque personne, l'unir l’auteur du faux avis mortuaire était logique ; mais rien île plus.
Un autre exemple. Il a pu arriver qu une chaudière à vapeur éclate dans quelque usine. Alors on a établi en Russie une inspection du gouvernement. Des fonctionnaires institués à cet elfet, doivent visiter les générateurs une fols par an et délivrer un certificat sans lequel aucune usine ne peut fonctionner.
A côté de chaque chaudière il y a un ou deux chauffeurs. Dans la pièce à côté, un mécanicien. Si le générateur saute, ces gens sont tués presque infailliblement. Le propriétaire de l’usine subit aussi un dommage considérable : il doit payer des indemnités aux victimes et à leurs héritiers; sa production s’arrête; il doit se munir d’un nouveau générateur. Croire qu’un inspecteur ^ du gouvernement aura plus de souci des chaudières d’une
1 1 labrique que les chauffeurs, le mécanicien et le propriétaire, est de
Il lapuie démence. En réalité, il y a des explosions avant comme
Il après l’institution des inspecteurs gouvernementaux. Voici
1 à quoi se réduit le travail de ces derniers. Il y en a un par pro-
vince, et une province russe a en moyenne de 60 à 70 000 kilomètres carrés, deux fois l’étendue de la Belgique. Naturellement , 1 inspecteur n a pas le temps de visiter toutes les usines de son
arrondissement. Les propriétaires de fabriques apportent un
GOXSIDÉRÉ COMME l'ROrRIÉTÉ
certificat tout libellé; les inspecteurs le signent et empochent une . jolie gratification. Il y a des fonctionnaires qui se font ainsi un revenu de 2o à 30 000 francs par an. C’est un mal, à coup sûr, que des individus périssent quelquefois par l’explo-sion dechaudièies mais c est un mal cent fois supérieur que les peuples soient dévorés par le parasitisme.
Les gouvei nemenls prennent aussi le souci de poinçonner les objets d’ur et d’argent. Mais cette opération est loin d’être gratuite et cette prétendue garantie est une nouvelle contribution levée sur le malheureux producteur. Une chose montre combien elle est inutile. Les gouvernements n’inspectent pas les diamants chez les bijoutiers. Cependant nous trouvons mov'en de ne pas payer des milliers de francs pour des morceaux de verre.
L administration publique se croit obligée de nous protéger dans tous nos pas. On nous aime tant qu’on nous étouffe. La sollicitude dont on nous entoure, pose à chaque instant d’innombrables entraves à notre activité. Cela diminue, dans une très forte mesure, la somme de notre bien-être. Pour nous éviter des maux accidentels, on nous accable de maux permanents cent fois plus funestes. Les sociétés modernes sont comme des individus qui auraient mis une armure pour se préserver des jiiqûres d’une mouche.
L’erreur des gouvernements consiste à croire qu’ils doivent et qu ils peuvent guérir tous les maux de la société. Ils se font des illusions. Par la nature des choses, leur puissance est des plus limitées, et, neuf fois sur dix, leur médicamenlalion a pour unique elfet d’empirer la condition du malade.
En ellet dans le plus grand nombre de cas, les soucis qu’on prend de nous se traduisent, en réalité, par l’apparition d une nuee de nouveaux fonctionnaires. Or, chacun d’eux, comme nous l’avons montré, est la plupart du temps une nuisance sociale. Ces mesures, soi-disant protectrices, finissent par une nouvelle charge de nombreux millions que le peuple doit paver directement ou indirectement.
Malgré ses excellentes intentions, le paternalisme aboutit, en dernière analyse, à une exploitation des véritables producteurs au profit de quelques parasites. Nul n’a mieux caractérisé le paternalisme que M. Cleveland. Il appelle ce régime le . soutien du peuple parle gouvernement ». Par malheur le «ouverne-
^ovu;o\v. — Les Gaspillages,
14Ü OliSTACLKS A L’ A C C U 0 ISSK M EA T DK LA IIICIIKSSK
ment ne reçoit pas la manne du ciel. Ses revenus jiroviennent des impôts. Le paternalisme se ramène donc, en dernière analyse, à prendre l’argent de Paul pour le donner à Jean.
Non, Jiiille fois non, l’État n’a pas la charge d’assurer directement le bien-être des citoyens. Et cela pour une raison des plus élémentaires. Pour donner à Paul, l’État doit prendre forcément à Pierre, donc pratiquer la spoliation. Or l’Etat est institué précisément pour faire régner la justice entre les citoyens, pour empêcher les uns de dépouiller les autres. S’il pratique lui-même la spoliation, il cesse de remplir sa fonction, il introduit l’anarchie, de sa propre initiative. L’État doit seulement créer un ordre de choses qui permette à chacun de profiter du fruit de son travail, dans la mesure la plus complète possible. Il doit veiller à ce qu’il n’y ait pas de parasites ni de privilégiés. C’est là tout son devoir. Le gouvernement qui saura se restreindre à cette unique attribution, assurera au peuple une prospérité que nous pouvons dilTicilement nous représenter aujourd’hui.
11 nous paraît impossible d’évaluer à moins de cinq journées de travail les pertes directes et indirectes* du paternalisme; soit pour le groupe européen, au sens étroit, 1 645 millions de francs par an.
Le taux d’accroissement de la richesse atteindra sa plus grande rapidité, le jour oîi la différenciation des fonctions sera poussée aussi loin que possible. Cela sera le jour où les gouvernements ne s’occuperont pas d’autre chose que d’assurer la sécurité ou, en d’autres termes, le jour où ils n’exerceront que la justice. Pour remplir ce devoir, les six ministères suivants sont indispensables ; guerre , marine, affaires étrangères, intérieur, finances et justice. Tous les autres sont inutiles et devraient être supprimés. Cela produirait sur le budget de la France, par exemple, une économie de plus d’un demi-milliard de francs par an Par ce seul cliifire on peut juger quelle serait l’économie pour le groupe européen tout entier.
(1) Ici, comme ailleurs, nous apjielons perles indirectes l’argent que le paternalisme cmpéclie de gagner.
(2) Exactement 400 millions de francs. Les cultes sont rattachés en France au ministère de la justice. Mais on peut négliger la somme qu'ils coûtent au budget parce cpi’elle est une simple restitution (et encore très modeste) des revenus de l’Église, confisqués pendant la révolution.
L'ETAT COASlDÉllÉ COMME l'ROl’IllÉTÉ
L État qui usurpe une ma.sse de fonctions inutiles, où son intervention est funeste ou, pour le moins, inutile, accomplit
de la laçon la moins satisfaisante sa fonction essentielle : la justice.
En Angleterre, les frais de procédure sont tellement énormes tjue, la plupart du temps, on préfère subir des dommages plutôt que de s’adresser aux tribunaux. Cela équivaut à l’absence de justice dans un des pays les plus civilisés de la terre. N’estce pas une situation vraiment intolérable ? On n’est pas mieux pai tage en France. Nous n’en voulons pas de meilleure preuve <iue ce fait rapporté par M. Tarde. « Il y a quelques années, un cultivateur aisé et honnête de mon voisinage, le sieur D... plaidait contre un de ses voisins. Il obtint, à la suite d’une enquête sommaire, dans cette affaire qui n’était pas suscepüble d’appel, un jugement qui condamnait son adversaire à lui payer 700 francs de dommages et intérêts. Or, dans la rédaction du jugement, un oubli fut commis; ou omit de mentionner (jue les témoins avaient prêté serment. Notez qu’ils a\ aient jirété serment au vu et au su de tout le monde ; mais la mention de cette formalité archaïque faisait défaut dans les considérants du jugement. Le perdant, à raison de cette omission requise à peine de nullité, se pourvoit en cassation. La cour casse le jugement et renvoie la cause devant un autre tribunal. En attendant qu’elle fût jugée par celui-ci, l’adversaire du sieur D... le somme d’avoir à payer les frais du procès en cassation, 1 8U0 francs environ. D... s’étonne et s’indigne. On lui saisit son bien, on l’exproprie, et ses immeubles, qui faisaient vivre toute sa famille, adjugés à vil prix, suflisent à peine à payer lesdits Irais. Voilà un homme ruiné pour avoir gagné son procès; je pourrai même dire pour l’avoir gagné deux fois ; car, après sa ruine, le nouveau tribunal, saisi de l’affaire, a jugé comme le premier. J’ajoute que D..., ahuri par cette aventure, est en train de perdre la tête. Et vraiment il y a de quoi *. »
(I) Journal des Débats du 27 ;ioùt I8t)3. EJ. du matin.
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l'»8 OnSTACLES A L ’ A CC K O I SS E M E.N T DE LA RICHESSE
Quand on se trouve en présence d’exemples de ce genre, on comprend combien les socialistes ont raison de demander la gratuité de la justice Aux Etats-Unis d’Amérique on peut dire que les tribunaux n’existent pour ainsi dire pas, tant ils sont véreux. Nous ne parlons même plus des pays orientaux. On sait ce que sont leurs juges !
11 y a quelque temps, un individu a occupé les terres du comte G... en Podolie. 11 n’avait aucune espèce de droit ; cependant le propriétaire légitime a dû faire des démarches qui ont duré plus de deux ans, pour rentrer en possession de ses biens. Si on pouvait seulement calculer ce que le manque de protection eflicace du droit de propriété fait perdre de journées de travail aux producteurs, on arriverait à une somme etlVayante.
Dernièrement une grève s’est produite dans le pays de Galles. Les mineurs de l’endroit ont tenu un meeting et ils ont enjoint à tous les ouvriers écossais et anglais de quitter le district. Ces malheureux ont dû se conformer à cet ordre, parce que la police n’a rien fait pour empêcher leur exode. Voilà comment la liberté du travail esl assurée dans un des pays les plus avancés de l’Europe !
Une manière de protéger la propriété c’est de faire circuler une monnaie de bon aloi. Les gouvernements se sont partout réservé le droit exclusif de frapper monnaie, pour nous assurer ce bienfait. Par malheur, ils en ont abusé aussitôt. Depuis les empereurs de Home jusqu'à une époque très récente, la falsification des monnaies a été un fait presque constant. Le mat a encore augmenté, dans une immense mesure, lorsqu’on a créé le papier-monnaie. Celui-ci subit une dépréciation qui va de lu à ;2uü p. 100, selon les pays. Le papier-monnaie est une des plaies les plus dangereuses des sociétés modernes ; il est un des obstacles les plus puissants à l'accroissement du bien-être des jiopulations. Grâce au bill Sherman qui obligeait le trésor des Etats-Unis à acheter quatre millions et demi d’onces d’argent par mois, une crise épouvantable se déchaîna en 1803. Pendant les neuf premiers mois de celte année, les faillites s’élevèrent au
(1) Mais cela suggéré egalement une autre réflexion : si TEtat accomplit de celte brillante manière les fonctions les plus simples, comment se comportera-t-il alors qu'il les exercera toutes, connue le veulent les socialistes?
chiffre de 1 1 174 avec un passif de 324 millions de dollars, supérieur de 248 millions de dollars (1 280 millions de francs) à celui des faillites de l’année précédente. Toute celle somme doit être mise en entier au compte du bill Sherman, c’est-àdire du trouble jeté dans la circulation monétaire par l'intervention de l’Etat. Quant aux dommages provenant des fluctuations perpétuelles du papier-monnaie, qui pourra jamais calculer les milliards qu’ils représentent?
Cependant nous avons besoin de chifl'res. Soyons modestes. Evaluons seulement à trois jours de travail les pertes subies par les sociétés, par le fait que l’Etat ne remplit pas ses devoirs véritables: protection des personnes et des biens. Nous comprenons les pertes actuelles et les bénéfices non réalisés. Inscrivons donc une nouvelle somme de 1 3o9 millions pour le groupe européen.
Nous venons de parcourir les nombreuses étapes de l’erreur ctésohédonique. On croit qu’il est plus avantageux de conquérir le territoire d’autrui que de produire la richesse soi-même. Une bande militaire se forme. On s’empare d’un pays. D’abord on met les populations en coupe réglée ; on vit en parasite sur leur travail. Puis, pour mieux exploiter son domaine politique, on y introduit la centralisation. Alors l’Etat oppose les plus grands obstacles à la division du travail social. 11 tend à tout concentrer entre ses mains. Enfin, des relations plus intimes s’établissent entre le maître et les sujets et le paternalisme apparaît avec son cortège de gaspillages. Cette machine monstrueuse, l’Etat moderne, s’occupe de mille fonctions, mais accomplit très mal la seule dont elle devrait se charger : la justice. Toute cette série de développements de l’erreur ctésohédonique aboutit à une perte annuelle de 7 milliards 700 millions de francs, au plus bas mot.