PONS
nes? À coup sûr elles n’en sont pas le parfum.
Restent les Bourbonnaises, les Champenoises, les Bourguignonnes..…., mais la question n’est pas dans le plus ou moins d'intelligence ou de suavité de cette classe si peuintéressante de la société ; elle est dans sa moralité. Parlons done à voix basse de sa moralité. | |
Cette moralité, il faut bien le dire pour appeler le remède, s’il y en a un, cette moralité est déplorable.
On ä laissé Le mal prendre des proportions de banian, cet arbre indien dont les branches deviennent des arbres en touchant laterre. Ces misérables'intelligences de femmes, que la bonté bourgeoise récompensait autrefois au delà de leurs mérites en les payant douze à quinze francs par mois, aujourd'hui, sous le beau prétexte, qui ne les touche en rien, que tout a augmenté, elles n’exigent pas moins de trentecinq à quarante francs par mois! Et ce qu’il y a de curieux dans ces prétentions, c’est, je le répète, que rien n’a enchéri pour les domestiques : que le loyer soit plus élevé, que le pain, le vin, La viande, l'huile, soient plus chers, en quoi ces chertés-là Les frappent-elles? En rien. Elles mangent et boivent davantage, voilà tout.
C'est le contraire, en bonne logique, qui aurait dû avoir lieu. Du jour où la vie matérielle devenait plus difficile, plus onéreuse, les gages des domestiques auraient dû descendre, diminuer en proprotion. Mais cela n'ayant pas été, se faire servir au-
jourd’hui est pour beaucoup d’honnêtes familles parisiennes un problème des plus douloureux; dans plus d’une maison, dans plus de mille, devrais-je dire, la fille ainée est devenue la domestique de la communauté aux dépens de sa grâce, de sa santé et de son avenir. Multipliez par un certain nombre d'années le chiffre de ces avilissements causés par l'impossibilité pour ces familles de se faire servir, et vous le trouverez énorme, deux grands maux
sans compensations. Les filles de la bourgeoisie se
dégradent, et les vaches de la Moselle et les cochons de la Normadie n’ont plus personne pour les garder.
Le-plus grand mal n’est pas là : je vais et je veux le dire, Le plus grand mal. L’improbité domestique n’a jamais mieux justifié la terrible appellation que lui donne le Code. Sur cent mille créatures que renouvelle sans cesse la gueule enflammée des chemins de fer, autre service qu'ils nous ont rendu, combien y en a-t-il qu'il faut écarter du bénéfice de l'accusation définie par cette appellation? Je ignore, Dieu le sait.
Le curé que j'écoutais l’autre soir ne paraissait pas le savoir beaucoup plus que moi. Aussi il a été impitoyable pour l’anse du panier. Sa foudre ne l’a pas épargnée : on sentait fortement la paille brûlée: Son indignation est surtout tombée à bras raccourci sur certaine théorie de haute cuisine, qui prétendrait admettre en principe que faire danser cette anse terrible n’est pas voler; que c’est chipper seulement, et le chippage, selon cette doctrine peu ap-
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prouvée par le coneile de Trente, serait permis. La distinction a été pulvérisée par l’orateur. Chipper ou voler, c’est voler, et le vol est crime sur la terre aussi bien qu’au delà. Tel est l'arrêt.
lei orage des bonnets; tous les rubans coquelicots et les rubans bleus furent agités par le vent d'une colère sourde. Je vis le moment où toutes les cuisinières allaient demander leur congé.
La passion du luxe, cette lèpre des civilisations malsaines, est, il est juste d’en convenir, un grand élément de corruption et de démoralisation pour la domesticité parisienne. L'exemple des maitresses n'est pas perdu pour les servantes : quand il y à des lionnes pauvres qui vendent jusqu'à l'honneur de leur maison pour avoir un cachemire indien de six mille francs sur les épaules, quoi de bien étonnant que la domestique vole la maitresse pour acheter un cachemire français de trois cents francs? Il n’y a de différence que dans la main-d'œuvre.
La Cuisinière aspire, par la contagion du luxe, à égaler la femme de chambre, et la femme de chambre, à son tour, aspire à devenir grande dame. Elle devient lorette, autre métamorphose de la domesticité à Paris. Les sérails du quartier Breda ne sont guère peuplés que de cuisinières qui ont fait un saut des fourneaux au boudoir en ne passant pas par le salon, mais après avoir vu ce qu’on y fait.
L’orateur a été entraînant encore quand il a répondu à quelques cuisinières burgraves, infâmes corruptrices des jeunes, qui soutiennent cette thèse
abominable que la religion ne voyait pas une faute dans certains marchés clandestins passés entre les cuisinières et les fournisseurs aux dépens des maitres. Elle a repoussé par la bouche de lorateur avec tant de véhémence cette supposition impossible, que le frémissement de l'auditoire a dû arriver, d’ondulation en ondulation, jusqu'aux épiciers et aux bouchers de la banlieue la plus éloignée. Plaise au ciel qu’il en ait été ainsi !
Pourtant nous n’avons vu couler aucune larme des yeux de ces amazones endurcies ; quelquesunes se sont peut-être promis de réduire de moitié pendant le carème leur part de prise; quant aux autres, ce beau sermon n’aura pas obtenu sur elles, j'en ai peur, tous les résultats que les honnètes gens étaient en droit d’en attendre.
C’est que la malversation n’est pas seulement une tradition parmi la généralité des domestiques, elle est passée chez eux en habitude, elle s’est durcie en loi: Le sens moral y est resté. Qu'on en juge. Il y a quelques années, une grande maison du faubourg Saint-Honoré, à bout d'indulgence, traduisit son maitre d'hôtel en justice.
Au nombre des rapines formidables dont on l'accusait, on remarquait celle-ci: pendant plusieurs années 1l avait volé dix bouteilles de vin par jour. Et quels vins! Sur tous les chefs d'accusation le prévenu se défendit plus ou moins habilement ; mais quand on arriva au vol des dix bouteilles de vin par jour, il argua de l'usage avec tant de cha:
leur, avec tant de conviction, que le tribunal, un
peu surpris, appela plusieurs maitres d'hôtel de
grandes maisons, afin de s’éclairer sur ce point.
Beaucoup déelarèrent que le prévenu était allé peut-être un peu loin en prenant dix bouteilles par Jour, c’est-à-dire près de quatre mille bouteilles par an, mais qu’en réalité cette dime se prélevait depuis des siècles sur les caves des riches maisons par les maitres d'hôtel et autres orands employés de la bouche, sans qu'il y eût Fe moins du monde délit qualifié pour cela.
Le tribunal resta confondu... pas d’admiration.
Nous avons promis de parler d’une sage mesure que la révolution de 1848, dans son besoin immodéré d'innovations, crut devoir abolir sous prétexte de relever la condition des domestiques. Cette mesure consistait dans la faculté accordée aux maitres de maisons, aux chefs de famille, de coucher sur un livret, quand ils renvoyaient un domestique, les motifs pour lesquels ils le renvoyaient. C'était bien vu. Le domestique était tenu de montrer ce livret au nouveau maitre chez lequel 1l entrait, et celuici ensuite le prenait ou ne le prenait pas.
Le gouvernement d'alors vit dans cette bonne garantie une trop grande liberté laissée aux bourgeois d’accuser leurs domestiques de paresse, d’ivroonerie ou de vol. Il ne leur permit plus que d’inscrire sèchement sur le livret la date de l'entrée et celle de la sortie de la personne restée à leur service, Les choses en sont encore là aujourd’hui.
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Ainsi, les maîtres n’ont plus l’ombre d’une sauvegarde contre les nombreux et périlleux accidents auxquels ils sont exposés. Il leur reste, dira-t-on, les tribunaux. Ils ne s'adressent jamais aux tribunaux ou que très-rarement. Ils ont peur d’un Code dont la sévérité les effraye plus que les voleurs eux-mémes. Ils aiment mieux être spoliés que de faire envoyer à Melun ou à Cayenne leur servante ou leur serviteur. Et la conséquence de tout cela est qu’on tue les pies, et que les servantes de Palaiseau achètent des Autrichiens et des obligations du Nord. Les Ninettes coupables assistent à l’opéra de Rossini en loge de velours. La pie est empaillée.