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QÜ’EST-CE QUE LA RICHESSE

l’Afrique. Il fera artificiellement ce qu’une configuration géographique plus avantageuse eût fait naturellement. II contribuera donc à mieux adapter la planète aux besoins de l’homme.

Supposez la mer Noire un lac fermé, mais qu’à l’endroit où se trouve le Bosphore, il fût facile d’établir un canal et qu il fût creusé en effet. Nous dirions que ce canal est une richesse, tandis que nous n’appliquons pas ce terme au Bosphore. C’est à tort, à coup sûr, mais cela nous procure une seconde conception de la richesse. Dans un sens plus restreint, elle est l'ensemble des objets servant à adapter l'homme au

milieu physique et le milieu physique à l'organisation du corps humain.

Quelques exemples. Un télescope et un microscope sont des moyens d’amplifier la puissance de notre œil ; le téléphone est une amplification de notre oreille. Si nous pouvions entendre ce qui se passe aux antipodes, le téléphone ne serait d’aucune utilité. La photographie est également, sous certains rapports, un œil plus parfait que le nôtre. D’abord il regarde sans se tromper, puis il fixe les images qui sont fugitives sur notre rétine. Un plan et une carte sont aussi, dans une certaine mesure, des amplifications de l’œil. Ils servent à nous donner une représentation plus ou moins exacte d’une ville, d’une région ou du globe entier. Si notre œil pouvait embrasser ces horizons d’un seul coup, les cartes et les plans seraient inutiles. Chaque machine est comme un moyen de multiplier nos bras. Avec deux aiguilles, une ouvrière peut faire 80 mailles à la minute, avec un métier rotatif, 480 000 mailles. Cela équivaut à l’acquisition de U2 000 mains. Nos appareils d’éclairage sont comme un moyen détourné de conserver le soleil dix-huit heures au-dessus de l'horizon. En été nous allumons nos lampes pendant peu de temps. Enfin nos appareils de chauffage créent des climats îi notre convenance. Nous savons déjà combattre assez bien le froid ', mais nous n’avons encore rien entrepris contre

beaucoup d’ameliorations à faire. Nos appareils de chautlage gaspdlent le combustible d’une laçon barbare. 11 v a in îover

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c.ntiales distribueront la chaleur en hiver et la fraîcheur en etc.

la chaleur. Après le calorifère, il faut maintenant le frigorifère.

Notre corps est très mal adapté aux conditions de notre planète. Nos sens nous donnent des renseignements très incomplets sur le monde extérieur, nos forces musculaires sont absolument insuffisantes, enfin, n’étant pas naturellement couverts d’une fourrure, nous souffrons du froid pendant l’hiver. Au moyen d’un ensemble d’instruments l’homme est parvenu à s’adapter à un milieu peu propice. 11 a su se défendre. Mais, immédiatement, il a aussi attaqué. Voyant que la planète était peu favorable à ses fins, il l’a transformée lentement à l’aide d’un autre ensemble d’outils, allant de la bêche et de la charrue jusqu’aux gigantesques dragues à vapeur qui creusent maintenant nos canaux maritimes.

On passe, par transitions insensibles, de l’outillage du second degré à celui du troisième. Supposons une plaine inondée et incultivable. Vienne une sécheresse ; elle peut être mise en culture, donc être utilisée. Maintenant, si au lieu de la sécheresse, c’est l’homme qui fait un drainage, le résultat devient le même. Est-ce à dire que ce champ est une richesse dans le second cas seulement et non dans le premier? 11 n’est pas juste de donner le nom de richesse uniquement aux objets transformés par le travail de l’homme. A coup sûr, si le globe était arrangé d’une façon plus conforme à nos besoins, nous aurions tout lieu de nous en féliciter. Or, en restreignant l’idée de richesse aux seuls résultats du travail, on arrive à cette conclusion très dangereuse et très fausse que le travail est un bien par luimême, tandis qu’en réalité, il est seulement un moyen et non un but.

En parlant d’Euforie nous avons vu qu’elle serait considérée comme un pays riche, même si elle n’était jamais habitée. Mais cependant, elle pourrait l’être. Richesse signifie tout ce qui est on peut être utile à l’homme. L’idée de richesse comporte deux termes : l’homme et l’objet utilisable. Sitôt que l’un des deux termes disparaît, l’idée de richesse s’évanouit. Dans une île déserte, des montagnes de guano ne constitueraient pas une richesse, parce qu’il n’y aurait personne pour en profiter. A ce point de vue on peut dire que le charbon, enfoui sous la terre, ne devient une richesse qu’à partir du moment où il est

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