‹ GastronomieChapitre 21 sur 132 · TROISIÈME TABLEAU · texte numérisé non relu

TROISIÈME TABLEAU

Même décor. — Neuf heures.

L'EsTOMAC. — Excellent café! arome pénétrant! Ma foi, encore une tasse.

LE COGNAC. — À la bonne heure!

L'ESTONAC. — Oh! doucement, doucement! Pas de bain de pied.

LE RHUM. — Tu as raison; le bain de pied est absurde etincommode.

L'ESTOMAC. — Mais qui t’appelle, toi ?

LE RHUM. — Je viens pousser le cognac.

LE CURAGÇAO. — Je viens pousser le rhum.

L’ANISETTE. — Je viens pousser le curaçao.

L’ESTOMAC. — Grâce !

LE KkiRscu. — Ranchez-fus, fus audres ; ne me resonnaisez-fus boint ?

L’EsTomac. — C’est le kirsch de la forêt Noire ! Je suis Joli ! |

LE KiRscH, — Ezze-gue che fus vais bir ?

L’ESTOMAG. — Qu'est-ce qu'il dit?

LE. MARASQUIN. — Il demande s’il te fait peur.

L’Esromac., — Je le crois bien, parbleu !

LE rinsou. — Tarteiffle !

L'Esromac, au kirsch. — Allons, mon brave, ne

vous fâchez point. On ne fait point d'esclandre ici.

Pourquoi diable venez-vous si tard? On ne comptait plus sur vous.

LE kinscn. — (h’agezebde fos exguices.

L’ESTOMAC. — Qu'est-ce qu'il dit?

LA CRÈME DE MENTHE. — Îl dit qu’il accepte vos excuses.

L'ESTOMAC. — On croirait qu'ils s’apaisent là-haut. Je n’entends presque plus rien. C’est généreux à eux de me laisser un instant de répit.

BARCGAROLLE

Comme tout change! Il y a quatorze ou quinze ans, je m’estimais heureux d’avoir un hareng saur à mon repas du matin, — et à mon repas du soir;

Un hareng saur afrosé d’un claret, qui aurait pu passer facilement pour le Markowski des chèvres. C'était le bon temps, — si l’on veut.

Aujourd'hui, il me faut des chères bien autrement précieuses, des vins bien autrement opulents. Comme tout change !

Et quand même j'aurais conservé une secrète affection pour le harenë saur, quand même je ne serais pas encore insensible aux rudesses de l’argenteuil, — hélas ! il me serait impossible d’en obtenir de mon maître. Réputation oblige.

Mon maître est un des notables d’Obésopolis, la cité de l’embonpoint. Il a quotidiennement son couvert mis à toutes les riches tables.

Ah ! je suis un estomac bien malheureux! Je regrette quelquefois le temps où je ne mangeais pas mon content. J'ai la nostalgie de Dinochau. — Comme tout change!

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