CHAPITRE IV
LA LOI Ü’EOUILIBRE
Une boule de métal chauffée à 300 degrés est placée à côté d’une autre, chauffée à 30 degrés. Au bout d’un certain temps, la boule la plus chaude transmet une partie de son calorique à la plus froide et leur température s’égalise. Qu’est-ce qui arrive alors? La chaleur est produite par les mouvements atomiques. Quand la température des boules était différente, les mouvements l’étaient aussi. Quand la température devient égale, les mouvements le deviennent aussi. Nous voyons ici un des cas les plus simples d’une loi universelle: les forces tendent à l’équilibre. En mécanique, l’équilibre ne signifie pas la suppression du mouvement (un atome sans mouvement est une pure entité métaphysique), mais la constance des trajectoires. Supposons, en effet, que les mouvements atomiques de tous les corps, influant sur nos boules, soient de nature à accomplir des vibrations produisant 30 degrés de chaleur. Nos boules conserveront cette température éternellement, ou, en d’autres termes, les trajectoires de leurs atomes ne changeront plus.
La loi de l’équilibre est la plus vaste généralisation de l’esprit humain. Elle englobe toutes les lois particulières de la mécanique, de l’astronomie, de la géologie, de la biologie, de la psychologie et de la sociologie ; il n’y a pas un seul phénomène de la nature qui ne puisse y être ramené par une analyse pénétrante.
Pour les besoins de notre travail nous n’avons pas besoin de remonter au delà de la physiologie. La loi d’équilibre s’j' manifeste sous l’aspect de la santé ; en psychologie, sous l’aspect de la vérité. Pour la santé, il est à peine besoin d'une démons-
tration. Dès que notre corps se trouve plongé dans un milieu dont la température est trop basse, ou trop haute, il y a maladie, parce qu’il n’y a plus d’équilibre entre les mouvements atomiques de notre organisme et ceux du milieu ambiant'.
Quant à la vérité, la démonstration est un peu moins directe et une courte analyse devient nécessaire. Un homme aperçoit une surface miroitante dans 1e désert. Deux images se forment aussitôt dans son esprit : celle de l’eau et celle du mirage. S’il y a réellement de l’eau et que notre homme croie voir de l’eau, l’image interne correspond à la chose externe ; il y a donc similitude entre les mouvements atomiques de l’eau et les mouvements des centres nerveux, qui ont produit cette représentation; donc corrélation entre les forces internes et externes, donc équilibre. Si, au contraire, il y a réellement un mirage et si l’homme croit voir de l’eau (ou vice versa), la corrélation n’existe pas. Kii ellét, en s’approchant de l’endroit, où il a cru voir de l’eau, l’homme n’éprouve aucune des sensations que donne ce liquide. Dans le cas où l’homme prend un mirage pour un mirage ou de l’eau pour de l’eau, nous disons qu’il est dans le vrai ; dans le cas contraire, il est dans le faux. Un autre exemple. La terre nous paraît plate. Si toutes nos sensations concordaient toujours avec cette impression, elle serait vraie. Mais elles ne concordent pas toujours. En allant aux antipodes nous ne voyons aucune des étoiles de notre hémisphère. Si la terre était plate, pareille chose ne pourrait pas se produire. Donc nous nous trompons en croyant la terre plate.
Si la concordance pouvait être complète entre le monde extérieur et nos représentations, l’homme connaîtrait la vérité absolue. C’est impossible pour deux raisons. En premier lieu, comme toute sensation et toute image exigent du temps, le nombre de nos connaissances est forcément limité, tandis que le nombre des phénomènes naturels est infini. Nous en connaî-
(I) L.i santc peut toujours sg rauiGUGi* ix un ocjuilibro entre For^^îinisrne et le milieu. Prenons pour exemple les microbes et le corps humain. Ou il assimile ces petits êtres, ou il les détruit. Dans le premier cas, il se rend semblable au milieu (puisque certaines substances qui étaient d’abord autour de lui dans les microbes, sont maintenant en lui), dans le second cas il rend son milieu semblable à soi (puisqu’en détruisant les microbes, il transforme
des combinaisons chimico-biologiques nuisibles en combinaisons inoffensives).
trous toujours une quantité extrêmement faible; par conséquent, il y aura toujours discordance entre l’univers et la représentation que nous pouvons nous en former. L’obstacle, qui empêche une adaptation psychique complète, vient du temps.
D'autre part, la représentation des phénomènes externes est le produit de deux facteurs ; la nature de ces phénomènes et la nature de notre esprit. Forcément, nous faisons subir à toute image d’un objet extérieur une déformation subjective qui l'altère dans une mesure quelconque. Par conséquent, il n’y aura jamais concordance complète entre le monde externe et sa représentation interne ; donc, il n’y aura jamais d’adaptation psychique complète, jamais d’équilibre définitif.
La psychologie moderne a démontré que cette déformation subjective de notre cerveau est précisément la notion de l’espace et du temps. Il nous est absolument impossible de former la moindre représentation en dehors de ces deux catégories. Cependant l’espace et le temps n’ont aucune réalité objective. Ce sont des relations dont notre moi constitue un terme. Supprimez ce terme et la relation disparaît. La notion du temps est une résultante du fonctionnement des centres nerveux qui produit la mémoire. On pourrait représenter le phénomène de la durée par la figure suivante :
passé X moi oo futur.
Selon que ce mof se déplace, les relations s’altèrent. Ce qui était le futur pour mon grand-père est le passé pour moi ; ce qui est le futur pour moi sera le passé pour mon petit-fils. Mais pour qu’il y ait un hier et un aujourd'hui, il faut qu’il coexiste certaine représentation dans un cerveau. Supprimez ces représentations et il n’y aura plus de temps. Le moment où ces lignes tomberont sous les yeux du lecteur sera aussi bien le commencement que la fin des temps. Fin, comme point terminal d’une évolution infinie dans le passé; commencement, comme point initial d’une évolution infinie dans le futur. Et dans mille siècles, comme dans cent millions de siècles, il en sera toujours ainsi. Nous n’écrivons pas un traité de psychologie et nous n’avons pas à nous arrêter plus longtemps sur cette question. Nous avons dû en parler seulement dans la mesure qui est nécessaire pour la compréhension des phénomènes économiques. Nous
la richesse en fonction du temps
devons ajouter, cependant, que si tous les hommes pouvaient comprendre la subjectivité du temps, la face de la terre serait immédiatement transformée. En effet, si le temps n’existe pas, l’univers n’a jamais eu de commencement. Nous n’avons donc à courber le front devant aucun créateur. Délivrés de toute superstition, nous pourrions nous livrer à des besognes produclives et fécondes. Notre activité ne serait plus entravée à chaque instant par des terreurs enfantines et des préjugés surannés.
i\»ais s il ne doity avoir jamais de cori-élalion complète entre le monde externe et nos images internes, c’est-à-dire d’équilibration ps) chique absolue, nous y tendons constamment en vertu de la loi universelle de la nature. Tout ce qui augmente la corrélation est jouissance ; tout ce qui la diminue, souffrance. En d’autres termes, tout ce qui augmente l’adaptation passive et
active au milieu ambiant est le bien, tout ce qui le diminue est le mal.
L’homme qui apprend quelque chose, tend à établir une corrélation plus exacte entre ce monde externe et ses représentations internes ; voilà pourquoi le savoir est une jouissance ‘ Tout homme qui travaille, tend, directement ou indirectement, à accommoder la planète à ses besoins ou à rendre les individus qui 1 entourent, plus semblables à lui-même. Voilà pourquoi la production est une jouissance. Si un labeur excessif et sans résultat peut être pénible, l’inactivité complète, d’autre paît, est le pire de tous les maux. La prison cellulaire, sans travail, mène rapidement à l’idiotisme et à la folie. Après la mort, elle est le plus cruel de tous les tourments. On peut déduire de la loi de l’équilibre pourquoi le viveur doit arriver SI vite à la souffrance par la satiété. Le viveur ne produit pas de richesse, donc il ne tend en aucune façon à accommoder la planete a ses besoins. 11 ne produit pas non plus d’idées et ne propage pas celles des autres; donc il n’essave pas de rendre son entourage semblable à lui-même. Dès qu’un viveur
(l) Ne pas conlondre ici deux choses. Apprendre peut être une peine mais
savoir est un plaisir. Dans un conte de fées de M™" de Scgur, il Jst question
d une princesse (pi on instruit dans son sommeil. C’est l’idéal. Savoir ^sans se
donner la peine cl apprendre. Si apprendre est si pénible cela tient certaine
ment, en partie, a nos mctliodes d’instruction, mais ce n’est pas ici l’occasion de nous etendre sur ce sujet. ‘ occasion
a une passion, ne fùt-ce que celle d’enseigner une nouvelle passe à l’escrime, il a un but ; il conforme, dans une mesure, si faible qu’elle soit, le milieu à ses désirs et cesse, par cela même, d’être un viveur dans l’acception complète du terme.
Un autre phénomène psychique, provenant aussi de la notion du temps, a une extrême importance en économie politique. L’homme projette les événements dans le passé, comme dans l’avenir. Il peut, non seulement se représenter un état de choses qui n’existe plus et qui a existé, mais encore un état de choses (jui n’existe pas encore et qui pourra exister. Ce dernier phénomène psychique s’appelle l’idéal. Il est d’une importance de premier ordre. A vrai dire, il est le moteur principal de toute notre activité. Si l’homme trav’aille, c’est pour réaliser un état
de choses non existant, mais qui lui promet des jouissances futures.
L’idéal ne se projette pas seulement dans l’avenir, mais aussi dans le passé. Dans ce dernier cas, il nous donne un critérium pour apprécier le bien et le mal. Quand nous disons, par exemple, que Louis XIV a eu tort de révoquer l’édit de Nantes, nous l’affirmons seulement grâce à un idéal existant dans notre esprit. Nous pensons que fiiitervention de l’État dans le domaine de
la foi est néfaste et nous jugeons l’acte de Louis XIV à ce point de vue.
Tout homme, si modeste que soit son intelligence, a une représentation quelconque de l’univers et un idéal. Pour un paysan, par exemple, cet idéal peut consister dans la disparition de certains impijts et de certaines entraves. Ce n’en est pas moins un idéal social. Quand les événements s’acheminent vers notre idéal, nous éprouvons de la jouissance ; quand c’est le contraire, de la souffrance. Dès que le milieu devient ce qu’il nous semble devoir être, nous sommes contents. En d’autres mots, plus la concordance entre nos voûtions internes et le monde externe augmente, plus nous sommes heureux, parce qu’il y a accroissement d’adaptation.
Or il existe toujours un lien très étroit entre notre conception de l’univers et notre idéal. L'un découle toujours de l’autre. Nous ne nous estimons pas malheureux parce que les trois angles d un triangle ont leur somme égale à deux angles droits et pas à quatre. Nous ne nous plaignons pas de ce que les corps
Novicow. — Les Gaspillages. 3
LA niCIlESSE FOiSCTION DU TEMPS
s’attirent en raison inverse du carré des distances et non du cube. Le soleil a maintenant 1 384 000 kilomètres de diamètre. S’il en avait davantage, il nous enverrait plus de chaleur, ce qui serait un bienfait pour certaines régions de la terre. Nous ne songeons cependant pas à nous lamenter de ce que le soleil est trop petit. Ce qui nous paraît conforme aux lois de la nature nous paraît conforme aux lois de la raison. Or, qu’est-ce que cela signifie, sinon, qu’il y a alors concordance complète entre le monde externe et nos représentations internes ?
-\ un autre point de vue, ce qui est conforme aux lois de la nature nous paraît juste. Aussi, quand une plus grande somme de justice qu’auparavant est réalisée sur notre terre, nous éprouvons de la jouissance ; quand l'injustice triomphe, de la souffrance.
La jouissance et la souffrance sont aussi des conceptions relatives et cette relativité provient précisément de notre idéal. Des libertés qui paraîtraient à un Persan constituer le comble du bonheur paraîtraient à un Anglais le comble du despotisme. Ainsi, pour avoir imprimé un libelle contre le Schah, un Persan peut être décapité. Si la législation est modifiée et qu’il subisse seulement dix ans de prison, il sera très satisfait. Mais pour un Anglais une peine de ce genre paraîtrait d’une sévérité intolérable. Tout dépend du point de vue personnel. Voilà pourquoi 011 voit souvent les ouvriers les mieux payés être les plus mécontents. Quelques-uns d’entre eux s’imaginent avoir droit à la totalité des bénéfices produits par l’enti-eprise dans laquelle ils sont engagés. Que cette idée soit juste ou fausse, peu importe ; grâce à elle, un ouvrier, gagnant dix francs, peut s’estimer plus malheureux qu’un autre dont le salaire est moitié moindre.
Relevons encore un phénomène psychique très important en économie politique : l’esprit humain ne peut percevoir que des différences. S’il n’y a aucun changement dans le milieu, il n’y a ni sensation, ni perception. Certaines modifications nous causent du plaisir, d’autres de la douleur, mais les modifications seules arrivent à la conscience.
La discrimination est le point de départ d’une immense série de faits économiques. La viande coûte 7 centimes le kilogramme dans la république Argentine et un franc dans les pays de l'Europe occidentale. A partir du moment où cette différence
sera connue, l’Argentin, pour gagner davantage, tâchera d’expédier sa viande en Europe ; l’Européen, pour dépenser moins, tâchera de la faire venir d’Amérique. Les ra{Tports commerciaux se noueront ; on s’efforcera de transporter du bétail vivant ou de la viande congelée. Mais si la différence des prix n’avait pas été connue dans les deux pays, jamais on n’aurait noué de rapports.
Autre exemple. L’hectare donne en moyenne lo hectolitres de blé en France et 29 en Angleterre. A partir du moment où ce fait vient à être connu, un série de conséquences vont se produire : les Français seront portés à améliorer leur outillage agricole, à modifier la succession de leurs cultures, à introduire des engrais chimiques, etc.
Le plaisir et la douleur proviennent donc de la perception d’une différence. L’atmosphère contient 23 parties d’oxygène. Il en est ainsi sur tout le globe. Nous n’éprouvons donc ni souffrance ni jouissance en respirant l’air aux Etats-Unis plutôt qu’en Europe. La composition de l’atmosphère paraît un fait naturel et nul ne s’en soucie. S’il paraissait conforme aux lois de la nature que la viande coûtât un franc le kilogramme, nul ne souffrirait en Europe de la payer ce prix. S’il paraissait conforme aux mêmes lois à 1 Argentin de la vendre 7 centimes, il ne soufirirait pas davantage. Les deux peuples commencent à souifrir à partir du moment où ils savent, l’un, que la viande pourrait lui coûter beaucoup meilleur marché, l’autre, qu’il pourrait la vendre beaucoup plus cher *.
Les continents forment actuellement un tiers environ de la surface du globe. S ils formaient la moitié, l’homme aurait plus de place et il pourrait être plus riche. Mais qui éprouve de la souffrance parce que la proportion entre les terres et les mers n’est pas différente de ce qu’elle est? On accepte ce fait comme inévitable. L étendue des continents offre un espace minimum de terres appropriables à nos besoins et, parce que ce fait est
(1) Le même fait peut causer des jouissances ou des souffrances selon les notions de 1 individu. Un homme n’a jamais voyagé autrement qu'en voiture. Il prend un train qui lait 40 kilomètres à l’heure. Il éprouve une grande satisfaction. Mais si on lui apprend que sur d'autres lignes on fait 90 kilomètres à riieure, la vitesse de 40 rimpaticnte ; donc elle lui cause une souffrance.
conçu comme naturel, il échappe à la conscience. Il en sera de même du minimum de confort que comporte une société, à un moment donné. De même que nul ne s’estime heureux d’avoir de l’air à respirer et de l’eau à hoire (c’est là, cependant, la condition essentielle de l’existence), nul ne s’estimera heureux de posséder le minimum de bien-être que comporte l’état social, à un moment donné. La souffrance commencera quand on tomhera au-dessous ; la jouissance, quand on montera au-dessus, c’est-à-dire quand il y aura une perception de différence. Dans l’Europe occidentale, les chaussures sont devenues d’un usage presque universel. Ceux qui doivent marcher pieds nus dans les rues souffrent ; ceux qui ont des souliers ne s’en estiment pas particulièrement heureux à chaque instant de leur vie. (Juand un homme atteint un certain degré de bien-être, il cesse d’y faire attention et tous ses efforts se portent à l’augmenter.
Ici apparaît le phénomène de l’empiétement sur l’avenir : l’idéal. Chaque homme a le sien. Plus vite il se réalise, plus il est heureux.
rsaturellement, dès que s’établit la division du travail, chaque individu, au sein de la société, ne peut vivre et se nourrir (ju’au moyen de l’échange. Il vend une certaine somme de services ou de produits; il achète une certaine somme de produits ou de services à ses semblables. La question qui prend alors la plus grande importance, est de savoir dans quelles proportions va s’effectuer l’échange. Ici aussi, l’idéal revendique immédiatement ses droits. Il n’y a pas un seul échange qui ne soit accompagné de jouissance ou de souffrance. Jouissance, tjuand nous croyons avoir obtenu une rémunération égale ou supérieure à notre peine, souffrance quand le fait contraire se produit. Mais comment établir l’équivalent de notre travail ? Nous y arrivons encore ici par la perception des différences. Si \ apprend que Z reçoit 5 francs pour un labeur semblable au sien, tandis qu’il reçoit lui-même 2 francs, il souffre et fait des •‘fforts pour obtenir aussi o francs. Si X ne savait pas qu’un travail semblable au sien se paye ailleurs beaucoup plus cher, ou s’il savait (ce qui revient au môme) qu’un travail de ce genre se paye 2 francs sur la surface entière du globe, il ne se sentirait pas lésé et ne souffrirait pas. On le voit, le ma.ximum de
bonheur se produira sur la terre, alors qu’il s’établira un équilibre économique aussi complet que possible.
Mais cette question doit être examinée avec plus de développements. Nous le ferons au chapitre suivant. Avant d’y passer, un mot encore, sur l’équilibre. Cette loi universelle s’applique à tous les phénomènes sociaux. C’est par son action que les peuples sont poussés à se ressembler toujours davantage. Et, plus il y aura de similitude dans les principes fondamentaux de leur organisation, moins il y aura de souffrances. Donnons un exemple tiré d’un fait tout récent. A la séance du 5 août 1893 du congrès international des socialistes, tenu à Zurich, on a proposé la grève générale en cas de guerre. Cette mesure mettrait lin aux stupides massacres et à l’épouvantable gaspillage causés par l’esprit de conquête. Si les ouvriers faisaient cela, quel incommensurable progrès ! Mais cette proposition s’est heurtée à l’objection suivante : « En cas de guerre, le peuple le plus socialiste suivra la décision du congrès et se mettra en grève, le peuple le moins socialiste ne la suivra pas. Ce dei'nier écrasera le premier. »
La proposition fut rejetée. Or elle ne l’aurait pas été si, dans l’opinion des délégués de Zurich, tous les peuples de l’Europe eussent été également socialistes, c’est-à-dire, si la similitude ou l’équilibre social eût été plus grand entre eux. Toute institution qui ne s’adapte pas à un milieu donné est perturbatrice ; elle cause de la souffrance. Delà, un effort constant pour la détruire ou l’éliminer.